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Utilisation d'un réseau de polygones de Thiessen pour la géolocalisation robuste de caravansérails décrits dans les récits anciens de voyageurs


Session Recherche
 


André DEL
Chercheur
Equipe EVCAU ENSA-PVS
andre.del@evcau.archi.fr

Cinzia TAVERNARI
Doctorante
Paris IV - EVCAU

EVCAU
15 rue du séminaire de Conflans
94220 Charenton
www.evcau.archi.fr

 

Mots-clés, logiciels ESRI utilisés et publics visés
 


Mots-clés : histoire, caravansérails, polygones de Thiessen, Syrie, Geonet names server

Logiciels ESRI utilisés : ArcView 3.3 et ArcGIS 9 

Public visé : Tout public (orienté recherche histoire)

 

1. Situation du sujet


Le travail présenté est dans la continuité du programme d'inventaire des caravansérails qui a fait l'objet d'un exposé lors des journées ESRI 2003 (Méthodes d'inventaire des caravansérails et des routes caravanières à l'aide des SIG, P. Lebigre, E. Thomopoulos, EVCAU[1], CIERAM[2]).
En complément à la démarche d'inventaire basée sur les identifications et recoupements cartographiques exposée, plusieurs actions de repérage et d'identification de caravansérails sont menées à partir de textes et de récits de voyageurs.
Menée dans le cadre du travail de thèse de Cinzia Tavernari[3] la démarche présentée se focalise sur la région historique du Bilad al-Sham, appelée "Grande Syrie" à une époque plus  récente.

[1] EVCAU : Espace Virtuel de Conception Architecturale et Urbaine
[2] CIERAM : Centre International d' Etude des Routes Anciennes et Modernes
[3] Caravansérails, Routes et territoires de Syrie à l'époque ayyubide, Ecole doctorale Histoire de l'art et archéologie, Paris IV-Sorbonne


Les pays du Bilad al-Sham en 2009 et les caravansérails de l'inventaire


2. Objectif : unicité des édifices recensés


La démarche d'inventaire entreprise a pour impératif que les édifices recensés au sein de celui-ci  y soient de manière unique. L'hétérogénéité des sources, leurs incertitudes et surtout leur caractère diachronique complique significativement la bonne réalisation de cet objectif. On ne peut en effet s'appuyer ni sur une localisation cartographique précise (quand elle existe) ni sur des descriptions toponymiques stables : les variations linguistiques et historiques se mêlent aux variations de latinisation des traductions. Un même lieu peu ainsi avoir plus d'une dizaine de dénominations, bien connus des historiens et géographes spécialisés, mais dont l'unicité n'apparaît pas au simple coup d'oeil.

Par exemple pour Damas on trouve (en complément du nom occidental commun) :
 
      Damasco
      Damascus
      Damaskus
      Dammeseq
      Dimashk
      Dimashk al-Sham
      Dimashq
      Dimeshki esh Sham
      Dimishq
      Esh Sham
      Cham
      Al-Sham

Cette diversité complique significativement la tache lorsqu'il s'agit d'associer une citation à un lieu connu ou édifice référencé.


3. Démarche de localisation


3.1. Les données utilisées
  
   3.1.1. L' inventaire des caravansérails

Les caravansérails ont constitué un phénomène de civilisation majeur. La multiplicité de leurs
fonctions et de leurs variantes lexicographiques, leur intégration et leur adoption par différentes civilisations, rendent nécessaire l’étude pluridisciplinaire d’un patrimoine commun, répandu de l’Europe à la Chine, du Maghreb au sous-continent indien, et présent dans les villes comme dans les déserts ou les montagnes.


Carte générale de l'inventaire

L’Inventaire des Caravansérails d’Asie Centrale que l’UNESCO a lancé à l’issue du colloque international sur les caravansérails, tenu à Yazd, en novembre 1998, a permis de faire un état des besoins, d’expérimenter les méthodes les plus adéquates d’investigations et de réaliser un travail préliminaire important dans huit pays partenaires de ce projet.
Depuis 2004, ce travail d’inventaire, élargi à l’ensemble des pays actuellement concernés par ce patrimoine (une cinquantaine), continue dans le double cadre de l’Equipe de recherche EVCAU  et du CIERAM. Dans un bon niveau d'identification et de localisation il compte actuellement 650 références.
Le séminaire organisé début juin 2009, a permis de réunir une quinzaine d'équipes de pays divers qui travaillent sur les mêmes objectifs. Un principe de mutualisation des recensements a été arrêté.

   3.1.2. GEOnet Names Server (GNS)

Avec pour mission de standardiser les appellations géographiques dans les publications officielles le Board on Geographic Names (BGN) est fondé une première fois en 1890 par  le gouvernement US. Il est rétablit dans ses missions par le Congrès en 1947 sous la forme d'une agence gouvernementale. Ses activités se développent à partir de deux comités : le Domestic Names Committee (DNC) et le Foreign Names Committee (FNC).
Ce dernier a établi, en coopération avec le comité permanant Geographical Names for British Official Use, le département d'Etat, la CIA et la bibliothèque du Congrès, une base internationale de dénominations géographiques associées à un systématisation de leur romanisation. Ses travaux sont supportés par l' U.S Geological Survey et  la National Imagery and Mapping Agency qui en assurent  la diffusion en libre accès  par le GEOnet Names Server (GNS). Organisée par pays cette base de données comprend 3,9 millions de lieux, associés à 5,37 millions de dénominations.

Pour chaque lieu le GNS fournit :
-          Une géolocalisation ponctuelle donnée dans le système de projection WGS84.
-          Un identifiant unique de lieu, UFI
-          Des informations de service pays, zone administrative, classe et catégorie de lieu
-          Une dénomination déclinée sous trois formes de romanisation associée à un identifiant unique de nom, UNI
-          La date de la dernière mise à jour
On peut ainsi trouver un même objet-lieu selon ses différentes dénominations, caractérisé par son type, identifié par son UFI, et localisé par ses coordonnées ponctuelles.
Pour la zone géographique objet du présent travail, nous n'avons, dans un premier temps utilisé que les lieux de type  "PPL", lieux de peuplement.
On en dénombre, pour les territoires concernés, 22216 associés à 49305 dénominations.

   3.1.3. Les récits de voyageurs

Les voyageurs décrivent, dans la forme la plus fréquente, le récit des différentes étapes parcourues, édifices rencontrés, le long d'un itinéraire pour se rendre d'une ville important à une autre ou pour parcourir un trajet économiquement ou religieusement important ( pèlerinage, route commerciale, accès à un port , ....). Les récits utilisés dans le cadre de la recherche menée vont principalement du Xème au XVIème siècle.
 
A titre d'exemple on lira ci-dessous la description des premières étapes d'un voyage en direction de Damas effectué au XIIème siècle par IBN ĞUBAYR[4].
 
p. 272
« Nous traversâmes un village dit al-Baydâ où se trouve un grand caravansérail, à mi-chemin entre Harrân et l’Euphrate. A droite de la route, quand on regarde le fleuve en direction de la Syrie, lui fait vis-à-vis la ville de Sâruj qu’al-Harîrî a rendue célèbre […]. Dans la matinée, nous atteignîmes l’Euphrate que nous traversâmes […] pour rejoindre une petite forteresse neuve située sur la rive et dite Qal’a Najm. […]. Nous partimes après le premier tiers de la nuit et nous arrivâmes à Manbij dans la matinée du vendredi […]. »
p. 273
« Nous campâmes, à l’extérieur de la ville [de Manbij], dans un verger où nous restâmes un jour nous reposer. Puis nous partîmes au milieu de la nuit et nous arrivâmes à Buzâ‘a dans la matinée […]. »
p. 274
« Nous séjournâmes, samedi, dans cette plaine  [de la ville de Buzâ‘a] pour nous reposer, puis nous levâmes le camp dans la nuit et voyageâmes jusque dans la matinée du dimanche  […] où nous arrivâmes à Alep. »

[4]Voyageurs arabes. Ibn Fahlân, Ibn Jubayr, Ibn Battuta et un auteur anonyme, textes traduits, présentés et annotés par P-Ch. Dominique, Gallimard, 1995, pp. 70-368.

3.2. Constructions cartographiques

Les objets géographiques cités dans les descriptions d'itinéraires sont:
   - des villes ou villages : lieux de peuplement au sens du GNS,
   - des étapes : tronçons de routes,
   - des édifices d'étape : caravansérails présents ou absents de l'inventaire actuel et dont on connaît la localisation (et son incertitude).Les variations lexicales décrites plus haut ne nous permettent pas de procéder par identification terme à terme. Nous sommes donc amenés à procéder à des constructions qui nous permettrons d'avancer dans la démarche de repérage, d'identification et quand ce sera possible d'unification.
En utilisant les fonctions de Spatial Analyst et une extension spécifique nous construisons plusieurs types d'éléments surfaciques :

   3.2.1. Polygones de lieux

Fournit par le GNS chacun des 22000 lieux de peuplement (PPL) est assorti des coordonnées géographiques de leur centre d'écriture qui permettent de les intégrer sous la forme d'un thème spécifique ponctuel.
Autour de ces 22000 points sont construits des polygones de Thiessen. Son algorithme détermine une série de frontières qui délimitent un polygone tel qu'en tout point de sa surface le centre de construction de celui-ci est le plus proche de tous les autres centres analogues.
En l'absence de connaissance, ou d'existence pour les termes anciens, des limites de villes ou villages chaque polygone construit, à partir d'une localisation ponctuelle de PPL, sera considéré comme la limite la plus vraisemblable de ce lieu. Chaque surface ainsi déterminée sera considérée comme le polygone du lieu auquel, chaque point s'y trouvant inclus peut être associé ainsi qu'à sa collection de dénominations.

3.2.2. Corridors d'étapes

Chaque tronçon d'itinéraire est décrit par une étape de départ, une étape de fin (ce  qui correspond le plus souvent à une journée de marche). Chaque fois que ces deux lieux, extrémités, sont connus et localisés on construit l'arc droit qui les réunit. Dans le cas où une étape est inconnue ou non localisée  l'arc droit réunit les deux étapes connues qui "l'encadrent" (cas de l'exemple développé plus loin). Les deux extrémités connues et localisées permettent de construire un "corridor d'étape" (de manière arbitraire sa largeur retenue est de 2km)

   3.2.3. Buffers d'incertitudes

Pour les caravansérails déjà présents dans l'inventaire leur localisation permet de les intégrer sous la forme d'un thème ponctuel. A chaque point-caravansérail est  associé un buffer circulaire correspondant au niveau d'incertitude sa localisation (le travail en cours n'a pas encore permis d'associer un niveau d'incertitude spécifique à chaque édifice, un buffer d' 1km de rayon a pour l'instant été retenu, vu comme raisonnable, mais peut s'avérer trop limité pour les caravansérails routiers).
 
Ces diverses constructions et les données nécessaires à leur construction sont regroupées ci-dessous :



On peut sur cette vue s'assurer que les Khans Udehi et Tuman 1 et 2 ne sont pas sur le trajet Alep – Quinasrin et qu'il n'est pas nécessaire, de modifier la route décrite par IBN ĞUBAYR ( la lecture d'autres descriptions, par d'autres voyageurs nous amènera  à infirmer ce propos).
Pour les Khan Tuman 1 et 2, en l'absence d'autres informations le large recouvrement de leurs buffers d'incertitude nous conduirait à les unifier. S'agissant de sites ayant été physiquement fouillés par un des auteurs (C. Tavernari) , nous savons qu'il n'en est rien .

3.3. Localisation robuste

L'objectif d'une localisation robuste consiste à établir la position la plus vraisemblable d'un lieu, avec comme critère premier sa non-ambiguïté, sa non redondance avec un objet-lieu de même nature décrit selon une dénomination différente.
Dans l'exemple qui suit nous chercherons à situer la ville étape " Manbij" citée par IBN ĞUBAYR (voir plus haut).
La recherche textuelle dans les PPL du GNS nous indique plusieurs lieux à l'orthographe semblable positionnés sur la carte ci-dessous et représentés par des ?.



Aucun d'eux ne peut être retenu comme étape vraisemblable entre Qal'at najm et Al-Bab.
Nous construisons le corridor, à 2km, de l'étape englobante Qal'at najm Al-Bab. Puis par une sélection par thème nous retenons les polygones-lieux proches de ce trajet.
Parmi ceux-ci Membij, avec comme autres dénominations Manbej, Mambi, mais aussi Hierapolis peut être retenu. Nous pouvons insérer ce point étape et modifier le trajet de l'itinéraire.
Ces étapes sont reprisent dans la vue ci-dessous :




4. Extension de la démarche


La démarche suivie semble dans son principe prometteuse. Il nous faut maintenant la stabiliser et la systématiser. Le passage des fonds et données utilisées sous ArcGis 9.3 en sera une bonne occasion. On se gardera pour autant de n'automatiser aucun processus de décision d'adoption ou de rejet de telle ou telle hypothèse. Nous avons vu dans les exemples présentés que cela conduirait à des confusions ou erreurs.
Une des perspectives de développement de l'inventaire  passe par la mutualisation des relevés effectués par les diverses équipes qui travaillent sur ce thème. Cette mutualisation imposera, pour garder l'objectif d'unicité, de mettre au point, avec des principes semblables, une démarche de mise en cohérence contradictoire des dépôts entre les différents contributeurs.
Leur mise en commun par exportation en KML sur un globe virtuel où ils peuvent être confrontés à des vues au sol peut aussi constituer une bonne perspective de développement.




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