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Elaboration d’une méthode de suivi de caractéristiques de noyaux de pluies intenses par SIG, et application au territoire rhônalpin
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Florent RENARD (1) et (2) frenard@grandlyon.org
Jacques COMBY (2)
Emmanuelle VOLTE (1)
Matthieu MUREAU (1)
(1) Grand Lyon Direction de l’eau, service études 20, rue du lac BP 3103 69399 Lyon cedex 03
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(2) UMR 5600 Environnement Ville Société CNRS Université Jean Moulin Lyon III 18, rue Chevreul 69007 LYON
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Introduction |  |  |
|  | Créée le 31 décembre 1966 sous l’impulsion de l’état par décret, la communauté urbaine de Lyon (Grand Lyon) se situe au nord du couloir Rhodanien, à la confluence du Rhône et la Saône (fig. 1). Elle présente une forte concentration urbaine en regroupant 57 communes sur une superficie de 515 km². Fort de 1 300 000 habitants, ce territoire est donc pourvu d’une densité moyenne supérieure à 2500 habitants au kilomètre carré. L’agglomération concentre ainsi 80% de la population du Rhône sur seulement 16% de sa superficie.
 | | Figure 1 |
En cas d’épisodes pluvieux de forte intensité, cet espace urbain fortement imperméabilisé peut être ponctuellement touché par de nombreuses inondations, provoquées par ruissellement. Ces inondations sont très fortement liées à la répartition spatiale du phénomène pluvieux (Renard et Riquier, 2008). A l’échelle de l’agglomération, de grandes disparités spatiales existent entre les épisodes successifs, et aucune portion du territoire n’est épargnée. Une étude précédente fondée sur le réseau pluviométrique du Grand Lyon a néanmoins montré des directions et des orientations significatives dans la distribution de ces épisodes pluvieux intenses sur l’agglomération (Renard et Comby, 2007). En effet, une très grande majorité de ces épisodes provient du sud-ouest avec une orientation de 45°N environ, et les passages des noyaux de pluie intenses d’une dizaine de km² sont clairement identifiables à l’aide des 30 pluviomètres de la communauté urbaine.
Mais si le réseau pluviométrique dense du Grand Lyon est un outil qui permet d’appréhender de manière relativement précise la répartition spatiale de la pluviométrie sur son territoire, le radar météorologique local de Météo-France permet d’affiner cette première approche. En effet, ce radar est installé depuis mi-mai 2001 sur la commune de St Nizier d’Azergues, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Lyon. Il fait partie du réseau Aramis géré par Météo France. La figure 1 donne la position de cette localisation et le tableau 1 rappelle les principales caractéristiques de ce radar. Sa couverture hydrologique est telle qu’il est possible de détecter des noyaux de pluies intenses bien développés en altitude jusqu’à 260 km environ. A terme, cet outil peut donc être utilisé sur la communauté urbaine en temps réel à des fins de détection et d’anticipation des phénomènes pluvieux intenses. Ceci pourra permettre une optimisation du système d’assainissement en temps réel par temps de pluie et des dispositifs de gestion des eaux pluviales, afin de réduire les inondations par ruissellement et de limiter les rejets au milieu naturel.
 | | Tableau 1 : Caractéristiques techniques du radar de St Nizier (Source Météo-France/DSO) |
Ces épisodes pluvieux intenses sont généralement associés à des manifestations de type orageux. Il existe désormais une classification bien établie des orages (Chancibault, 2002). Il s’agit de la cellule ordinaire, de l’orage multicellulaire et de l’orage supercellulaire. Une première observation des données disponibles a permis de constater que le Grand Lyon était affecté en grande majorité par des orages de types multicellulaires. Ce sont des ensembles de plusieurs cellules convectives, où plusieurs de ces cellules peuvent coexister en permanence, mais à des étapes différentes de leur développement (stade cumulus, stade de maturité et stade de dissipation - Byers et Braham, 1949). Alors que la durée de vie d’une cellule ordinaire est d’une trentaine de minutes environ, (Browning, 1986 ; Weisman et Klemp, 1986 ; Emmanuel, 1994), la régénération continuelle de ces cellules toutes les 5 à 10 minutes dans un phénomène multicellulaire amène finalement à une durée de vie de l’orage de plusieurs heures (Chancibault, 2002).
Cette étude se propose donc d’analyser les caractéristiques de ces cellules de pluies intenses, telles que la superficie, la vitesse, l’orientation ou encore l’intensité. Pour cela, une suite de traitements de statistiques spatiales pour en mesurer les distributions géographiques a été mise en place, puis un modèle en a été créé afin d’automatiser les tâches répétitives et de limiter les opérations manuelles (fondée sur les outils Spatial Statistics et ModelBuilder d’ArcToolbox, ainsi que sur l’extension Tracking Analyst d’ArcMap). L’explication de cette méthodologie est l’objet de la première partie de cette étude, qui précédera son application sur l’épisode pluvieux intense du 29 juillet 2005 et l’exploitation des résultats. |
1. Mode opératoire de la caractérisation des noyaux de pluies intenses |  |  |
|  | 1.1 Identification, sélection et durée d’étude des noyaux de forte intensité Le radar météorologique de Saint-Nizier fournit des intensités pluviométriques par pixels carrés de 1 km de côté, sur toute sa couverture hydrologique (de 256 km de rayon, centré sur le radar, figure 1). Météo-France fournit des données ponctuelles correspondantes aux coordonnées du coin haut gauche de ces pixels, et c’est sur ces données que repose cette étude. Pour la région du Grand Lyon, les intensités fournies par pas de temps de 5 minutes peuvent dépasser les 350 mm/h, en tout point et à tout moment de l’espace considéré (après correction globale uniforme dans l’espace par les pluviomètres du Grand Lyon). Il convient donc de ne s’intéresser uniquement qu’aux noyaux de fortes intensités, responsables des inondations par ruissellement, afin de ne pas surcharger inutilement l’échantillon de pixels à traiter et les temps de calcul. Une étude de sensibilité a porté sur l’identification des noyaux de pluies intenses à différents seuils d’intensité : de 10 mm/h à 100 mm/h par pas de 10 mm/h. Suite à cette analyse, il a été choisi de se focaliser sur les pixels qui présentent une intensité supérieure à 60 mm/h, car ce seuil matérialise ici un optimum entre le volume d’information à traiter et la superficie des noyaux (directement proportionnel au seuil d’intensité considéré). Sur le territoire du Grand Lyon, la durée des épisodes pluvieux est déterminée d’après les précipitations enregistrées par les pluviomètres de la communauté urbaine. Cependant, afin d’obtenir une vue d’ensemble du phénomène pluvieux, nous avons choisi de ne pas nous limiter à la période de temps déterminée par ces pluviomètres, mais de prendre en compte les trois heures qui ont précédées le début de la pluie, ainsi que l’heure suivant son arrêt sur le territoire. Ainsi, en vue de caractériser les noyaux de forte intensité, dont un exemple est donné en figure 2, une suite de traitement a été mise en place, qui repose sur les notions de centre moyen pondéré, d’ellipse directionnelle et de vecteur de déplacement des cellules identifiées.
 | | Figure 2 |
1.2 Centre moyen pondéré et ellipse directionnelle d’une cellule orageuse Le centre moyen calcule la moyenne des coordonnées x et y des pixels constitutifs de la cellule de forte intensité. Ce centre moyen est pondéré par l’intensité pluvieuse de chaque pixel afin de déterminer le centre d’intensité de la cellule en question (figure 3). Les intensités moyennes et maximales sont calculées, ainsi que l’aire de la cellule, et ces informations sont ajoutées à la table attributaire du centre moyen pondéré. Cependant, les formes des cellules varient. Ainsi, les cellules peuvent présenter une forme arrondie ou une forme plutôt allongée. Ainsi, une ellipse directionnelle (aussi appelée ellipse de déviation standard) est calculée pour chaque cellule identifiée. Cette ellipse fournit une mesure de la tendance de direction de l’ensemble des pixels constitutifs d’une cellule. La table attributaire de chaque ellipse comprend la longueur des deux axes. Ainsi, leur rapport fournit une indication sur la forme. Plus celui-ci est proche de 1, plus la cellule est arrondie, plus il s’en éloigne, plus la cellule est allongée, comme sur la figure 4. De plus, les cellules de forte intensité ne sont pas toutes orientées de la même manière. L’ellipse directionnelle va donc en outre nous renseigner sur cette dernière caractéristique, en fournissant dans la table attributaire un angle de rotation en degré par rapport au Nord.
 | | Figure 3 |
 | | Figure 4 |
1.3 Caractérisation du déplacement des cellules orageuses Météo-France fournit des données par pas de temps de cinq minutes. Une cellule identifiée au pas de temps n peut aisément être retrouvée au pas de temps n+1 si elle présente une intensité supérieure à 60 mm/h. Ainsi, les cellules ont été appariées deux à deux sur chaque pas de temps successifs de cinq minutes, et leurs vecteurs de déplacement ont été crées à l’aide de Tracking Analyst (figure 5). Ces vecteurs fournissent des informations sur la direction, l’orientation, mais aussi sur la vitesse de déplacement des cellules (d’après la longueur des vecteurs). Quand plusieurs vecteurs sont identifiés pour un même pas de temps, le script linear directional mean (direction moyenne linéaire) d’ArcToolbox nous renseigne sur l’orientation et la vitesse moyenne. Nous obtenons en outre la variance circulaire, qui est une mesure de l’étendue sur laquelle les vecteurs pointent tous dans la même direction. Plus la valeur est proche de 0, plus les vecteurs pointent dans la même direction, plus la valeur est proche de 1, plus il y a de variabilité dans l’orientation des vecteurs. Au terme du processus d’analyse, nous obtenons huit caractéristiques pour chaque cellule identifiées : son intensité maximale, son intensité moyenne, son aire, sa forme, sa direction, sa rotation, son orientation, sa vitesse (ainsi que la variance circulaire dans le cas où plusieurs vecteurs sont identifiés dans un même pas de temps). Cette méthode a la possibilité d’être automatisée et les étapes successives compilées dans un modèle (créé à l’aide du Model Builder d’ArcToolbox), comme illustrée en figure 6, et a été appliquée à la journée du 29 juillet 2005.
 | | Figure 5 |
 | | Figure 6 |
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2. Suivi des caractéristiques des cellules orageuses de l’épisode du 29 juillet 2005 |  |  |
|  | 2.1 Analyse globale spatiale et statistique de l’épisode pluvieux Lors de l’épisode pluvieux du 29 juillet 2005, la méthodologie mise en place a détecté 563 noyaux de forte intensité (figure 7). Une première observation permet de constater une structuration dans la répartition spatiale des centres moyens pondérés. Cette répartition est confirmée par la carte de densité issue de ces centres (figure 8), avec des couloirs de passages globalement orientés de 45°N. En conséquence, 437 vecteurs de déplacement ont été créés. Ces vecteurs de déplacement confirment l’orientation des couloirs de passage de la carte de densité, certains s’orientant notamment perpendiculairement aux lignes de crêtes du massif central ou du sud du Jura (figure 9).
 | | Figure 7 |
 | | Figure 8 |
 | | Figure 9 |
D’une manière globale, 4,7 cellules ont été identifiées pour chaque pas de temps, avec en moyenne une intensité maximale de 174,4 mm/h, et une intensité moyenne de 97 mm/h (qui varie peu : = 13 mm/h) par noyau pluvieux. Ces cellules de forme plutôt arrondie, faisaient en moyenne 43 km2 de superficie, et présentaient une rotation de 97°N. Les vecteurs de déplacement, de direction Sud-ouest Nord-est, présentent une orientation moyenne de 47,3°. Leur longueur moyenne de 5544,3 m nous indique une vitesse de 66,5 km/h, qui présente un très faible écart type de 12 km/h. Il convient de remarquer que la variance circulaire moyenne est très faible (0,05), les différents vecteurs lors d’un même pas de temps étant tous pratiquement parallèles (tableau 2).
 | | Tableau 2 : Caractéristiques des noyaux de pluie intense de l’épisode du 29 juillet 2005 |
La proportion de la variance d’un des paramètres imputable à la variance d’un autre a été calculée pour toutes les combinaisons possibles à l’aide de régressions linéaires. Les coefficients de détermination sont dans l’ensemble quasiment nuls, sauf pour la relation entre intensité maximale et intensité moyenne (r2=0,59), et celle entre intensité maximale (ou moyenne) et aire de la cellule (r2=0,49) (figure 10).
 | | Figure 10 |
2.2 Analyse détaillée de l’évolution de trois cellules intenses Suite à cette première analyse globale, une étude détaillée portant sur trois cellules distinctes a été menée. Les trois cellules sélectionnées sont celles qui ont pu être suivies consécutivement durant une longue période, c’est à dire durant 03h35 pour la cellule A, 02h00 pour la cellule B et 02h05 pour la cellule C (figure 11), sur des distances respectives de 227 km, 146 km et 145 km. Les normes et l’orientation de leurs vecteurs de déplacement ne varient pratiquement pas, les cellules restent sur une trajectoire linéaire de 55°N environ à vitesse constante (55 km/h). Une comparaison détaillée des critères descriptifs de ces cellules montre une similitude certaine avec les critères moyens globaux, avec cependant des valeurs plus forte pour l’intensité et la superficie (tableau 3).
 | | Figure 11 |
 | | Tableau 3 : Caractéristiques moyennes des cellules A, B et C de l’épisode du 29 juillet 2005 |
La relation entre intensité maximale et superficie de la cellule se retrouve aussi avec ces trois exemples, comme l’atteste la figure 11. Le coefficient de détermination de cette relation est de 0,45 pour la cellule C, et de 0, 78 pour la cellule B (figure 12). Une des poursuites de ce travail va être de mettre en relation l’évolution des caractéristiques de ces cellules avec des variables environnantes, comme la topographie ou l’occupation des sols.
 | | Figure 12 |
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Conclusion |  |  |
|  | La méthode élaborée ici a pour but de proposer une description détaillée des caractéristiques physiques des cellules de pluie intense à partir des données radar de Météo-France. Cette méthode repose sur l’utilisation successive de plusieurs outils d’analyse statistique spatiale pour mesurer les distributions géographiques, accessibles via ArcToolbox et l’extension Tracking Analyst d’ArcMap. Afin d’automatiser le processus et de limiter les opérations répétitives, un modèle de fonctionnement général en a été créé, avec ModelBuilder. Cette méthodologie, appliquée ici à l’épisode pluvieux intense sur le Grand Lyon du 29 juillet 2005, s’est révélée d’une forte efficacité, et a permis d’exposer des tendances pertinentes concernant cet événement. Tout d’abord, cet épisode a balayé le champ d’étude du Sud-ouest au Nord-est, l’orientation moyenne des vecteurs des cellules étant de 47,3° et leur intensité moyenne de 97 mm/h. Des régressions linéaires ont été effectuées entre toutes les caractéristiques, ce qui a notamment permis de montrer à l’échelle globale un coefficient de détermination de 0,49 entre intensité maximale et superficie de la cellule. Cependant, cette relation peut s’accentuer lors de l’étude détaillée de cellule, la cellule B présentant notamment un r2 de 0,78 entre ces deux variables. |
Bibliographie |  |  |
|  | BYERS H. et BRAHAM R., 1949. The thunderstorm. Washington D.C.U.S govt, printing off BROWNING K., 1986. Morphology and classification of middle-latitude thunderstorm. In E. Kessler (Ed.), Thunderstorm morphology and dynamics, pp. 133-152, University of Oklahoma Press. CHANCIBAULT K., 2002. Etude numérique des orages supercellulaires en France. Thèse de doctorat de l’université de Toulouse III, discipline physique de l’atmosphère, 163 p. EMMANUEL K., 1994. Atmospheric Convection. Oxford University Press RENARD F., COMBY J., 2007. Caractérisation de l’aléa pluviométrique en milieu urbain à partir d’un réseau de pluviomètres : le cas du Grand Lyon. Climatologie, vol. 4, pp. 131-144 RENARD F., RIQUIER J., 2008. Analyse territorialisée du risque de débordements de réseau d’assainissement liés aux eaux pluviales urbaines : application au Grand Lyon. Norois, n° 208, pp. 45-60 WEISSMAN M. et KLEMP J., 1986. Mesoscale meteorology and forecasting. Chapter characteristics of isolated convective storms, pp. 331-358 |
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