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Simulation des usages en mer côtière. Le projet SIMARIS.
 | Session Environnement |  | | |
Matthieu Le TIXERANT Terra MARIS (SARL), Technopôle Brest-Iroise, IUEM, Place Nicolas Copernic, 29 280 Plouzané (France)
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Cyril TISSOT Laboratoire Géomer (UMR LETG 6554 CNRS), IUEM, Technopôle Brest-Iroise, 29 280 Plouzané (France)
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1. Introduction |  |  |
|  | Espaces d'interactions entre les milieux marins et terrestres, les zones côtières constituent des systèmes complexes particulièrement riches et donc très convoités par les sociétés humaines. Les mers côtières, franges marines des zones côtières, n'échappent pas à cette tendance et apparaissent actuellement comme un milieu en voie de socialisation rapide sous l’effet de la multiplication des usages (Cicin-Sain et al. 1998). En effet, elles subissent de multiples pressions liées aux nombreuses activités humaines qui s’y déroulent : pêches professionnelles, transport maritime, extraction de matériaux, exercices militaires, rejets de dragage, aménagement d’infrastructures (récifs artificiels, éoliennes offshore…), activités de loisir... Ces différentes formes d’occupation de l’espace et d’exploitation du milieu créent un jeu complexe d’intéractions pouvant conduire à des conflits entre usagers et à la dégradation de l’environnement. L’analyse de ces interactions est actuellement un des objectifs majeurs des recherches menées sur la zone côtière dans la perspective de sa gestion intégrée (Cuq 2000; Dronkers et al. 1999). Dans ce contexte, il est utile de disposer de connaissances sur les usages et sur les modes d’exploitation du milieu et plus particulièrement sur le déroulement des activités humaines dans l’espace et dans le temps (Bartlett 1999).
Dans le cadre du PEVS (Programme Environnement Vie et Société du CNRS), le laboratoire Géomer (LETG – UMR 6554 CNRS) a développé une plate-forme de simulation de la Dynamique des Activités Humaines (DAHU) (Cuq et al. 2002; Tissot 2003) ayant pour objectif de décrire la distribution spatio-temporelle d’agents représentatifs d’activités humaines en zone côtière. Un module adapté à la spécificité du déroulement d’activités humaines en milieu marin, DAHU-MAM (Module Activités Marines), a été développé dans un objectif opérationnel d'analyse et d’aide à la gestion de la mer côtière (Le Tixerant 2004) et est plus particulièrement à l’origine du projet SIMARIS. Ce projet de valorisation de la recherche, financé par la Région Bretagne, est porté par l’entreprise Terra Maris en collaboration avec le laboratoire Géomer (UMR LETG 6554 CNRS). L’objectif est de concevoir et de réaliser un simulateur opérationnel favorisant :
- la caractérisation du déroulement des activités dans l’espace et dans le temps en fonction de diverses contraintes et selon une vision dynamique, globale et intersectorielle des usages d’un espace marin, - l’élaboration de scénarios exploratoires évènementiels pour l’aide à la gestion, - la présentation des résultats de simulation sous des formes pertinentes et synthétiques en privilégiant la cartographie interactive, - l’accessibilité et la diffusion de l’information via une interface simple et conviviale pouvant être mise en ligne sur internet, - la mise à jour facilitée et simplifiée de l’information. |
3. Scénarios envisagés |  |  |
|  | L’approche méthodologique permet d’envisager la simulation de trois grands types de scénarios : -le déroulement d’une unique activité ou de plusieurs activités marines simultanément à différentes dates ; -les conséquences d’une impossibilité temporaire d’accès occasionnée par un évènement (accident en mer, intervention sur épaves fuyantes, exercices militaires, création d’une zone à accès interdit…) intervenant à un instant donné et provoquant des perturbations sur le déroulement des activités habituellement présentes sur la zone ; -l’impact d'un aménagement d'infrastructures (éoliennes, plateforme, récifs artificiels…) entraînant des modifications durables du déroulement des activités de la zone. Ces trois types de scénarios sont illustrés ci-après au travers d’exemples en mer d’Iroise (Finistère).
3.1 Scénario "déroulement d'activités" |
SIMARIS doit permettre la mise en évidence du déroulement d'activités au cours de l'année en fonction des conditions de pratique (figure 2).

 | | Figure 2. Simulation de la drague à coquille St Jacques à différentes dates |
Commentaire : les principales contraintes prises en compte sont liées au milieu physique (fonds rocheux où l’utilisation d’une drague traînée sur le fond est impossible), la météorologie (les navires de petites tailles ne peuvent pas sortir quand la mer est trop mauvaise) et la réglementation (zones et périodes à accès interdit ou restreint). Ce type de simulation peut permettre de réaliser des bilans (journaliers, mensuels ou annuels) sur le nombre de navires ayant pratiqué sur une zone spécifique pendant une période donnée. Cette information peut, par exemple, contribuer à évaluer l’impact d’une activité sur une ressource (Cronne 2006). Ce scénario peut s'appliquer à plusieurs activités (figure 3) ayant des déroulements distincts dans le temps et dans l'espace et mettre en évidence des interactions positives (activités complémentaires) ou négatives (à l’origine de conflits d'usage potentiels).

 | | Figure 3. Simulation du chalut de fond / filet Grande Maille / Filet Petite Maille / Extraction de matériaux à la même date (jeudi 10/02 2000). |
Commentaire : A l’ouest de la zone, les fonds (graviers et sables) sont propices au chalutage tandis que la zone offre également des potentialités aux fileyeurs qui doivent toutefois tenir compte des courants assez forts (notamment en période de vives eaux). Ce résultat de simulation montre que les activités du filet, du chalut et de l’extraction de matériaux peuvent se dérouler au même moment sur des zones identiques. Etant donné la concurrence pour l’occupation de l’espace et/ou l’accès à la ressource qu’il peut parfois exister entre ces activités, cette situation pourrait donc générer des conflits d’usage potentiels (actuellement régulés par l’existence d’accords de cohabitation informels entre chalutiers et fileyeurs).
L’organisation actuelle de la lutte contre les pollutions maritimes accidentelles en France est mise en place par l’Instruction POLMAR du 4 mars 2002, applicable non seulement aux hydrocarbures mais aussi aux rejets de toute substance susceptible de porter atteinte au milieu marin. Lors d’une pollution accidentelle, les autorités compétentes (Préfecture Maritime en France) peuvent prendre la décision d’interdire pendant une période déterminée, la pratique de la pêche sur une zone donnée[1]. Il peut alors être utile d’évaluer l'impact potentiel sur le déroulement des activités et l'incidence économique que pourrait engendrer cette mesure temporaire : - en temps réel, pour les autorités qui doivent prendre la décision d’interdire la pratique de la pêche (durée de l’interdiction, aide à la définition des zones de protection prioritaire) ; - et ultérieurement, lors de la mise en place d'un éventuel processus d’indemnisation des pêcheurs. Les résultats de simulation produits par SIMARIS permettent d’accéder à ce type d’information en mettant en évidence les activités directement concernées par la mesure, le nombre de jours de pêche perdus ainsi que le nombre de navires concernés (figure 4).
[1] Instruction POLMAR du 4 mars 2002

 | | Figure 4. Scénario d’un naufrage le 05/10/2000 sur l’île de Molène |
Commentaire : Du fait d’une navigation maritime intense au large de la zone d’étude (Dispositif de Séparation du Trafic (DST) d’Ouessant), la mer d’Iroise est particulièrement vulnérable aux aléas du trafic maritime. De nombreux accidents y ont déjà eu lieu : Amoco Cadiz (16/03/1978), Gino (28/05/1979), Melbridge Bilbao (12/11/2001) qui s’était échoué sur l’île de Molène (par chance sans causer de dégâts majeurs…). 3.3 Scénario "éoliennes en mer" |
Les engagements de la France en matière d'émissions de gaz à effet de serre[1] imposent une politique volontariste de développement des énergies renouvelables. Disposant du second potentiel européen de production d'électricité à partir de centrales éoliennes en mer, cette filière est donc susceptible de se développer (ADEME-CLAROM 2002). Dans le cas d'un projet d'implantation d'éoliennes en mer, les études d'impact abordent les contraintes techniques (mesure de vent, puissance de l’installation, plan de maintenance, raccordement au réseau), environnementales (impacts de l’installation sur le milieu) et socio-économiques (Kannen et al. 2004). Sur ce dernier point, il est notamment nécessaire d'évaluer l'impact potentiel des installations sur les activités humaines présentes qui peuvent être classées en deux groupes selon le degré de perturbation (CA-OWEE 2001). -Les activités susceptibles d’être très affectées par l’implantation d’éoliennes en mer sont la navigation maritime et la pêche pratiquée à l’aide d’arts traînants. Du fait des risques de collisions, les principales voies de navigation et les chenaux d’accès aux ports sont évidemment à proscrire. La pratique des arts traînants (chaluts, dragues, lignes…) est également susceptible d’être fortement dérangée par l’implantation d’éoliennes en mer. Il peut en être de même pour des activités exploitant des espaces très restreints où l'implantation d'éoliennes pourrait quasiment rendre impossible le déroulement des activités. -Les activités susceptibles d’être moins affectées par l’implantation d’éoliennes en mer sont la pêche pratiquée à l’aide d’arts dormants (filets, casiers)[2] et la pêche de loisir. Pour mettre en évidence une « zone optimale d’installation » d’un projet de parc éolien en mer d’Iroise, les territoires de pratique potentielle des activités humaines présentes sont superposés en fonction du degré de perturbation engendré. La simulation conduit à l’évaluation des risques de conflits potentiels suivant les zones d'implantation (figure 5).
[1] Directive européenne du 27 septembre 2001 relative à la promotion de l'électricité produite à partir de sources d'énergies renouvelables qui prévoit pour la France un objectif indicatif de consommation d'électricité produite à partir d'énergies renouvelables de 21 % à l'horizon 2010, contre 15 % en 1997.
[2] Les fondations des éoliennes peuvent être conçues pour devenir des récifs artificiels et donc avoir éventuellement des effets bénéfiques sur la ressource

 | | Figure 5. Zone optimale d’installation pour un parc éolien en mer d’Iroise du point de vue des risques de conflits d’usage. |
Commentaire : Les résultats de simulation montrent que le contexte multi-usage de la mer d’Iroise est une des contraintes majeures que devrait prendre en compte un projet d’implantation d’éoliennes sur cette zone. Néanmoins elle n’est pas la seule car les caractéristiques physiques (la bathymétrie notamment) ne sont pas très propices à ce type d’installation. En effet, pour éviter des coûts de construction et de maintenance trop élevés, les éoliennes devraient être implantées à proximité de la côte pour bénéficier des faibles profondeurs (de préférence inférieures à 30 mètres) sachant que les secteurs abrités tels que la rade de Brest et dans une moindre mesure la baie de Douarnenez possèdent des potentiels éoliens faibles du fait de la turbulence des vents. De plus, pour chaque site d'implantation, des contraintes environnementales, paysagères, techniques, économiques et financières devraient bien sûr être prises en compte.
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6. Bibliographie |  |  |
|  | ADEME-CLAROM, 2002. "Document de cadrage". Séminaire ADEME-CLAROM / Etat des lieux du développement de l'éolien offshore, Rueil-Malmaison. Bartlett D., 1999. Working on the frontier of Science : applying GIS to the Coastal Zone, Marine and Coastal GIS, Wright & Bartlett, Taylor & Francis, p. 11-24. CA-OWEE, 2001. Offshore Wind Energy. Ready to power a sustainable europe. Duwind 2001.006, Delft University of Technology, The Netherlands, Delft University Wind Energy Research Institute (Duwind). Cicin-Sain B., Knetch R.W., 1998. Integrated coastal and ocean management, concepts and practices. Island Press, Washington D.C., 517 p. Cronne L., 2006. Spatialisation d'une activité de pêche professionnelle et évaluation des perturbations potentielles engendrées sur les fonds benthiques. Application à la pêche à la drague en rade de Brest, Université de Bretagne Occidentale / Laboratoire Géomer (UMR 6554 CNRS) / Mémoire de DEA / 50 p. Cuq F., 2000. "Systèmes d'information géographique et gestion intégrée des zones côtières". CoastGIS'99. Ifremer/SHOM, Brest, p. 18-30. Cuq F., Bourcier P., 2002. Contribution méthodologique pour le couplage de modèles qualitatifs et quantitatifs au sein d'un Système d'Information Géographique, Rapport final PEVS (CNRS). Dronkers J., Vries I., 1999. "Integrated coastal management: the challenge of transdisciplinarity". Journal of Coastal Conservation, volume 5, p. 97-102. Kannen A., Gee K., Glaeser B., 2004. "Offshore Wind Farms, spatial planning and the German ICZM strategy". Littoral 2004, Aberdeen (Scotland), p. 450-455. Le Tixerant M., 2004. Dynamique des activités humaines en mer côtière ; application à la mer d'Iroise. Thèse de géographie, Université de Bretagne Occidentale, 210 p. Le Tixerant M., Gourmelon F., 2006. "Approche dynamique du déroulement d'activités humaines en mer côtière". Cybergeo : Revue européenne de géographie, p. 16. Pennanguer S., 2005. Incertitude et concertation dans la gestion de la zone côtière. Thèse de doctorat halieutique, Agrocampus Rennes (Département halieutique) ; Université de Bretagne Occidentale (CEDEM) ; Portances-Conseil (SARL), 374 p. Tissot C., 2003. Evaluation de la variabilité des activités humaines dans l'espace et dans le temps. Application à l'étude des pratiques agricoles intensives dans le département du Finistère. Thèse de géographie, Université de Bretagne Occidentale, 234 p.
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