Communications 

Identification et évaluation des enjeux écologiques et socio-économiques en haute-mer ;
Méthodologie pour la mise en place d’un réseau d’aires marines protégées, application à la région OSPAR V, Atlantique Nord-Est.


Session Envionnement marin
 


Quemmerais-Amice Frédéric
frederic.quemmerais@aires-marines.fr
02 29 00 85 62
 
Agence des aires marines protégées
42 bis quai de la Douane
29229 Brest Cedex 2
Standard +33 (0)2 98 33 87 67
http://www.aires-marines.fr/
 

Laboratoire Environnement Profond Ifremer Brest
Technopole Brest-Iroise
B. P. 70
29280 Plouzané
frederic.quemmerais@ifremer.fr
http://www.ifremer.fr/brest/
http://www.ifremer.fr/droep/index.html

 

Mots-clés, logiciels ESRI utilisés et publics visés
 


Mots-clés : aires marines protégées, patrimoine naturel, haute-mer, Atlantique Nord-Est, OSPAR, méthodologie, océanographie, système d’information géographique


Logiciels ESRI utilisés : ArcGIS 9.2


Public visé : Tout public


 

1) La haute-mer, contexte et enjeux


La haute-mer, c'est-à-dire l’espace marin situé au-delà des zones marines sous juridiction des Etats, n’appartient à personne. C’est un res nullius, à l’opposé des fonds océaniques qui en constituent le plancher qui ont été déclarés « patrimoine commun de l’Humanité » en 1970. Sur cet espace toutes les réglementations et les procédures s’inscrivent dans le cadre juridique de la Convention des Nations Unies de 1982 sur le droit de la mer (Convention de Montego Bay). Cette Convention conclue après des années de discussions doit-elle évoluer et si oui, comment ? C’est la question qui se pose depuis quelques années aux juristes du Droit International de la mer et à l’Assemblée générale des Nations-Unies.
 
En effet, les océans recouvrent les deux tiers de la surface terrestre abritant une faune et une flore très diversifiées. L’Union Mondiale pour la Nature estime que 99% des espèces vivant en haute mer n’ont pas encore été découvertes. L’essentiel de la biodiversité de la planète se trouverait dans la mer. Pendant des siècles, l’humanité a considéré que les océans constituaient une richesse inépuisable et une masse capable d’absorber la totalité de nos déchets. Les scientifiques considèrent que pour maintenir cette richesse biologique, menacée par les activités humaines (pollution, pêche, exploitation minière, changement climatique…), il conviendrait de protéger rapidement 10 à 15% des océans. En 2005, un rapport de la Convention sur la Diversité Biologique (UNEP) estimait que moins de 0,5% de la surface océanique mondiale était protégée.
 
La haute-mer est également une ressource et un espace indispensable pour l’économie mondiale. La pêche hauturière bien sur, mais aussi le transport maritime, la bioprospection, la pose de câbles de télécommunication, la production de nouvelles formes d’énergies, la recherche scientifique, l’exploitation minière et pétrolière constituent de nouveaux enjeux économiques et environnementaux. Le principe de liberté et de libre usage de la mer élaboré dès le XVIIème siècle dans un contexte de libre-échange commercial par voies maritimes, se doit d’évoluer afin d’assurer une prise en compte durable de la biodiversité, tant au niveau des textes juridiques internationaux et nationaux qu’au niveau des acteurs maritimes ou industriels.
 
L’Agence des aires marines protégées est créée par la loi sur les parcs nationaux, les parcs naturels marins et les parcs naturels régionaux du 14 avril 2006. C’est un établissement public de l’Etat, qui à pour fonctions principales, l’appui au politiques publiques d’aires marines protégées, l’animation du réseau des aires marines protégées et la fourniture de moyens aux parcs naturels marins.
 
Dans le cadre des négociations internationales sur le droit de la mer et plus précisément, au sein de la zone de compétence de la convention OSPAR pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est, l’Agence des aires marines protégées souhaite proposer un diagnostic intégré des enjeux en haute-mer. L’objectif est de développer à l’échelle mondiale et à l’échelle régionale (zone OSPAR) une cartographie synthétique de la haute-mer à partir trois items : écosystèmes et fonctionnement des écosystèmes, espèces et habitats d’intérêts remarquables, usages et activités. Ce travail doit favoriser une réflexion intégrée sur la haute-mer et accompagner les processus décisionnels à venir sur le sujet, tant pour identifier un réseau d’aires marines protégées cohérent et des orientations de gestion appropriées que pour proposer un fond documentaire précis, dédié et validé pouvant constituer une aide à la décision au niveau européen.


2) Eléments de méthodologie pour la définition d’un réseau d’aires marines protégées en haute-mer


Le Système d’Information Géographique est utilisé d’une part comme outil d’intégration de l’information géographique de format et de source multiples et d’autre part comme support d’analyse pour la production d’un état des lieux, d’une synthèse de l’espace étudié. De plus l’outil est également un support de discussion pour enrichir la réflexion sur la prise en compte des enjeux écologiques et socio-économiques de la haute-mer (figure n°1).



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Figure n°1 : Méthodologie pour la définition d’un réseau d’aires marines protégées en haute mer

L’étude présentée ici est un travail en cours de réalisation, qui se concentre dans un premier temps sur la zone OSPAR V (figure n°2).



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Figure n°2 : Carte de localisation des régions OSPAR

L’utilisation du SIG permet dans un premier temps de rassembler de l’information géographique de nature et de source très diverses. Il s’agit de données géologiques (topographie, bathymétrie…), de données physiques (température, salinité…), de données biologiques (concentration en chlorophylle, localisation d’espèces marines…), de données statistiques et économiques (principales routes maritimes, statistiques de pêche…). 
La connaissance relative à chacun des trois thèmes est parfois très parcellaire. Cependant, la nécessité de mieux comprendre les enjeux et les menaces pesant sur la haute mer ont conduit aux développements de modèles de prédiction (Vierros et al. 2006, UNEP 2006, UNEP 2007), dédiés par exemple à la distribution des espèces marines ou à la biodiversité en haute mer (A. J. Davies et al. 2008, K. Kaschner et al. 2007, W. Cheung et al. 2005), à la description des fonds marins et des habitats associés (A. Kitchingman & S. Lai 2004, Clark et al. 2006), ou au fonctionnement des océans et à la cartographie des impacts des activités humaines sur les écosystèmes marins (B. S. Halpern et al 2008). De plus, il existe de nombreuses bases de données en ligne, qui rassemblent, parfois à l’échelle mondiale, l’ensemble et des observations et des échantillonnages scientifiques réalisés (www.seaaroundus.org, www.iobis.org...).
 
La première étape consiste à rassembler et à harmoniser l’ensemble de ces données au sein du SIG. Les figures 3 à 6 présentent quelques-unes des données utilisées.



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Figure n°3 : Indice de position bathymétrique réalisé à partir du MNT GEBCO (résolution de 1849 mètres)



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Figure n°4 : Concentration moyenne de chlorophylle a pour le mois de mai, sur la période 2003-2006, à partir des données satellites ENVISAT MERIS level 3, case 1 water



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Figure n°5 : Distribution de 6 espèces de poissons d’intérêt commercial, d’après les données de Fishbase Aquamap et prédiction de la localisation des monts sous-marins dans l’Atlantique du Nord-Est, d’après Kitchingman et Lai



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Figure n°6 : Distribution des habitats inscrits sur la liste OSPAR, d’après la base de données OSPAR



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Figure n°7 : Estimation du trafic maritime de commerce sur la période 2003, à partir des données Lloyds-SHOM

La seconde étape consiste à identifier des zones relativement homogènes au niveau latitude, bathymétrie et fonctionnement hydrologique. La délimitation de ces zones permettra de réaliser une cartographie synthétique des grands écosystèmes marins de la zone étudiée. En parallèle, l’analyse des données relatives aux espèces, aux habitats et aux activités économiques, permettra de réaliser une cartographie synthétique du patrimoine naturel et des enjeux économiques.


3) Perspectives et conclusions


La mise en place de ce SIG, la collecte et l’harmonisation des données scientifiques et socio-économiques au sein d’une même base d’information géographique constitueront également un outil intéressant, permettant une vision globale des enjeux en haute mer. Sur la base de ces synthèses, des croisements et pondération de l’information géographique pourront fournir une aide à l’identification et à la délimitation des secteurs importants à prendre en compte pour la création d’un réseau d’aires marines protégées en haute mer. En lien avec les problématiques de gestion et de protection de la biodiversité, la mise en place de cet outil pourra, à son niveau, participer à l’évolution de la gouvernance de la biodiversité au-delà des eaux sous juridiction nationale et probablement favoriser une véritable gestion intégrée de l’espace océanique.


Bibliographie


Cheung W., Alder J., Karpouzi V., Watson R., Lam V., Day C., Kaschner K., Pauly D., 2005. Patterns of species richness in the high seas. Secretariat of the Convention on Biological Diversity, Montreal, Technical Series n°20, 31 p.
 
Clark M.R., Tittensor D., Rogers A.D., Brewin P., Schlacher T., Rowden A., Stocks K., Consalvey M., 2006. Seamounts, deep-sea corals and fisheries: vulnerability of deep-sea corals to fishing on seamounts beyond areas of national jurisdiction. UNEPWCMC, Cambridge, UK.
 
Costello M.J., Stocks K., Zhang Y., Grassle J.F., Fautin D.G., March 2007. Ocean Biogeographic Information System, www.iobis.org.


Davies A. J., Wisshak M., Orr J. C., Roberts J. M., 2008. Predicting suitable habitat for the cold-water coral Lophelia pertusa (Scleractinia). Deep-Sea research Part I, doi:10.1016/j.dsr.2008.04.010, article in press.
 
Halpern B. S., Walbridge S., Selkoe K. A., Kappel C. V., Micheli F., D'Agrosa C., Bruno  J. F., Casey K. S., Ebert C., Fox H. E., Fujita R., Heinemann D., Lenihan H. S., Madin E. M. P., Perry M. T., Selig E. R., Spalding M., Steneck R., Watson R., 2008. A Global Map of Human Impact on Marine Ecosystems. Science, vol. 319, n°5865, pp. 948-952.
 
Kaschner, K., J. S. Ready, E. Agbayani, J. Rius, K. Kesner-Reyes, P. D. Eastwood, A. B. South, S. O. Kullander, T. Rees, C. H. Close, R. Watson, D. Pauly, and R. Froese. 2007 AquaMaps: Predicted range maps for aquatic species. World wide web electronic publication, www.aquamaps.org, Version 12/2007.
 
Kitchingman A., Lai S., 2004. Inferences on potential seamount locations from mid-resolution bathymetric data. Seamounts : Biodiversity & Fisheries, Fisheries Centre Research Reports, vol. 12, n°5 (Morato T. & Pauly D. edition), pp. 7-12.
 
UNEP 2006. Ecosystems and Biodiversity in Deep Waters and High Seas. UNEP Regional Seas Reports and Studies n°78. UNEP/IUCN, Switzerland.
 
UNEP 2007. Overview of International Governance and Scientific Issues Regarding the High Seas and Deep-water Ecosystems and Biodiversity. UNEP(DEPI)/RS.9/ 4 - 3 October 2007, Ninth Global Meeting of the Regional Seas Conventions and Action Plans, Jeddah, Kingdom of Saudi Arabia, 29-31 October 2007, 19 p.
 
Vierros M., Douvere F., Arico S. 2006. Implementing the Ecosystem Approach in Open Ocean and Deep Sea Environments - An Analysis of Stakeholders, their Interests and Existing Approaches. UNU-IAS Report, 39 p.


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