Notre travail s’inscrit dans le cadre de la lutte contre ce que l’on appelle actuellement les « Maladies Tropicales Négligées ou MTN». Des actions de lutte contre ces MTN sont menées grâce à un partenariat entre le MINSANPFPS[1], le RISEAL[2], l’AICU[3] et l’OMS[4] dans les districts prioritaires (hyper endémiques) de Madagascar.
Ces maladies sont essentiellement des maladies liées à la pauvreté et représente un grave problème de santé publique.
Nous nous sommes particulièrement intéressés aux Bilharzioses ou Schistosomoses, en raison de leur importance à Madagascar et de leur lien très démonstratif avec l’environnement.
Ces maladies eau dépendantes, sont des affections parasitaires à transmission urinaire ou fécale faisant intervenir des hôtes intermédiaires qui sont des mollusques d’eau douce. Ces maladies sont dues à des vers plats appelés : Schistosoma (Weinland 1858) ou Schistosomes. On a recensé au total 19 espèces de ces schistosomes dont cinq sont pathogènes pour l’homme. A Madagascar, S. haematobium est l’agent de la bilharziose uro-génitale; S. mansoni est responsable de la bilharziose intestinale et hépato-splénique.
Les mollusques hôtes intermédiaires, responsables de la Schistosomose intestinale, appartiennent à l’espèce Biomphalaria pfeifferi. Pour la Schistosomose urinaire, le parasite est transmis probablement entièrement par B. obtusispira maisSthothard et al., [Bulinus species on Madagascar:
molecular evolution, genetic markers and compatibility with Schistosoma haematobium. Parasitology, 123(261-275), 2001]. ont montré qu’il était compatible également avec les espèces Bulinus liratus et Bulinus bavayi. La répartition des schistosomoses est donc indissociable de celle des hôtes intermédiaires, cette dernière étant fortement influencée par les facteurs environnementaux. Cette répartition est liée à trois facteurs essentiels : exigences écologiques des mollusques hôtes intermédiaires, exigences biologiques du parasite et intervention humaine.
Si les enquêtes épidémiologiques effectuées jusqu’ici se sont intéressées surtout à l’homme, le volet transmission et hôtes intermédiaires méritait d’être complété, notre recherche s’inscrit dans cette démarche. Notre recherche basée sur l’utilisation du SIG (Système d’Informations Géographiques) consiste à étudier les relations existant entre les différentes situations environnementales et la répartition des mollusques hôtes intermédiaires des Schistosomes. Pour cela nous avons opté en général ArcView 3.2 qui est un logiciel bien maîtrisé à Madagascar et facile à manipuler pour la projection Laborde couramment utilisée. Toutefois, nous avons eu recours à Arc GIS qui est un système d’information géographique intégré avec des applications avancées pour résoudre des problèmes plus complexes.
Cette investigation a comme objectifs de :
- évaluer l’impact de l’environnement sur la répartition des mollusques hôtes intermédiaires des schistosomes,
- caractériser les situations environnementales à risque,
- participer à l’élaboration d’un dispositif de prévention du risque.
A partir des résultats obtenus, les zones à risque sur le territoire malgache sont déterminées et il est alors possible de proposer, en agissant prioritairement dans ces zones au cours des futures campagnes de lutte, une politique de prévention du risque efficace et moins coûteuse donc pouvant s’inscrire dans le durable.
[1] Ministère de Santé, du Planning Familial et de la Protection Sociale
[2] Réseau International Schistosomoses Environnement Aménagement et Lutte
[3] Association Italienne Carlo Urbani
[4] Organisation Mondiale de la Santé