Communications 

Utilisation du système d'information géographique pour la détection des zones prioritaires dans la lutte contre les maladies tropicales négligées à Madagascar


Session Santé
 


Luciano ANDRIAMARO
Présidente du RISEAL Madagascar
B.P. 1735 101-Antananarivo

Bertrand SELLIN, Elisabeth SELLIN
RISEAL Europe
Saint Mathurin
56270 Ploemeur

Fabienne RANDRIANARISOA
Spécialiste SIG, PACT Madagascar
B.P. 7519 101- Antananarivo



 

Mots-clés, logiciels ESRI utilisés et publics visés
 


Mots-clés : Schistosomoses, mollusques, Madagascar

Logiciels ESRI utilisés :  ArcView 3.2, Arc GIS 9

Public visé : Tout public

 

1- Introduction



Notre travail s’inscrit dans le cadre de la lutte contre ce que l’on appelle actuellement les « Maladies Tropicales Négligées ou MTN». Des actions de lutte contre ces MTN sont menées grâce à un partenariat entre le MINSANPFPS[1], le RISEAL[2], l’AICU[3] et l’OMS[4] dans les districts prioritaires (hyper endémiques) de Madagascar.
 
Ces maladies sont essentiellement des maladies liées à la pauvreté et représente un grave problème de santé publique.

Nous nous sommes particulièrement intéressés aux  Bilharzioses ou Schistosomoses, en raison de leur importance à Madagascar et de leur lien très démonstratif avec l’environnement.
 
Ces maladies eau dépendantes, sont des affections parasitaires à transmission urinaire ou fécale faisant intervenir des hôtes intermédiaires qui sont des mollusques d’eau douce. Ces maladies sont dues à des vers plats appelés : Schistosoma (Weinland 1858) ou Schistosomes. On a recensé au total 19 espèces de ces schistosomes dont cinq sont pathogènes pour l’homme. A Madagascar, S. haematobium est l’agent de la bilharziose uro-génitale; S. mansoni est responsable de la bilharziose intestinale et  hépato-splénique.
Les mollusques hôtes intermédiaires, responsables de la Schistosomose intestinale, appartiennent à l’espèce Biomphalaria pfeifferi. Pour la Schistosomose urinaire, le parasite est transmis probablement entièrement par B. obtusispira maisSthothard et al., [Bulinus species on Madagascar:

molecular evolution, genetic markers and compatibility with Schistosoma haematobium. Parasitology, 123(261-275), 2001]. ont montré qu’il était compatible également avec les espèces Bulinus liratus et Bulinus bavayi. La répartition des schistosomoses est donc indissociable de celle des hôtes intermédiaires, cette dernière étant fortement influencée par les facteurs environnementaux. Cette répartition est liée à trois facteurs essentiels : exigences écologiques des mollusques hôtes intermédiaires, exigences biologiques du parasite et intervention humaine.


Si les enquêtes épidémiologiques effectuées jusqu’ici se sont intéressées surtout à l’homme, le volet transmission et hôtes intermédiaires méritait d’être complété, notre recherche s’inscrit dans cette démarche. Notre recherche basée sur l’utilisation du SIG (Système d’Informations Géographiques) consiste à étudier les relations existant entre les différentes situations environnementales et la répartition des mollusques hôtes intermédiaires des Schistosomes. Pour cela nous avons opté en général ArcView 3.2 qui est un logiciel bien maîtrisé à Madagascar et facile à manipuler pour la projection Laborde couramment utilisée. Toutefois, nous avons eu recours à Arc GIS qui est un système d’information géographique intégré avec des applications avancées pour résoudre des problèmes plus complexes.
 
Cette investigation a comme objectifs de :
 
- évaluer l’impact de l’environnement sur la répartition des mollusques hôtes intermédiaires des schistosomes,
- caractériser les situations environnementales à risque,
- participer à l’élaboration d’un dispositif de prévention du risque.
 
A partir des résultats obtenus, les zones à risque sur le territoire malgache sont déterminées et il est alors possible de proposer, en agissant prioritairement dans ces zones au cours des futures campagnes de lutte, une politique de prévention du risque efficace et moins coûteuse donc pouvant s’inscrire dans le durable.
[1] Ministère de Santé, du Planning Familial et de la Protection Sociale

[2] Réseau International Schistosomoses Environnement Aménagement et Lutte

[3] Association Italienne Carlo Urbani

[4] Organisation Mondiale de la Santé


2- Méthodologie de travail


Les choix des sites prospectés ont été basés sur les critères bio-écologiques, épidémiologiques, géographiques et en rapport avec l’homme dans tout Madagascar. Ces sites sont systématiquement géoréferencés  pour pouvoir les projeter sur une carte. Les habitats des mollusques sont décrits à partir des leurs caractéristiques biologiques, physico-chimiques et écologiques.
Plusieurs couches d’informations disponibles sont utilisées pour les superposer à la répartition des mollusques hôtes intermédiaires identifiés lors de la prospection malacologique comme :
 
-  Hydrologie
-  Bassins versants
-  Végétation
-  Géologie
-  Température
-  Pluviométrie
-  Zones écologiques
-  Altitudes
-  Déforestation
-  Démographie
-  Micro-endémisme
 
Les analyses effectuées sont basées sur la répartition des mollusques hôtes intermédiaires des schistosomes par rapport à ces paramètres. Google Earth est utilisé pour observer l’état actuel de ces différents sites hébergeant les mollusques hôtes intermédiaires. Après avoir déterminé chaque caractéristique de biotope de mollusque par rapport aux paramètres, la modélisation montre les biotopes susceptibles d’héberger ces mollusques. Cette prédiction facilite une lutte plus focalisée de la schistosomose à Madagascar.


3- Résultats obtenus


Les enquêtes malacologiques ont été effectuées dans 658 points d’eau de 700 à 1800 m d’altitude. 20 espèces de mollusques ont été inventoriées dont les deux espèces principales hôtes intermédiaires des schistosomes, Biomphalaria pfeifferi et Bulinus obtusispira. Même si ces deux espèces ont des conditions communes pour survivre dans le milieu aquatique d’eau douce, elles ont chacune leurs préférences et tolérances avec une intensité et degré variables. Par exemple les bulins résistent mieux à la dessiccation du milieu par rapport au biomphalaria, de même pour la température et le pH. C’est pour cette raison que les bulins se trouvent surtout dans les zones chaudes de Madagascar à l’Ouest, au Sud, Nord-Est tandis que les biomphalaria se cantonnent plutôt dans les régions centrales, Est et Sud-Est.
 
Il faut retenir aussi que des phénomènes d’adaptation peuvent être constatés au niveau de ces mollusques, ce qui entraîne la possibilité d’extension de leur aire de distribution en général dues à des variations non maîtrisables des facteurs environnementaux influençant l’installation de nouveaux biotopes favorables à chaque espèce de mollusque hôte intermédiaire. Il en résulte l’extension de la maladie à laquelle participe les mouvements de population humaine et l’intensification agricole.
 
Après avoir superposé toutes les informations cartographiques disponibles et la répartition des mollusques hôtes intermédiaires des schistosomes on constate que la répartition de la maladie est influencée par le climat en général, l’agglomération des populations humaines et la distance par rapport aux points d’eau.


4- Conclusion


Il faut mentionner que plusieurs facteurs entrent dans la répartition des mollusques hôtes intermédiaires de la bilharziose à Madagascar. L’identification précise de la répartition de la maladie permet de focaliser les actions de lutte et d’avoir un meilleur rendement dans la distribution des médicaments.
De même, la programmation et le suivi des actions deviennent plus aisés, ce qui entraîne une importante économie de temps.


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