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Coopération SIG avec 11 Parcs et réserves naturelles de Russie, Ukraine et Biélorussie
Copyrights : © SYCOPARC - P. Zimmermann - 2007 I. CONTEXTE DU PROJET |  |  |
|  | Introduction et présentation des territoires |
Les SIG sont un peu comme des poupées russes … Ce sont aussi des informations qui s’emboîtent les unes dans les autres, à des échelles souvent différentes …
« La géographie ça sert d’abord à faire la guerre » disait de façon controversée en son temps un certain monsieur Lacoste. 194 ans après un franchissement dramatique de la Grande Armée lors de la retraite de Russie, l’eau a coulé le long des rives marécageuses de la Berezina. Aujourd’hui, les français sont de retour sur ses berges, mais cette fois la géomatique servira à coopérer ! La géographie a rattrapé l’histoire ! |
Depuis près de 12 ans, un partenariat de coopération scientifique et technique lie le Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN), classé Réserve de Biosphère, et la Réserve de Biosphère de Berezinsky (RBB) en Biélorussie.
 | | Partenaires associés dans le cadre de cette coopération internationale |
La Réserve de Biosphère de Berezinsky, 80 000 ha, située à 120 km au nord-est de Minsk, est protégée depuis plus de 80 ans. Berezinsky fait partie des ex-territoires de l’URSS classés en « zapovednik ». La définition des réserves russes « zapovednik », créées en 1917, est très proche de la définition de réserve naturelle stricte donnée par l’UICN1. Ses principaux objectifs sont la conservation, l’observation et l’étude de la nature.
Du 3 au 23 décembre 2006, Pierre Zimmermann, chargé de mission à l’Observatoire du PNRVN s’est rendu à Berezinsky pour une mission de coopération sur les SIG soutenue par le comité MAB France2, le ministère des Affaires Etrangères et la société ESRI Inc. Deux volets composaient cette mission. La première semaine était consacrée à former aux SIG 11 partenaires en provenance de Biélorussie, d’Ukraine et de Russie, représentant des réserves de biosphères (2), parcs nationaux (4), réserves naturelles (4), et ONG (1) (cf. carte). L’objectif était de montrer comment les SIG peuvent être développés et utilisés pour constituer un outil efficace de gestion et de suivi scientifique pour des espaces naturels protégés. Ce premier volet de la mission s’inscrivait également dans le cadre d’un projet réunissant plusieurs pays de la C.E.I et qui vise à renforcer le réseau des centres d’éducation pour les gestionnaires d’aires protégées du nord de l’Eurasie. Toutefois, les moyens financiers de ces institutions, comme la connaissance des systèmes d’informations géographiques restent limités. Aussi, pour y favoriser l’émergence de ces derniers, un partenariat a été proposé à la société ESRI. Rencontré lors de la dernière conférence francophone ESRI, Wojtek Gawecki, le Regional Manager d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient d’Esri Inc - USA a été séduit par le projet et a donné son accord pour offrir 7 licences ArcView 9.1 aux partenaires directement concernés par le montage d’un SIG. Esri France a joué un important rôle de relais entre le PRVN et ESRI Inc, qui à son tour a organisé la livraison des licences avec DATA+ (distributeur des produits ESRI en Russie). La culture SIG est train d’émerger au sein des espaces protégés de ces pays. L’idée n’était pas seulement de leur montrer comment et pourquoi monter un SIG, mais aussi de leur faire comprendre l’intérêt et l’importance de conduire leurs démarches dans le cadre d’un réseau dynamique d’échanges d’expériences, de méthodes, et de moyens.La constitution, entre ces partenaires, d’un réseau de coopération en matière de SIG figurait aussi comme l’un des objectifs prioritaires affichés. Le second volet de la mission visait à initier la mise en place et le développement d’un SIG opérationnel pour la Réserve de Berezinsky. Celle-ci disposait en effet d’un embryon de SIG composé de quelques couches disparates (habitats forestiers, habitats alluviaux, hydrographie, …) mais ce dernier n’est ni réellement exploité, ni considéré comme un réel outil d’appui pour l’aide à la décision par les gestionnaires et les scientifiques de la réserve. Pourtant la richesse des données papier collectées est impressionnante. Une batterie de près de 30 chercheurs ont accumulé une somme considérable de données depuis près de 80 ans. Le territoire jouit donc d’inventaires variés très nombreux, mais aucun outil concentrant l’essentiel de cette connaissance et permettant de l’exploiter n’existe à ce jour.
Compilation sous SIG des résultats de l’inventaire chauves-souris effectué lors de la mission de terrain de juillet 2004 |
Le défi consiste donc à partager l’expérience du PNRVN en la matière et d’impulser la dynamique de mise en place d’un SIG. En 2004, lors d’une mission dédiée aux techniques d’inventaires des chiroptères nous avions réalisé une première base de données dédiée aux chauve-souris. L’objectif était de montrer comment dans chaque projet ou presque il est possible d’intégrer une dimension SIG. Cette expérience, ayant facilité l’exploitation de données pour des publications dans des revues scientifiques russes, a montré l’intérêt de développer désormais un outil complet. |
II. LA MISSION SUR PLACE |  |  |
|  | II.1. Le volet formation en SIG des 11 espaces naturels protégés |
 | | Paysage de tourbière de Berezinsky © P. Zimmermann |
3 décembre 2006, veillée d’armes avant l’accueil des représentants des 11 espaces naturels protégés de Biélorussie, d’Ukraine et de Russie. Première étape, rencontrer Sergei, le traducteur. Ensemble nous allons fonctionner en binôme durant tout le projet. Il traduira de l’anglais vers le russe nos interventions. Un traducteur informé en vaut deux, aussi le premier objectif vise à former Sergei aux SIG pour faciliter son travail de traduction.
 | | Cactus au Belarus ! Notre bureau d’accueil © P. Zimmermann |
 | | Les boîtes d’ArcView en provenance de Moscou © P. Zimmermann |
Dans notre bureau sont empilées les boîtes d’ArcView 9.1, que Youri, l’ornithologiste de passage à Moscou, a récupéré pour nous. Première bonne nouvelle, les licences offertes par Esri Inc sont donc arrivées à temps ! « J’informe donc je SIG » Le lendemain, la formation débute. Place aux interventions, le programme est dense. La première journée est dédiée à la présentation des concepts généraux des SIG. Idée : faire comprendre ce qu’est un SIG, à quoi il peut servir, quels sont les risques et les enjeux. Les questions fusent, le public est attentif et participatif !
 | | Formation au logiciel ArcView 9.1 © P. Zimmermann |
La journée suivante est consacrée aux SIG dédiés à la gestion et au monitoring des espaces naturels protégés. Les applications SIG développées au Parc des Vosges du Nord pour le programme Natura 2000, pour la base de données métier du patrimoine naturel, l’apport des SIG dans la définition d’un plan de gestion pour une réserve naturelle attisent l’attention des participants. Troisième jour, place aux acteurs locaux de l’information géographique. Des développeurs de petites applications logicielles, des producteurs de données sur les habitats forestiers, des acteurs d’ONG présentent leurs travaux et fruits de recherche et montrent que la culture SIG, bien que naissante est bien présente. Nous proposons ensuite cinq séances de petits exercices pratiques destinés à montrer concrètement comment fonctionne le logiciel ArcView et comment les SIG aident à répondre à des problématiques et fonctions précises. Prise en main du logiciel, digitalisation, construction de bases de données, cartographie, requêtes, analyses spatiales, croisement de couches composent le menu de ces petits ateliers pratiques. Des référentiels classés secret défense … « double zéro SIG » et KGB Le séminaire s’achève sur une journée de discussion consacrée au développement des SIG en Biélorussie, entre partenaires d’espaces naturels protégés. Le constat est le même pour tous, les moyens financiers, humains et techniques sont très limités, parfois même inexistants. Les freins ne se limitent pas à cela, certaines données essentielles ne sont pas disponibles voire même interdites d’utilisation. Ainsi les cartes topographiques au 1/25 000e et au 1/10 000e existent mais sont classées secret défense. Un temps disponible ces données ont été finalement interdites pour des raisons de sécurité de l’Etat. Certains l’affirment, ils ont besoin d’un tel référentiel pour initier le développement de leur SIG, mais aussi pour s’en servir à des fins de localisation et de productions cartographiques.
L’importance de fonctionner en réseau, objectif affiché pour la formation, émerge de lui-même plus les jours passent. Les participants, au gré de leurs interventions, constatent que leurs préoccupations et objectifs sont les mêmes. C’est aussi un résultat fort non attendu de ce séminaire. Cette formation a fourni pour la première fois l’occasion aux espaces naturels protégés Biélorusses de se réunir autour de la question SIG et de partager leurs besoins et leurs attentes en la matière. Un embryon de réseau SIG se met donc en place lors de la dernière journée. L’objectif affiché est double : partager leurs expériences dans le développement des SIG mais surtout unir leurs efforts pour obtenir des moyens supplémentaires à cette fin. La première décision du réseau est ambitieuse : rédiger une lettre d’intention commune destinée aux « Affaires Présidentielles » pour demander officiellement : - la création de postes statutaires SIG au sein des espaces naturels protégés, - l’attribution de moyens financiers supplémentaires pour développer cet outil, - la levée partielle du secret défense sur les cartes topographiques pour les employer à des fins de recherche et de gestion. Reste à espérer que la requête soit fructueuse. Le séminaire s’achève par la remise des licences ArcView 9.1 aux bénéficiaires. Certains chargés de mission ne cachent sincèrement pas leur joie. Aux dires des 23 participants, le bilan semble bon. Les connaissances théoriques et métiers en matière de SIG ont été transmises et échangées, certains repartent avec une licence logicielle, et un réseau de coopération a vu le jour. La dynamique SIG semble insufflée.
 | | Ambiance de banquet chaque soir de la formation © P. Zimmermann |
 | | Une partie du groupe formé © P. Zimmermann |
 | | Sacha Kashtalian remettant les licences ArcView 9.1 © P. Zimmermann |
Les perspectives établies pour 2007 sont les suivantes : faire vivre ce réseau naissant et œuvrer à faire aboutir le contenu de la lettre d’intention commune. Pour 2007-2008 il est aussi prévu d’accueillir au Parc naturel régional des Vosges du Nord un à plusieurs sigistes du réseau. II.2. Développement d’un SIG pour la réserve de Biosphère de Berezinsky |
Méthode Avec Sacha Kasthalian, notre homologue Biélorusse en charge du projet SIG et Valery Ivkovitch « Deputy director » de la réserve, nous créons un groupe de travail SIG et définissons le programme des deux semaines. L’objectif principal est de dresser l’état des lieux de l’existant et des besoins en termes de données, méthodes, formations … Avant toute chose nous consacrons une partie des deux premiers jours à former le personnel de Berezinsky aux SIG. L’objectif est de leur transmettre la connaissance suffisante pour optimiser les résultats des enquêtes qui vont suivre. Parallèlement nous préparons trois séries de questionnaires qui serviront de base aux entrevues. Un questionnaire spécifique est dédié aux aspects informatiques pour évaluer la situation. Tout le monde est loin en effet de disposer d’un ordinateur et gère souvent ses données sous format papier. Le second questionnaire vise à évaluer les éléments existants en termes de bases de données, mais aussi les méthodes de travail utilisées pour constituer et mettre à jour ces données. Le troisième reprend les mêmes thèmes sous l’angle des besoins exprimés cette fois. Notre objectif est simple, produire un état des lieux interne le plus complet possible sur ces questions pour dégager ensuite une stratégie de développement du SIG de Berezinsky. Sacha et Valery le confirme, tout le monde sait que la richesse des données est grande, mais personne ne connaît ni la liste ni le détail de ces bases de données. Nous construisons donc une matrice simple type métadonnées, destinée à décrire au moyen de 30 champs chacune des bases de données recensée. La date de création, la méthode utilisée, le référentiel utilisé, l’échelle de création des données, la confidentialité, le lieu et le format de stockage de la donnée, sont notamment recensés. Près de 8 jours d’entrevues débutent alors. Nous rencontrons successivement chercheurs et chargés de missions réunis par grandes thématiques (botanique, gestion forestière, spécialistes des mammifères, …). Le travail de recensement des données est long, et je prends conscience de l’importance de la qualité de la traduction pour un tel exercice. Dans le planning de projet on sous-estime souvent le temps nécessaire à la traduction, qui nécessite plus de 2 fois le temps « normal ». Inventaires des bases de données : résultats Au final, 45 bases de données sont recensées et 35 décrites entièrement. La diversité et la richesse sont impressionnantes. On retrouve des bases de données classiques (habitats forestiers, carte des sols, …) mais aussi des bases moins courantes (présence de la radioactivité dans les horizons superficiels du sol, qualité et composition chimique des puits utilisés par la population,…). Certaines bases de données ont près de 80 ans, mais beaucoup d’informations ont été perdues pendant la seconde guerre mondiale. La localisation de l’essentiel des données repose sur un système propre aux anciennes républiques soviétiques. Les forêts sont quadrillées selon une grille régulière de 1km2, chaque cellule est appelée « kvartal ». Chaque kvartal est découpé en « vouidil » selon les types d’habitats forestiers homogènes qui les composent. Cette donnée est interprétée sur fond de photos aériennes puis contrôlée et affinée sur le terrain. Chaque kvartal porte donc un numéro, chaque vouidil également. Un grand nombre d’observations dans les bases de données recensées (insectes, nids d’oiseaux, mammifères, plantes rares,…) sont localisées à l’aide de coordonnées suivantes (n° de kvartal / n° de vouidil). La précision varie donc en fonction de la taille du vouidil. Il est donc aisé de comprendre l’importance que revêt pour le développement du SIG de Berezinsky, une couche SIG géoréferencée représentant les habitats forestiers ainsi découpés. Cette couche a bien été « créée sous SIG » par une institution travaillant pour l’Etat, mais n’est pas géoréférencée et a été généralisée par les créateurs. On n’y retrouve pas toute la finesse du réseau de vouidils. Cette institution doit réaliser courant 2007 une nouvelle version avec les données mises à jour, géoréférencée et complète cette fois. L’attente est grande, on le devine, mais l’incertitude quant à la qualité du résultat demeure.
 | | Problème de qualité entre versions papier et numérique des kvartal et vouidils issus de la photo-interprétation. © P. Zimmermann |
Près de 50 % des données sont stockées uniquement sous format papier, et plus de la moitié restante sous format Word. Il n’y a jamais réellement eu d’interrogations quant au format de stockage approprié.
 | | Interview de Vassili Natarov, le cartographe de la réserve. © P. Zimmermann |
Les scientifiques échangent parfois leurs données, mais ces échanges restent limités. Principal frein, l’accès aux données évidemment. Étonnamment un grand nombre de bases de données sont échangées avec l’extérieur, mais il s’agit plus d’institutions qui centralisent des données thématiques (Académie des Sciences de Minsk, Musée zoologique de Moscou, université de Saint-Pétersbourg,…) sans faire de retour d’information vers les réserves productrices. Beaucoup rêvent de pouvoir échanger plus facilement leurs données pour visualiser dans leur thématique la situation dans les territoires voisins. Les besoins eux aussi sont immenses. Sans surprise, les plus récurrents sont ceux liés à la superposition, au croisement, à l’analyse et à la cartographie des données. Toutefois, la faiblesse en équipement informatique fait souvent ressortir la nécessité préalable d’être formé aux outils informatiques avant d’entamer une « campagne » SIG. Autre point étonnant, aucune réelle stratégie de sauvegarde des données n’existe. Les données papiers sont stockées dans les bureaux, quand aux données informatiques le tout demeure très dispersé. Synthèse et stratégie de recommandations Les entrevues terminées il faut passer à la synthèse. La mission se conclut par la remise d’un rapport de recommandations synthétisant les éléments d’informations rassemblés. Le rapport se veut pragmatique étant donné le nombre d’incertitudes qui demeurent. Nul ne peut prédire quelles retombées concrètes suivront la lettre d’intention commune. Il est donc nécessaire d’opter pour une stratégie « sur deux fronts ». Dans un premier temps, il convient de proposer un nombre de recommandations hiérarchisées faciles à mettre en œuvre rapidement avec les outils existants, et qui, quelques soient les moyens qui seront alloués dans le futur, permettront au moment venu d’être prêt à opérer le virage SIG dans la gestion et l’exploitation des données. Il faut œuvrer à ne pas laisser retomber la dynamique engagée. Il s’agit pour l’essentiel de proposer un ajustement des méthodes actuelles de création et gestion des bases de données en incitant notamment à abandonner progressivement le stockage papier et Word pour se tourner vers un stockage bien structuré sous Excel. Les changements nécessaires demeurent de faible ampleur et faciliteront le temps venu l’export vers la plateforme qui sera déployée. Il est important aussi de donner une existence physique au SIG dans le budget de la structure (même si limitée), dans les moyens humains (détachement temporaire et partiel d’une personne) comme dans les bureaux de la réserve (centraliser les données sur un poste pour y faciliter l’accès). Une première architecture de bases de données est suggérée. Cette centralisation des données assurera enfin une meilleure stratégie de sauvegarde régulière. Le second « front » propose, selon les réponses positives et négatives qui seront apportées par les autorités, les alternatives possibles pour mettre en place un SIG. Ces recommandations impliquent évidemment une refonte de l’organisation interne. Une réunion finale avec les membres du groupe de travail permet d’échanger autour de ces stratégies et d’évaluer leur bien fondé et applicabilité. Bilan du second volet La chance de bénéficier d’une position extérieure pour ce second volet de la mission a sans nul doute constitué un avantage. Les membres de l’équipe n’ont semble t’il pas hésité à se livrer sur les interrogations et doutes relatifs à l’arrivée de l’outil SIG. L’accès à la ressource informatique, la sous implication des assistants d’étude, les questions de changement des méthodes de travail ont pu être exprimés directement. |
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© ESRI France
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