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Les Systèmes d’Information Géographique dans l’Armée de Terre. De la planification à la conduite des opérations.
Les Systèmes d’Information Géographique ont apporté de profonds changements au sein de la géographie militaire, l’amenant à revoir son organisation et ses méthodes dès le début des années 90. Cette révolution technologique fut aussi un bouleversement culturel. Le géographe militaire ne devait plus seulement maîtriser le large éventail des connaissances empiriques de la Géographie ainsi que les spécificités liées au métier des armes, mais il était désormais contraint de se spécialiser dans un troisième domaine, et non des moindres, celui de l’informatique. La cartographie et l’art de la guerre entretiennent des liens étroits, le premier étant le support des stratégies du second. « La Géographie, ça sert, d’abord à faire la guerre», écrivait Yves Lacoste en 1976, dans le but de réveiller une communauté de géographes quelque peu endormie dans les universités françaises. Cette vérité qui dérange est pourtant un fait avéré. De tout temps, les grands conquérants et les éminents stratèges se sont offerts les services de géographes leur fournissant les cartes sur lesquels ils établissaient leurs plans. La formidable épopée d’Alexandre le Grand n’aurait vu le jour sans les travaux de Thalès de Milet ou d’Hérodote d’Halicarnasse. A chaque conquête, Jules César faisait redessiner les limites de l’Empire romain. Au Moyen-Âge, le voyage de Marco Polo avait été préparé par les récits et les plans dressés par les missionnaires franciscains revenus d’Asie alors que les conquêtes arabes étaient planifiées par des géographes et des mathématiciens brillants qui s’étaient appropriés les études géographiques de l’Antiquité. Quand Christophe Colomb fit le pari de trouver à l’ouest une nouvelle route vers les Indes, il avait sur lui un exemplaire de l’Imago Mundi rédigé par le cardinal Pierre d’Ailly. En France, le corps militaire des ingénieurs du roi participa en 1756 à l’élaboration de la carte de Cassini considérée comme la première carte moderne et sous l’Empire, alors que Napoléon préparait ses campagnes sur des cartes d’état-major, ses services de géographie rédigeaient la première charte graphique. Les géographes militaires contemporains établirent les cartes des empires coloniaux aboutissant au début du vingtième siècle à une couverture mondiale quasiment complète et presque exacte. A toutes les époques, les géographes militaires ont été à la pointe de leur science tant les chefs étaient exigeants en la matière. On peut même dire que les Armées ont souvent fait progresser la discipline. Le Système de Positionnement Global ou l’imagerie spatiale sont des exemples actuels de la contribution des militaires au progrès de la géographie. A l’heure de la numérisation et de la mondialisation des échanges de données, les géographes militaires ont délassé leurs couteaux à graver et leurs planches à dessin au profit des Systèmes d’Information Géographique, offrant une production cartographique plus importante, plus variée et plus élaborée. Au sein de l’Armée de Terre, les produits réalisés par les SIG peuvent être classés en deux grandes catégories : ceux dédiés à l’aide à la décision et ceux consacrés à l’appui direct. Disposant d’un fond de 80 000 cartes archivées, la Section Géographique Militaire (Vincennes) s’est trouvée dans l’obligation de développer un système de diffusion adapté à ce volume. Là encore, les SIG ont permis de mettre en place un système performant de catalogues pour une recherche rapide et précise de produits cartographiques. 1. les produits d’aide à la décision - phase de planification. |  |  |
|  | La mission principale de la géographie militaire est de faire appréhender le terrain et son environnement naturel ou artificiel. Les cartes d’aide à la décision sont des cartes thématiques permettant au commandement de se faire une idée précise sur les aspects géographiques d’une zone considérée. Ces produits traitent d’abord du milieu naturel et des contraintes liées à l’altitude, aux pentes, aux facteurs climatiques, à la densité végétale ou à la diffusion du réseau hydrographique. Dans un deuxième temps, les cartes fournissent des informations sur les sociétés et l’organisation de l’espace. L’Armée de Terre étant de plus en plus amenée à intervenir dans le cadre d’opérations d’interposition et de stabilisation au contact direct des populations, il devient essentiel de posséder des informations pertinentes sur l’environnement humain. De nombreux échecs militaires peuvent être expliqués, en partie, par l’absence d’une approche culturelle. Enfin, les produits cartographiques d’aide à la décision peuvent souligner les aspects géopolitiques et stratégiques d’une zone, mettant en perspective les territoires litigieux, les fronts, les zones d’influences des belligérants, la localisation précise et le niveau d’intensité des combats, les secteurs de regroupement de forces armées ou leurs principaux axes de progression… Connaissance de l’environnement physique · Cartes des formes du relief et des compartiments physiques du terrain · Cartes hydrographiques · Cartes climatiques · Cartes de la végétation · Cartes des ressources naturelles Connaissance de l’environnement humain · Cartes des densités de population et des flux migratoires · Cartes des répartitions ethniques et religieuses · Cartes de l’urbanisme et de l’aménagement de l’espace · Cartes des activités économiques et de l’énergie Connaissance de l’environnement politique et stratégique · Cartes des divisions administratives et des grands centres de décision · Cartes des conflits territoriaux et des facteurs d’instabilité · Cartes des points chauds et de la nature des risques · Cartes des sphères d’influences et des potentiels militaires · Cartes historiques permettant d’identifier l’origine des crises A la lecture de ces produits, le commandement peut ainsi préciser le type d’action à mener, déterminer le volume des forces à engager ainsi que les dates et les périodes d’engagement, définir le type de véhicule et de matériel à déployer, évaluer la logistique nécessaire pour soutenir l’opération, dicter des règles d’engagement et des règles de comportements que les soldats français devront respecter vis-à-vis des acteurs rencontrés sur le terrain. Ces cartes thématiques peuvent également servir à l’instruction des militaires se préparant à partir en opération. Ainsi, avant même d’être déployé sur un théâtre, le soldat peut appréhender les paysages, la météo et les gens qui l’attendent, facilitant ainsi son adaptation sur le terrain. |
2. les produits d’appui direct - phase de conduite des opérations. |  |  |
|  | Fantassins, parachutistes, conducteurs de chars, sapeurs, pilotes d’hélicoptères, transmetteurs, logisticiens, commandos ou officiers dans les PC de campagne, à tous les niveaux, chaque spécialiste de l’Armée de Terre a besoin de cartes lui permettant de se situer, de se déplacer, de réaliser des frappes ou de réfléchir à sa tactique en fonction de la nature du terrain. Grâce aux Systèmes d’Information Géographique, les géographes militaires sont en mesure de réaliser différents produits d’appui direct au profit des combattants et de leurs missions. Ces produits sont assez nombreux, concernent des échelles différentes, regroupent des données très variées et surtout doivent être rédigés dans des délais très courts. Sans les SIG, toute cette production serait irréalisable, d’autant plus que les cartes doivent être déclinées en format papier ou numérique pour les SIC (Système d’Information et de Commandement). Les SIG permettent de rédiger des cartes numériques servant à alimenter les stations de travail dans les états-majors, les ordinateurs embarqués à bord des véhicules de commandement ou les consoles associés à certains systèmes d’armes. Ils permettent également de réaliser des cartes papier qui demeurent irremplaçables pour les combattants sur le terrain. Dans ce cas, les unités de cartographie sont associées à des unités d’impression spécialement conçues pour être projetées sur un théâtre d’opération. Les principaux produits d’appui direct sont : · Les cartes topographiques habillées : A partir de cartes topographiques classiques acquises auprès de l’IGN ou de partenaires étrangers, les géographes militaires peuvent rajouter des informations propres à l’exécution d’une opération telles que la grille UTM, les lignes de fronts, les positions amies ou ennemies, les fuseaux tactiques, les terrains minés, les camps de réfugiés ou encore les zones de largage ou les zones de contamination NBC (Nucléaire, Biologique, Chimique). · Les ortho-images géoréférencées : Les SIG peuvent également géoréférencer et habiller des photographies aériennes qui, une fois que la datation a été pris en compte, servent dans la cadre d’opérations spéciales, de missions de renseignement ou la préparation de missions de combat en zone urbaine. · Les plans de ville : Plus lisibles que l’imagerie grâce à la logique graphique, les plans de villes sont très utiles dans la cadre des missions en zone urbaine et notamment pour les opérations d’extraction de ressortissants. La symbologie et les couleurs permettent de matérialiser sur la carte les zones de regroupement, le volume des personnes à secourir et les itinéraires d’évacuation. Ces produits sont optimisés en croisant les données des ministères de la défense et des affaires étrangères. · Les cartes 3D et les survols dynamiques : En additionnant la puissances des SIG et la qualité de certain modèle numérique de terrain, les géographes militaires sont capables de réaliser des vues en relief des zone d’opération et des survols dynamiques servant à la préparation des opérations aéromobiles. · Les cartes d’aides à la mobilité : Ces cartes ont pour objectif d’aider les militaires à se déplacer en véhicule. On distingue les cartes d’aptitude des routes à la circulation militaire, les cartes d’aptitude du terrain aux mouvements motorisés et les cartes hydrographiques de possibilité de franchissement. Ces documents sont réalisés à partir de données géologiques, pédologiques, climatiques ainsi que des données concernant la nature du réseau routier et des ouvrages d’art en matière de largeur, de revêtement, d’inclinaison ou de capacité à supporter des charges.
· Les cartes spécifiques d’adaptation au milieu : Les données géologiques offrent la possibilité aux géographes militaires de dresser des cartes d’aptitude à l’enfouissement. Ces cartes sont particulièrement utiles à l’Arme du génie permettant aux sapeurs de creuser des tranchées, de réaliser des embossements pour les pièces d’artillerie ou des terrassement pour ériger une piste, un état-major de campagne ou une plateforme logistique. De la même manière les données concernant la couverture végétale permettra de réaliser des cartes d’aptitude au camouflage. · Les cartes des parties vues et cachées : toujours en associant le SIG au MNT, les géographes militaires réalisent des cartes des zones vues et des zones cachées. C'est-à-dire que la carte montre les parties visibles ou non du terrain à partir d’un point d’observation. · Les cartes des réseaux géodésiques militaires : Toutes les opérations d'aide au positionnement doivent s'appuyer sur un réseau de points connus avec la plus grande précision possible et dans un système unique (WGS84, compatible GPS) Le réseau géodésique militaire répond à cette exigence. Les SIG permettent de réaliser les cartes correspondant à ces réseaux géodésiques. - Le RATM (Réseau d’Appui Topographique Militaire) est un réseau de points connus en coordonnées x, y, z. C'est un réseau de circonstance. Sa précision est de cinq mètres à raison d’un point tous les cinq kilomètres. Il permet le recalage des systèmes d'armes équipés de navigateurs terrestres à centrale inertielle. - Le RPTM (Réseau Prépositionné Topographique Militaire) est un réseau de points connus en coordonnées x, y, z et de précision centimétrique. Une direction repère est fournie avec une précision de 0,2 millième. Ces points sont matérialisés sur le terrain de façon pérenne. Ce réseau permet de fournir, à l’artillerie et aux sections de mortiers lourds, les éléments topographiques leur permettant d’être immédiatement dans les conditions du tir et d’assurer la mise en place correcte d’un système de désignation de coordonnées de points. |
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