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Apport des SIG pour la spatialisation de la salinité des sols irrigués en milieu aride (relation CE et fraction fine) ; Ain Benoui, Biskra (Algérie).
Introduction : |  |  |
|  | La salinité est un phénomène mondiale qui affecte 1 billion d’hectares, soit 7% de la surface terrestre (Ghassimi and al, 95).D’après servant (1976) l’origine des sels est diverse (géologique, marine, éolienne et anthropique). La salinité est aussi un facteur de désertification qui ne cesse d’intéresser les chercheurs, vu l’ampleur qu’il est entrain de gagner depuis plusieurs décennies. Cependant, beaucoup pensent que de vraies statistiques répondant à des critères de gestion existent peu (Gupta et Abrol, 1990). Les dommages de la salinisation sont connus dans les pays du Maghreb (Djili et al, 2003). La rareté de la pluie, la proximité de la nappe et l’irrigation mal gérée accroissent les risques de destruction des sols. Malgré les campagnes de prévention contre la problématique de contamination des surfaces agricoles avec les eaux des nappes, les règles ne sont pas toujours respectées (Hachicha et al, 1994).
Une bonne gestion du milieu naturel doit passer par une bonne connaissance du terrain. La cartographie est un outil non négligeable pour mettre en valeur les potentialités d’un environnement et ses contraintes. L’avantage de la cartographie numérique des sols est sans doute un moyen de projeter dans l’avenir la lutte contre les phénomènes, entre autres, d’hydromorphie, de salinité et de vertisolisation. Mais, pour ce faire il va falloir penser à créer des banques de données sur les caractéristiques des sols tels que la granulométrie, l’humidité des sols et la capacité d’échange cationique. Ces données doivent obéir aux critères de spatialisation afin de faciliter leurs traitements avec les nouveaux outils que sont les systèmes d’information géographiques (Burrough, 1986). |
Matériel et méthodes : |  |  |
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Le prélèvement des échantillons s’est effectué de la manière suivante : - partage de la parcelle en 24 îlots. - prélèvement à la tarière, dans chaque îlot, des échantillons selon deux profondeurs, 0 – 30 cm et30 – 50 cm. - les points d’échantillonnage sont éloignés les uns des autres de 30 à 50 m. Les prélèvements sont étalés sur une année et concernent six campagnes : -l’année 2006 : mai, juillet, octobre, décembre -l’année 2007 : février, avril
Les analyses sont déterminées comme suit : Le calcaire : calcimètre de Bernard. La matière organique : méthode Anne (MO%= CO*1.72). Le pH : méthode électro-métrique (le rapport terre/eau est de1/1.5). La granulométrie : méthode internationale. Fractions fines : pipette Robinson. La CE : conductimètre (le rapport terre eau utilisé est de 1/5 à 25°C). Les chlorures : méthode Mohr. Le sodium: spectrophotométrie à flamme. - Traitement des résultats avec Arcmap 9.1 : |
Après avoir scanné la plan de masse de la parcelle, on a géoréférencé la carte topographique pour pouvoir procéder à l’interpolation des résultats avec spatial analyst. Les résultats des analyses des sols obtenus au laboratoire sont ensuite introduits dans la base de donnée d’Arcview au fur et à mesure que les points étaient crées sur le fond. -Cartographie et statistiques: |
Les cartes thématiques de la CE et de la fraction fine sont interpolées avec spatial analyst; méthode : IDW (Inverse Distance Weighted). La carte fausses couleurs est réalisée avec ENVI 4.2 La carte d’Algérie, la carte du drainage et la carte d’aménagement sont réalisées avec Arcview 3.2 L’analyse des statistiques est faite avec le logiciel Statistica 5. Le semi-variogramme est réalisé avec le module de géotraitement d’Arcmap 9.1. |
Présentation de la zone d’étude : |  |  |
|  | Il s‘agit d’une parcelle de 3000 m2 appartenant à l’institut technologique du développement de l’agriculture saharienne (ITDAS) d’Ain Benoui, Biskra. Elle est occupée par une palmeraie irriguée, et se situe à 10 km à l’ouest de Biskra (fig.1). Son altitude est de 116 m. Ses coordonnées géographiques sont : 34°48’ 30’’N, 5°39’13’’E.
 | | Figure 1 : Localisation de la zone d’étude |
La région appartient à l’étage bioclimatique aride à hiver chaud. La pluviométrie moyenne est de 125 mm, avec des maxima de 21 mm, en hiver et des minima de 0.38 mm, en été. Les températures sont très élevées en été (40°) et modérées en hiver (8°). Le sirocco, vent chaud du sud, souffle en période estivale et se caractérise par son action nuisible sur les plantes. Il a un pouvoir évaporant très important et capable de déposer les sables et poussières sur de grandes superficies. L’augmentation de l’irrigation est le seul moyen efficace pour lutter contre ce fléau. L’évapotranspiration est très importante et présente une moyenne 238 mm par an.
Les reliefs qui dominent la zone d’étude sont les crêts du crétacé, au nord de la combe du djebel Boughzel. Au sud, s’étendent les glacis polygéniques qui constituent la transition entre les ensembles telliens et espaces-plans du désert. La station d’Ain Benoui est située sur la flexure atlasique qui court de Tunisie jusqu’au maroc. D’après Gouskov (1964), ce sont les calcaires et les marnes qui dominent, viennent ensuite les grés. L e quaternaire est bien représenté, avec plusieurs niveaux de glacis encroûtés (gypse et calcaire) Ces derniers sont surmontés de dunes de sables, d’alluvions, d’éboulis, croûtes calcaire, de gypse, et d’efflorescences salines au niveau des sebkhas. C’est un milieu très marqué par l’érosion mécanique et hydrique. Le réseau hydrographique est dense. La région de Biskra repose sur quatre unités aquifères : -la nappe phréatique du quaternaire -la nappe profonde albienne (1500m à 2500m) -la nappe des calcaires de l’éocène et sénonien -la nappe des sables du moi-pliocène (60 m) -L’environnement de la zone d’étude |
L’examen de l’image Landsat 2003, fausses couleurs (RGB Bandes 4, 3,2) (fig 2) montre un aspect désertique de la zone .Les parcelles en rouge vif sont des palmeraies qui subsistent grâce à l’irrigation .Les surfaces à fortes reflectances sont les glacis emboîtés du piémont sud de l’atlas saharien. Ils sont nappés de matériaux colluvionnaires, deb-deb et de sables (les coordonnées de l’image sont en UTM, zone 31).
 | | Figure 2 : Image fausses couleurs de la région d’Ain Benoui |
Elle est de forme triangulaire et se situe en dessous de la route nationale n°31 Biskra-Tolga (fig. 3). Les échantillons sont prélevés d’une manière systématique selon une grille assez régulière (Job et al, 1990) entre 30 et 50 m (fig.4). Chaque échantillon a été prélevé du sol selon deux profondeurs (0-30cm et 30-50 cm). Tableau d'images  | | Figure 3 : Localisation des îlots |
|  | | Figure 4 : localisation des points d’échantillonnage |
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Cette manière de procéder répond aux critères de la spatialisation des éléments à étudier et minimise les erreurs d’interpolation. |
Résultats et discussion : |  |  |
|  | Caractéristiques pédologiques de la station |
Généralement les sols de cette région sont des typic torripsamment hyperthermic (USDA, 1999) .Ils sont de type AC à structure polyédrique en surface et massive en profondeur .La couleur est 10YR. Le taux de calcaire moyen est de 19%.Le gypse est faiblement représenté avec 2%. La matière organique est inférieure à 2%. Ce sont des sols faiblement organiques. Le sodium et les chlorures présentent des moyennes respectivement de 1.1 méq/100g et 4.05méq/100g en surface et 0.9 méq/100g et 4.5 méq/ 100g. Parmi les contraintes qu’on rencontre le plus souvent dans cette région, ce sont les croûtes et les encroûtements gypseux et calcaires qui se trouvent au niveau des racines des plantes. Ils constituent des amas nocifs freinant le cycle biologique des sols (Pouget, 68). Qualité de l’eau d’irrigation : |
L’eau d’irrigation joue un rôle néfaste dans les milieux arides, où l’évaporation est importante, en accumulant les sels solubles dans les sols (sodium, chlorures, potassium, etc.). Pour qu’une eau ne soit pas nocive il faut que sa conductivité électrique soit inférieure à 1,7 dS/m. L’eau utilisée pour l’irrigation de la station provient de la nappe des sables (mio-pliocène), située à 60 m de profondeur. L’analyse de la conductivité électrique de cette eau a montré que les valeurs sont constantes (plus de 5 dS/m en moyenne par an) (tab.1).
Ces valeurs sont excessives et peuvent engendrer une salinisation secondaire intense des sols. La conductivité électrique : |
La salinité du piémont de Biskra peut avoir plusieurs origines (diapir d’El Outaya, dépôts éoliens et nappe phréatique). Les sols contaminés par les sels présentent une instabilité structurale avec une importante dispersion colloïdale. La perméabilité se trouve alors affectée ( Cheverry, 1972 ). Les sols salins se rencontrent partout dans le monde. En Algérie, on les trouve surtout en zones arides et semi-arides (Halitim, 1988). Généralement on estime la salinité d’un sol à partir de mesures faites sur la conductivité électrique (Corwin, 2005).
La conductivité électrique présente des moyennes relativement faibles (inférieur à 2 dS/m) avec des pics dépassant le seuil toléré (supérieur à 4 dS/m).
Le coefficient de variation montre que la conductivité électrique a une variabilité moyenne 47% et 45% (tab.2). Interpolation de la CE et de la fraction fine (argile +limon) |
Les données ponctuelles de la CE et de l’argile sont interpolées avec l’extension spatial analyst . Les cartes obtenues (fig.5 et 6) montrent que les deux profondeurs de la parcelle présentent la même spatialisation de la conductivité électrique.  | | Figure 5 : Interpolation de la CE (0-30 cm) |
|  | | Figure 6 : Interpolation de la CE (30-50 cm) |
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 | | Figure 7 : Interpolation de la fraction fine (0-30 cm) |
|  | | Figure 8 : Interpolation de la fraction fine (30-50 cm) |
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La salinité est surtout concentrée au sud de la parcelle avec des valeurs dépassant 4 dS/m .Par contre, le nord est moins touché. Cette répartition semble en conformité avec la répartition des taux d’argile (fig.7et 8), surtout concernant la profondeur 0-30 cm. Corrélation entre la CE et la fraction fine |
La corrélation de la CE avec la fraction fine est positivement significative (fig.9) avec r = 0.67 ; et vient confirmer la spatialisation obtenue avec l’interpolation. Cette relation CE-fraction fine a été signalée par plusieurs auteurs maghrébins dont Hachicha et al (1994).
 | | Figure 9 : Corrélation CE et fraction fine |
Le semi-variogramme de la CE |
Pour mieux estimer la distribution et la validité de notre échantillonnage, on a soumis la base de données de la CE de l’horizon 0-30 cm au géotraitement statistique. Avec le modèle sphérique, on a obtenu un semi-variogramme théorique.
 | | Figure 10 : Le semi-variogramme de la CE |
Ce semi-variogramme (fig.10) présente un effet pépite nul, ce qui signifie qu’il y a une marge d’erreur infime au niveau de l’échantillonnage et des analyses au laboratoire. Quant à la portée, elle est d’environ 50m; ce qui signifie qu’au delà de cette distance les valeurs de la conductivité sont indépendantes et qu’il est inutile de faire un échantillonnage à une distance de moins de 50m. La carte du semi-variogramme montre deux directions préférentielles de la variance de la salinité; nord-ouest sud-est (variance importante) et nord-est et sud-ouest (variance faible). |
Perspectives : |  |  |
|  | Tenant compte de la salinité des eaux d’irrigation, les gestionnaires de la station ont installé un réseau de drainage (fig.11) pour évacuer les eaux excédentaires et parer à la recharge de la nappe phréatique. La partie nord, où sont installés les drains, échappe aux phénomènes de salinisation. La partie sud, qui s’est individualisée avec une conductivité électrique élevée, présente une texture lourde et ne comporte pas de drains. A l’aide des requêtes d’Arcview 3.2, on a pu ressortir la surface qui présente la combinaison argile-CE élevée. Cette dernière correspond à la partie non drainée (fig.12). L’installation d’un système de drainage est urgente à ce niveau de la parcelle, afin d’éviter l’aggravation de la salinité. Ce système aura pour but de : - lessiver les sels en excès - alléger la texture - éviter l’hydromorphie. |
Bibliographie : |  |  |
|  | Burrough P.A, (1986), « Principles of geographical information systems for land resources assessment “. Monographs of soils resources survey n°12.Oxford university press.194 p. Cheverry C. (1972), « Exemple d’application des travaux de l’U.S.S.L (1963-1968) sur l’alcanisation des sols soumis à l’action d’eau bicarbonatées ». Cah ORSTOM. Série Pédol 10 (2),pp : 193-203. Corwin D.L, Lesch S.M, (2006), « Characterizing soil electrical conductivity Part II.Case study”. Computers and Electronics in Agriculture 46.135- 152. Chikhaoui M, Bonn F, Merzouk .( 2004), « Imagerie satellite ». Revue internationale de géomatique. Volume 14, n° 3-4. 307-560. Djili k, Daoud Y, Gaouar A, Beljoudi Z, (2003) « La salinisation secondaire des sols au Sahara. Conséquences sur la durabilité de l’agriculture dans les nouveaux périmètres de mise en valeur ». Sécheresse. Volume 14.Numéro 4.241-6 GOUSKOV N, (1964) : Notice explicative de la carte géologique au 1/200 000. Biskra. Serv. Géol. De l’Algérie. Alger. Hachicha M, Job J.O, Mtimet A. (1994), « les sols salés et la salinisation en Tunisie » Sols de Tunisie. Bulletin de la direction des sols n° 15. Halitim A. (1988), « sols des régions arides »Ed. OPU , Alger,384p. Job J.O, Hachicha M , Loyer J.Y.(1990), « Conductivimétrie électromagnétique et cartographie de la salinité des sols ».ORSTOM , 33 p.multigr. Job J.O, Benhassine H. (1990), « Périmètres irrigués de Essafet, Zelba-I (Gouvernorat de Mahdia) : Etude de la salinité globale par conductivimétrieélectromagnétique ». ORSTOM, 1990, 13 p. multigr. Panagopoulos T, Jesus J, Antunes M.D.C, Beltrao J.( 2006), « analysis of spatial interpolatio for optimising management of a salinized field cultivited with lettuce”.European Journal of Agronomy. 24.1-10 Pouget M (1968), « Contribution à l'étude des croûtes et encroûtements gypseux dans le Sud-tunisien ». Cahiers ORSTOM. Série Pédologie, Vol. 6, Num. 3-4, p. 309-365 Servant J.M, (1976), « la salinité dans le sol et les eaux. Caractérisation et problèmes d’irrigation-drainage ».S.E.S. n° 310 , Montpellier, 27 p. Szablocs J, (1989), « salt affectec soils » CRP press. Boca Raton FI. USDA. Soil taxonomy. (1999) « a basic system of soil classification for making and interpreting soil surveys”. Agriculture handbook, Number 36.Second Edition Washington (DC); 869 p. |
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