1.
Introduction
L’eau
a toujours été une préoccupation majeure dans
le bassin méditerranéen [DUG]. Aujourd’hui en
de nombreux points du bassin, la consommation humaine a atteint
la limite des précipitations annuelles et le manque d’eau
est devenu un frein au développement de ces territoires.
Face à la pénurie naissante et aux perspectives de
changements climatiques, les autorités ont lancé de
nombreuses études pour trouver des solutions techniques,
repenser leurs politiques et leur développement économique.
2.
L’eau dans les îles méditerranéennes :
vers une pénurie généralisée.
La
première cause des tensions sur l’eau est l’augmentation
continue de la demande. Celle ci s’accroît sous l’effet
des facteurs suivants : accroissement de la population, augmentation
de la consommation domestique moyenne par habitant, modernisation
de l’agriculture (irrigation et cultures à forte valeur
ajoutée), développement du secteur du tourisme très
gourmand en eau qui est devenu prépondérant dans l’économie.
Face à cette demande croissante, les ressources restent limitées
et aujourd’hui la demande dépasse souvent l’apport
des pluies [ERH]. Quasiment totalement dépourvues de réserves
fossiles, les îles connaissent fréquemment des ruptures
d’approvisionnement l’été. Lorsque la
pénurie se prolonge, les autorités sont contraintes
d’importer de l’eau par tanker ou de recourir à
des unités de dessalement de l’eau de mer.
Confrontées
au coût extrêmement important de ces solutions et aux
perspectives de changement du climat, les autorités ont commandé
de nombreuses études pour réduire ce problème
qui aujourd’hui est un facteur qui limite leurs possibilités
de développement. Les études portent sur la connaissance
de l’environnement et des ressources mobilisables, la modernisation
et la construction d’infrastructures, la modernisation de
l’agriculture, la modification des comportements des habitants,
la planification par secteurs économiques du développement
[RED]. Ces recherches doivent être menées dans un cadre
de réflexion global qui prend en compte l’ensemble
des parties concernées par l’eau. En effet, le cadre
insulaire est un monde clos dans lequel il n’existe pas d’échappatoire,
tous les acteurs sont fortement liés et lorsque il y a intervention
dans un secteur, c’est par ricochet tous les autres qui sont
à leur tour affectés. Les autorités sont donc
demandeuses d’études et d’outils permettant de
prévoir l’impact des actions qu’elles comptent
entreprendre.
3.
Modélisation et simulation couplant SMA et SIG
Pour
estimer l’impact sur les sociétés insulaire
que peuvent avoir les décisions dans la politique de l’eau
nous proposons procéder par modélisation puis simulation.
Grimble
[GRI 96] distingue 3 grandes stratégies de gestion:
· par l'offre, en modifiant la disponibilité de la
ressource en eau grâce à des investissements structurels,
· par la demande, en modifiant la répartition des
usages ou en réduisant leur volume, et en augmentant leur
efficience, par des incitations ou des règles,
· et enfin, par des mesures intermédiaires sur la
distribution, par exemple en réduisant les pertes.
Nous
avons choisi de coupler un système d’information géographique
et un système multi-agents. Cette approche hybride permet
une gestion intégrée de la ressource qui prend en
compte l’intégralité des processus depuis les
phénomènes physiques et météorologiques
jusqu’au comportement de l’utilisateur final des ressources
hydriques. Les modèles intégrés, ou mixtes,
représentent à la fois l'offre et la demande, en détaillant
plus ou moins les entités ou les flux du système
3.1.
Le choix d’une approche multi-agents
Nous
rappelons la définition d’un agent proposée
par Jacques Ferber : « Un agent est une entité autonome,
réelle ou abstraite, qui est capable d’agir sur elle-même
et son environnement, qui, dans un univers multi-agents, peut communiquer
avec d’autres agents, et dont le comportement est la conséquence
de ses observations, de ses connaissances et de ses interactions
avec les autres agents. » [FER 95]

Figure
1 : Représentation imagée d’un agent en interaction
avec son environnement et les autres agents [FER 95]
Notre
exigence de prise en compte des comportements individuels impose
que tous les acteurs soient instanciés dans notre simulateur.
Notre modèle basé sur des individus dotés d’attributs
qui leurs sont propres et possédant leurs propres comportements
nous amènent à utiliser un point de vue orienté
objets ou agents. Les différents acteurs composant notre
système possèdent leur propre logique comportementale
qui s’explique par des buts propres. Dans l’approche
multi-agents bottom-up que nous avons choisi, le comportement global
du système émerge de l’ensemble des comportements
individuels.
Notre
travail de modélisation « globale » utilise les
nombreux travaux et modèles qui ont été réalisés
par de nombreuses équipes : INRA San Giuliano, CIRAD, Cemagref,
BRGM. Il nous fallait donc être en mesure d’agréger
des modèles existant pouvant utiliser par exemple des réseaux
de neurones [CHI], la simulation à évènements
discrets [URB1]…L’utilisation d’un SMA permet
d’encapsuler à l’intérieur d’un
agent tout type de modèle et de faire coexister au sein du
SMA des réseaux de neurones, des systèmes experts,
de la simulation à évènements discret…
3.2.
SIG et simulation
Les
systèmes d'informations géographiques permettent de
saisir, stocker, gérer, visualiser et manipuler des informations
sur des objets géoréférencés. Ces fonctionnalités
sont très utiles pour saisir et traiter les données
collectées sur le terrain. Les SIG offrent de nombreux outils
d'analyse spatiale et peuvent de plus en plus intégrer un
modèle des objets référencés. Leurs
capacités de modélisation sont suffisantes pour modéliser
des acteurs simples, réactifs, comme la végétation
ou les réservoirs d'eau. Toutefois ils ne permettent que
très difficilement d'intégrer des agents cognitifs
communicants ayant des comportements complexes à l’image
de celui des agriculteurs ou des citadins.
L’utilisation
d’un SIG permet de réaliser des simulations à
partir de situations réelles décrites dans les systèmes
d’informations géographiques. Ainsi alors que la majorité
des simulations sont initialisées à partir de données
issues d’un monde numérique purement virtuel, qui ne
permettent pas de valider les résultats obtenus en les confrontant
à l’observation de la réalité, l’emploi
d’un SIG permet la validations des données obtenues
par le calcul en les comparant avec celles issues des relevés
effectués sur le terrain.
Le
recours à un système d’information géographique
permet d’utiliser facilement l’ensemble des données
collectées sur le terrain par l’ensemble des différents
acteurs en charge de la gestion des territoires. Elle permet de
dialoguer avec les divers intervenants en utilisant directement
leurs données facilitant ainsi les échanges d’informations
indispensables à toute entreprise de modélisation.
L’étude de cas qui concernent directement les interlocuteurs
du modélisateur permet d’impliquer plus fortement les
acteurs de terrain.
L’approche
hybride SMA-SIG permet donc de :
· Utiliser des données réelles et étudier
des situations réelles.
· Valider les modèles et les résultats obtenus
en les comparant à la réalité.
· Modéliser des agents complexes en utilisant les
avancées des systèmes multi-agents.
· Impliquer fortement les acteurs de terrain qui étudient
« leur » problème.
3.3.
Une plateforme SMA-SIG
Les travaux entrepris ont conduit à la définition
d’une nouvelle architecture, SMAG, permettant d’apporter
une aide à la décision à partir des données
obtenues en utilisant une modélisation du système
suivant une approche hybride multi-agents / systèmes d’informations
géographiques[URB2].

Fig
2 : Architecture de CORMGIS
Nous
avons développé une plateforme logicielle conforme
aux spécifications que nous avons retenues pour l’architecture
SMAG. Nous proposons donc la plateforme CORMGIS construite en utilisant
la plateforme multi-agents CORMAS [COR] développée
par le CIRAD (Centre International de Recherche pour l’Aide
au Développement) et ARCGIS, le système d’information
géographique proposé par la société
ESRI.
La
solution proposée permet de conduire la prise de décision
en utilisant les outils de l’analyse multicritères
et des systèmes interactifs d’aide à la décision.
Les expérimentations peuvent être conduites suivant
deux modes différents :
· Un mode analyse ou l’expérimentateur entre
les plages de variation des paramètres à étudier.
L’ensemble des données obtenues pour chacune des combinaisons
possibles est enregistré pour une exploitation ultérieure
dans une base de données gérée par le module
SMA CORMAS.
· Un mode interactif ou l’expérimentateur prend
le contrôle de la simulation et dispose du pouvoir de modifier
à tout moment n’importe quel attribut de n’importe
quel agent, de modifier le comportement des agents, d’ajouter
ou de retirer des agents de la simulation. En plus d’enregistrer
les attributs des agents au cours des simulations le système
stocke dans la géodatabase chacune des interventions de l’expérimentateur.
4.
Expérimentations
L’alimentation
en eau potable du Cap Corse a été le premier problème
étudié à l’aide des outils que nous proposons.
Nous avons bâti un modèle simplifié du système
en utilisant les données géographiques à notre
disposition qui prend en compte:
- Le climat,
- La topographie,
- La nature géologique des sols,
- Le couvert,
- Les écoulements,
- Le réseau d’adduction d’eau,
- Les foyers,
- Le secteur touristique,
- Un gestionnaire de la ressource.
Les
simulations ont été initialisées à partir
des données géographique fournies par l’IGN
et exploitées grâce à au module SIG intégré
dans notre plateforme CORMGIS. La figure 3 donne un aperçu
de l’utilisation de l’utilisation croisée des
données altimétriques et celles relatives au couvert
végétal.
Fig.
3 : Vue 3D du couvert du cap corse à l’aide du SIG
Les
données utilisées sont converties à l’aide
de scripts en fichier raster au format ASCII qui sont utilisables
par le module SMA de notre plateforme pour initialiser l’environnement
de nos agents. Les données relatives aux agents sont directement
lues par le module SMA dans la géodatabase gérée
à l’aide de ArcGIS. Nous avons rajouté à
la géodatabase des tables permettant de constituer des scénarii
pour piloter les simulations et enregistrer l’ensemble des
événements ayant lieu pendant les expérimentations.

Fig.
4 : Vue du cap corse à l’aide de la plateforme multi-agents
Toutes les données relatives aux agents sont enregistrées
dans une seconde base de données gérée par
le module SMA de notre plateforme et sont ainsi disponibles pour
réaliser des analyses.
Une
première série d’expérimentations a permis
de mettre en évidence l’influence du degré de
civilité des habitants sur l’occurrence de période
de rupture d’alimentation. Ces expériences ont permis
de déterminer quelle serait la meilleure politique de contrôle
des consommateurs en période de sécheresse. Les expérimentations
menées dans la zone du cap corse ont éveillé
l’intérêt des ses habitants qui souhaitent collaborer
activement aux recherches menées à l’université
de Corse
5. Conclusion et perspectives
Après
avoir proposé une architecture hybride SMA SIG nous avons
développé une plateforme logicielle pour modéliser
et simuler des systèmes environnementaux suivant une approche
multi-agents bottom-up. En utilisant les données géographiques
collectées sur le terrain par les gestionnaires du système
nous pouvons valider notre démarche en comparant les résultats
des simulations avec l’observation de la réalité.
De plus les acteurs de terrain s’impliquent plus fortement
lorsque la démarche des modélisateurs s’intéresse
précisément à leur problème. Grâce
à notre système hybride SMA-SIG nous avons mené
des expérimentations sur le Cap Corse afin d’apporter
une aide pour une gestion intégrée de l'alimentation
en eau de cette région.
Nous
allons maintenant nous attacher, en collaboration avec des experts
de chacun des domaines, à utiliser pour nos simulations des
modèles plus fins du climat, des écoulements, du comportement
des différents utilisateurs de la ressource…D’autre
part nous utiliserons l’expérience obtenue pour améliorer
et compléter la plateforme SMA SIG que nous avons développée.
D’autre part nous nous intéresserons à de nouveaux
domaines d’applications pour notre plateforme : feux de forêt,
Plan Locaux d’Urbanisme, routes, infrastructures importantes,
gestion des massifs forestier.
Références
[CHI]"Object
Oriented and Neural Networks Simulation : an Application to the
study of watersheds".F. Chiari, M. Delhom, J.F. Santucci.Proceedings
of the 4th Middle East Symposium on Simulation and Modelling, sponsored
by the IEEE and SCS, Sharjah, UAE, Sept. 2002, pp 25-29.
[COR]
description http://cormas.cirad.fr/indexeng.htm
[DUG]
“L’eau autour de la méditerranée".
P. Dugot. L’Harmatant 2001
[ERH]“Introduction
à l’économie générale de l’eau".
A. Erhars, J. Margat. Masson 1983
[FER
95] Ferber J. « Les systèmes multi-agents, vers une
intelligence collective », InterEditions, 1995.
[GRI
96] Grimble, R. J., Gass, G., et Adams, B. (1996). Groundwater resource
degradation : a framework for analysis, with examples from China
and Palestine. Water Policy 97-105.
[RED]“Planète
eau : repères pour demain".J.L. Redaud. Editions Johanet
2000
[URB1]“Definition
of a Decision Support System to Control a Sheep Herd".D. Urbani,
M. Delhom, J.F. Santucci.Proceedings of the IEEE International Conference
on Systems, Man, and Cybernetics, Washington ,2003
[URB2]
“A Decision Support System for the water management in the
Mediterranean islands based on a Multi-Agents System and a Geographic
Information System”. D. Urbani, M. Delhom, IEEE International
Conference AISTA Luxembourg, 2004
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