Dans
le cadre d’une mission d’analyse comparée des
Observatoires Locaux de la Sécurité (OLS) des Villes
de Lyon, Le Blanc-Mesnil, Vienne – Chasse-sur-Rhône
– Pont-Evêque et Besançon, pour Délégation
Interministérielle à la Ville, Suretis a mis en évidence
des pistes de réflexion concernant une démarche de
mise en place d’un OLS. Le partage et la mutualisation des
expériences de chacun a permis de dégager les outils
d’analyse et de communication le plus souvent utilisés
par les observatoires. Dans ce cadre de référence,
le recourt aux formes de représentations cartographiques
dynamiques semblent être aujourd’hui de plus en plus
incontournable.
Pour autant, le passage
à l’usage de la carte, que ce soit à des fins
stratégiques pour analyser l’évolution des phénomènes
constatés, pour accompagner la prise de décision collective
et partenariale dans la mise en œuvre des plans d’actions
locaux ou bien à visées très opérationnelles
dans l’organisation et le déploiement spatial des moyens
engagés dans l’espace urbain, devra préalablement
s’affranchir de règles dictées par le bon sens
et par l’apprentissage du partage des informations, faute
de légitimité institutionnelle des observatoires de
la délinquance et de la sécurité. En effet,
les OLS sont des outils récents et novateurs mais qui sont
confrontés à trois problèmes majeurs :
1. Un problème de légitimité
-
Les OLS n’ont pas de statut juridique : aucun texte de référence
ne définit leur rôle ni leur contenu.
Or, l’élaboration d’éléments de
doctrine relatifs aux OLS est attendue, à l’instar
d’une reconnaissance juridique de l’outil et d’une
clarification des possibilités d’échange d’informations
entre les divers acteurs qui interviennent directement ou indirectement
dans le domaine de la sécurité.
- Dans le récent décret n°2002-999 du 17 juillet
2002 relatif aux dispositifs territoriaux de sécurité
et de coopération pour la prévention et la lutte contre
la délinquance, l’outil « Observatoire local
de la sécurité » n’est pas institué
en tant que tel.
ü Les conditions d’échange d’informations
dans le cadre du partenariat local de sécurité ne
sont pas définies juridiquement.
Aucune obligation juridique relative à l’échange
d’informations n’a été établie.
Seul le décret n°2002-999 du 17 juillet 2002 relatif
aux dispositifs territoriaux de sécurité et de coopération
pour la prévention et la lutte contre la délinquance
stipule dans son article 4 que « le conseil local de sécurité
et de prévention de la délinquance est informé
régulièrement, par les responsables locaux de la police
ou de la gendarmerie, de l’état, des caractéristiques
et de l’évolution de la délinquance dans son
ressort territorial. Les maires sont informés sans délai
des actes graves de délinquance commis dans leur commune.
Au moins une fois par an, ils sont également informés,
comme le conseil local de sécurité, de l’ensemble
des moyens mis en œuvre par l’Etat dans la commune. ».
Ce décret ne précise pas le contenu exact des informations
devant être transmises, l’état 4001 ne faisant
pas nécessairement l’objet d’une transmission.
Certaines institutions commencent à s’enquérir
de ces problèmes d’échange d’informations
et tendent à mettre en place des « codes de bonne conduite
» à l’image du « code de bonne conduite
dans la circulation de l’information entre les maires et le
ministère public » élaboré par le ministère
de la Justice et l’Association des Maires de France autour
de trois principes, le principe de solidarité, celui de délicatesse
et celui de prudence. Au niveau local, apparaissent, mais sont encore
peu développées, des conventions de mise à
disposition de l’information.
- Seule la circulaire DIV / DPT-CPS n°2001-167 du 29 mars 2001
relative à la mise en œuvre des décisions du
Conseil de sécurité intérieure du 30 janvier
2001 sur les contrats locaux de sécurité explicite
la question du financement des observatoires de la sécurité.
ü En dépit des recommandations issues de l’étude
engagée sur ce thème par la DIV en 1992, le statut
juridique des observatoires locaux de la sécurité
n’a pas été clarifié.
2.
Un problème de fragilité
-
les OLS sont majoritairement financés par un opérateur
unique : les collectivités locales.
- Leur portage humain et technique est essentiellement assuré
par un seul opérateur et en général par le
coordonnateur CLS.
3.
Un manque de lisibilité
-
Les OLS sont-ils des outils d’aide à la décision
? Des outils d’information générale pour les
partenaires ? Des outils d’analyse stratégique ou instances
de veille ?
Leur rôle et leur positionnement dans l’architecture
globale des dispositifs territoriaux de sécurité ne
sont pas clairement définis. Ils sont des outils souvent
ambitieux concernant les fonctions qui leur sont assignées,
c’est notamment la raison pour laquelle ils sont la plupart
du temps confondus avec les instances opérationnelles des
CLS et CLSPD ou assimilés à une instance de veille.
Les
Observatoires locaux de sécurité sont appréhendés
comme des outils de coproduction des savoirs. Ils permettent d’acquérir
une connaissance globale dans le temps et l’espace du phénomène
local d’insécurité.
-
Les OLS offrent une mesure de la délinquance différente
des statistiques policières et tendent à mettre en
place une pluralité d'outils de connaissance.
- Ils proposent une analyse des phénomènes d’insécurité,
mais ne livrent pas d’évaluation des moyens engagés,
qu’ils soient humains, matériels, ou financiers.
Les OLS sont appréhendés comme des outils
d’aide à la décision et à l’action
stratégiques et opérationnelles.
-
Les données fournies par les Observatoires contribuent à
légitimer les actions et à mettre en oeuvre des politiques
concertées de prévention et de sécurité.
- Les 4 OLS se définissent avant tout comme des outils d’aide
à l’action stratégique et opérationnelle.
- Les Observatoires affichent l'ambition d'être, sur le plan
stratégique, des outils d'aide à l'orientation et
au redéploiement des moyens (plan d'actions territoriaux,
plan de financement).
- L’exploitation interne par les collectivités des
productions de l’OLS afin d’organiser leurs services
reste très faible
- Les OLS ont parfois une fonction d’alerte permettant d’approfondir
la connaissance des phénomènes constatés. On
se trouve dès lors dans une logique de démarche de
résolution de problèmes.
Les OLS : des outils de renforcement du partenariat local
de sécurité.
-
Les observatoires concernés par l'étude assurent une
relance du débat local et renforcent la mise en réseau.
- Ils favorisent un partage des données avec, au centre,
un portage communal ou intercommunal, autrefois le pré carré
de certaines institutions.
- Ils permettent une meilleure connaissance et reconnaissance réciproque
des acteurs locaux intervenant dans le champ de la prévention
et de la sécurité.
Des
freins à l’échange d’informations au sein
des OLS.
-
Une hétérogénéité des acteurs
comme ressource pour l'Observatoire et comme difficulté lors
du partage d'informations (les freins du partage : la loi (le secret
et les déontologies professionnels, les pratiques institutionnelles).
- Certains acteurs locaux agissant notamment dans le domaine de
la prévention de la délinquance, trouvent peu d’intérêt
à participer aux travaux de l’OLS. De ce fait, ils
ne transmettent pas de données.
- Des acteurs locaux sont réticents à partager l’information
en raison notamment du caractère sensible que peuvent revêtir
certaines données.
- Les changements d’interlocuteurs institutionnels des OLS
peuvent être source de remise en cause de l’échange
d’informations.
Des moteurs à l’échange d’informations
au sein des OLS.
-
La réalité opérationnelle,
- les pratiques de confidentialité,
- la confiance mutuelle,
- les chartes d’éthique et de déontologie,
- les règles relatives aux modes de diffusion et aux supports
OLS
et autres Observatoires.
-
A notre connaissance, il n’existe pas de passerelles identifiées
entre les observatoires nationaux et locaux.
- Peu d’optimisation des moyens d’observation déployés
sur les territoires locaux. Par exemple, observatoire social, de
l’emploi, de la santé, de la sécurité,
etc.
- Une absence de socle commun entre les échelles nationale
et locale d’observation des phénomènes d’insécurité
due à une différence d’objectifs entre ces deux
niveaux.
Une
nécessaire circulation en boucle de l’information au
sein des OLS.
-
Un retour d'information organisé permet d'assurer la pérennité
de ces structures.
Diffuser et alimenter les partenaires, décideurs et agents
de terrain, est l’action la plus efficace pour encourager
la participation et garantir le respect de la confidentialité
de certaines informations.
La circulation en boucle de l’information favorise une appropriation
collective du dispositif : recueil de l’information par les
agents de terrain " centralisation de l’information par
la Direction " transmission de l’information à
l’OLS qui réalise un « digest » "
diffusion des productions de l’OLS à la Direction et
aux agents de terrain.
Des
difficultés inhérentes au mode de fonctionnement.
-
Une réelle difficulté pour les acteurs de combiner
des démarches différentes d’ordre qualitative
et quantitative et d'observer dans la durée.
- Le lien avec l’OND représente un enjeu en matière
de référentiel et un danger potentiel d'homogénéisation
des données qui ne laisserait pas la place à des analyses
territoriales fines.
- Un fort besoin encore de déconnecter la production et l'interprétation
des données (en particulier pour les statistiques police).
Les
indicateurs les plus souvent retenus dans le cadre des OLS :
-
les données factuelles,
- quelques indicateurs robustes parmi lesquels les infractions de
l’état statistique 4001 dont on sait qu’elles
sont correctement renvoyées aux institutions (notamment pour
ce qui est des indicateurs assuranciels),
- les données tant qualitatives que quantitatives,
- les indicateurs de résultats.
Les
indicateurs les moins exploités mais dont l’intégration
aux travaux des OLS ferait sens :
-
nombre et profil des victimes et pluri victimes,
- nombre et profil des auteurs occasionnels et réitérants,
- les indicateurs de contexte et de moyens,
- les données concernant la sécurité routière,
- les données relatives aux infractions à la législation
sur les stupéfiants,
- les indicateurs relatifs aux perceptions et attentes des habitants,
- les productions quantitatives sont réalisées à
partir de statistiques institutionnelles au détriment des
sources personnelles directes (victimation ou auto report).
Le
territoire d’étude :
-
l’organisation territoriale des pouvoirs de police et de justice
est parfois peu adaptée. Les bassins de vie ne sont pas toujours
pris en compte.
- concernant l’échelle territoriale, les OLS semblent
prisonniers des périmètres administratifs (par exemple
le territoire communal) et institutionnels (îlots de la Police
Nationale, carte judiciaire, etc.).
- les territoires des ZUS ne sont pas spécifiquement pris
en compte par les OLS, il n’existe pas d’indicateurs
spécifiques établis pour ces territoires à
l’échelon local.
Le traitement des données :
-
un recueil riche de données qui autorise des croisements
diversifiés (exemple : éclairage public, faits enregistrés
et constatés par les services de police; implantation des
caméras vidéo de surveillance de l'espace public et
faits de DVP; lieux de prédation et origine géographique
des auteurs),
- une vigilance nécessaire sur le choix des indicateurs voués
au comparatisme (la distinction n'est pas toujours faite par exemple
entre les perceptions de l'insécurité renvoyant à
une demande sociale et les faits constatés et élucidés
par les services de police).
- des échelles et des sources de mesure qui paraissent parfois
hétérogènes. Elles répondent, en effet,
à des démarches méthodologiques et des stratégies
de réponse diversifiées. Le risque de double comptage
existe.
Production
des OLS :
-
Des modes diversifiés de représentation des faits
de délinquance enregistrés (cartographies, représentation
graphique...) sont en place dans les 4 Observatoires.
- Fréquence idéale de diffusion des productions :
§ sur le plan opérationnel : des productions hebdomadaires
et mensuelles
§ sur le plan stratégique : des productions trimestrielles,
semestrielles, annuelles
- Plus les productions ont une visée opérationnelle,
moins la représentation graphique ou cartographique sera
diversifiée
- Des cercles de diffusion des productions bien identifiés
et hiérarchisés
- Une éthique du partage de l’information peu formalisée
: vers l’élaboration d’un code de bonne conduite?
A l’issue de l’étude,
Suretis a proposé la définition d’un «
socle commun » aux OLS et d’un plan de questionnement
à suivre pour la conduite de ce type de projet. Les questionnements
sont de deux ordres, questionnements relatifs à la démarche
(mise en place et mode de fonctionnement de l’OLS) et questionnements
relatifs au contenu (choix et traitement des données). Cette
démarche facilite la définition d’une doctrine
locale pour la construction d’un OLS dont découleront
les cahiers des charges techniques, notamment dans le cadre de la
mise en place d’un SIG dédié au fonctionnement
de l’OLS.
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