Aménagement / Urbanisme    
   
  Application des SIG pour la gestion des zones industrielles dans la ville de Sfax (Tunisie)
   
 

Mohamed Moncef SERBAJI*
Chafai AZRI*
Khaled MEDHIOUB**


Unité de recherche : « Etude et gestion des environnements urbains et côtiers ». Code : E98/C11-12.

* Faculté des Sciences de Sfax-Tunisie
** Institut Préparatoire aux Etudes d’Ingénieurs de Sfax-Tunisie


 
     
 
 

I-Introduction

La ville de Sfax dispose d’une panoplie quasi-complète d’activités économiques, ayant permis son placement au second rang de la hiérarchie des villes tunisiennes, voire même au premier rang pour centaines d’entre elles, tant en raison de la taille sectorielle, que des emplois créés. L'analyse de la structure de l'emploi selon une approche sectorielle entre les recensements 1984, 1994 et 2004 fait ressortir une régression dans le secteur primaire avec une croissance dans les secteurs secondaire et tertiaire, ainsi :

- · les emplois dans les industries manufacturières (secteur secondaire) et ceux dans le transport, le commerce, les assurances, l'hôtellerie, la réparation et les banques (secteur tertiaire) ont connu des augmentations notables entre 1984 et 2004;
- les emplois dans l'agriculture et la pêche (secteur primaire) ont connu, par contre, une régression.
La ville de Sfax s'est affirmée ville industrielle depuis les années 60 (Karray et al, 1998). 90 % des industries sont concentrées au niveau de la zone littorale.
Par conséquent, la gestion des zones industrielles de la ville de Sfax pose des problèmes surtout aux responsables des organismes et des administrations concernés par le contrôle et le suivi des différentes unités industrielles.

Ces problèmes émanent du fait de :

- L'existence d'une masse énorme de données ce qui rend pénible l'accès rapide à l'information recherchée par les méthodes classiques ;
- La gestion difficile des infrastructures et aménagements au niveau de ces zones.
Il y a lieu de noter que la zone littorale de la ville a subi durant plusieurs décennies des atteintes à conséquences négatives et à effets parfois irréversibles, d'une industrialisation peu soucieuse de la sensibilité du domaine marin. Cela s’est traduit par la dégradation de la qualité des eaux du littoral, le changement de son faciès sédimentaire (ILLOU, 1999) et la perturbation de la zonation biologique. L’ensemble a entraîné un déséquilibre de l’écosystème, l’apparition de zones confinées et l'interdiction de la baignade sur plusieurs kilomètres.

Face à une telle situation, il convient d’envisager un plan d’action pour limiter cette pollution du littoral et orienter la tendance vers un cadre littoral plus équilibré. La concrétisation de ce plan, qui vise une préservation plus efficace et durable de l’équilibre entre l’extension urbaine et industrielle et les ressources naturelles, nécessite au préalable l’étude détaillée des caractéristiques environnementales et socio-économiques actuelles de la zone littorale. C’est ce que nous allons essayer de développer dans cette communication.

II-Objectifs et moyens

La mise en application de la notion de développement durable nécessite une approche globale du territoire et une démarche interdisciplinaire pour l'analyse des problématiques de développement. Or, la mise en oeuvre d'un tel processus faisant intervenir un grand nombre de partenaires nécessite que la démarche soit connue, claire et crédible pour chacun. Pour ce faire, il est nécessaire de récolter, gérer, traiter et diffuser une masse considérable de données. Les responsables de l'environnement, de l'aménagement et de la gestion du territoire sont ainsi confrontés à une tache colossale de normalisation et de synthétisation pour organiser, transformer et communiquer ces données, et extraire l'information significative et indispensable à une prise de décision éclairée. C'est dans ce cadre que le recours aux systèmes d'informations géographiques s'avère nécessaire de nos jours, surtout avec l'explosion fantastique et le développement important de l'informatique, et ce pour :

- La collecte et la gestion de données ;
- Le traitement et l'analyse de données spécialisées dans le cadre d'applications spécifiques ;
- La production d'informations dérivées sur la base d'un vaste ensemble de données hétérogènes, en faisant diverses combinaisons et superpositions.

Ainsi, nous avons eu recours aux SIG pour la mise en place d'une base de données à références spatiales, susceptible de mieux gérer les zones industrielles de la ville de Sfax.
Il ne s’agit pas d’un simple stockage de données mais plutôt un ensemble organisé de données graphiques et non graphiques, pour avoir une description détaillée des principaux paramètres relatifs aux usines et comprendre l'interaction entre les différentes données. L'évolution de ces zones industrielles lors des vingt dernières années s'est faite d'une manière exponentielle et remarquable. Il est donc nécessaire d'accorder une attention particulière à ces zones qui ont besoin d'être gérées avec soin pour pouvoir s'adapter au modèle de planification moderne. En effet, les SIG sont des systèmes capables de répondre aux questions générales suivantes :

1) Qu'y a-t-il en cet endroit de l'espace…?
2) Où se trouve l'usine appartenant à X… ?
3) Quel est le degré de pollution de cette usine…?
4) Quelles sont les usines qui disposent d'une station de prétraitement d'eaux usées …?

L’objectif est donc de développer un SIG pour collecter le maximum de données relatives aux zones industrielles, de suivre leur extension et de prendre en considération le maximum d'éléments pour décrire d'une manière adéquate les propriétés de ces zones en question.

III-Les caractéristiques socio-économiques de la ville de Sfax

La ville de Sfax présente :
- une position géographique stratégique ;
- un nombre élevé et croissant d'usines ;
-¦ une concentration importante des usines près de la côte ;
- des activités industrielles diversifiées;
- une variété énorme de produits du point de vue quantitatif et qualitatif;
- un nombre élevé d'employés.

Ce qui est frappant pour cette ville méditerranéenne, c'est l'absence de plages, à moins de s'éloigner sensiblement en direction du Sud vers les cordons littoraux de Chaffar. Le parcours de la plaine littorale permet de distinguer le long de la côte, les zones industrielles Poudrière I et Poudrière II, le port de commerce en face du centre ville, la zone industrielle de Madagascar avec le port de pêche, les salines, les dépôts de phosphogypse provenant des unités de traitement des phosphates pour la production de l'acide phosphorique et du Triple Super Phosphate (TSP) (Serbaji, 2000).
Par ailleurs, concernant le foncier industriel, l'Agence Foncière Industrielle (A.F.I) a aménagé depuis sa création cinq zones industrielles (fig. 1) couvrant près de 140 ha (Madagascar, Poudrière 1, Poudrière 2, port de pêche et Sidi Salem) (ZOUARI et al, 1997) .


Fig. 1- Zones industrielles aménagées par l’Agence Foncière Industrielle (AFI) dans la ville de Sfax

IV- Les étapes de réalisation du SIG :

La mise en place du SIG, réalisé dans le cadre de ce travail, comporte les étapes résumées dans l’organigramme suivant :


1-Collectes des données

Pour collecter le maximum de données concernant les zones industrielles de la ville de Sfax nous avons eu recours à plusieurs sources. Il s'agit entre autres de:

- Plan d’aménagement urbain : C’est un plan parcellaire au 1/2000 qui forme la trame de base en matière d’habitat, d’équipement et de surface à urbaniser.
- Les cartes de réseaux d’assainissement : Il faut signaler que les dates d’élaboration de certains plans de réseaux sont plus au moins anciennes, c’est pour cela que nous avons procédé, avec l’aide des responsables de l’Office National d’Assainissent (ONAS) à l’actualisation de ces données.
- Données thématiques : la plupart de ces données ont été collectées auprès de l’ONAS (nom de l’unité industrielle, contact, téléphone/fax, activité, type de rejet, degré de pollution, connecté au réseau d’égouts ou non, etc…).
- Travail sur terrain : pour accomplir et vérifier certaines informations manquantes sur les cartes, nous avons effectué des minutes de terrain afin de positionner manuellement ou à l’aide d’un système de positionnement global (GPS) certaines entités qui nous intéressent (les regards, les boites de branchement, les stations de pompage…).

2- Numérisation des données cartographiques sous ArcINFO
La géométrie des objets disposés sur le calque a été récupérée par numérisation semi-automatique à l'aide d'une table à digitaliser et sous le logiciel PC ArcINFO en mode vectoriel. Ainsi, les unités cartographiques sont des points, des arcs ou des polygones.

3- Création de la base de données numériques sous ArcView
ArcVIEW constitue un complément très utile du SIG PC ArcINFO, autorisant l'accès, l'affichage, la modification et les diverses interrogations sur les données géoréférencées ou sur les données textuelles.

V-Résultats et discussion

L'examen des résultats obtenus lors de l'opération d'analyse nous a permis d’élaborer plusieurs couches d'informations que nous avons subdivisé en trois types de classes selon la topologie attribuée à chaque couche (polygone, arc, point).

1- Classe des polygones
L'examen de cette classe nous montre la présence de deux types de couvertures auxquels nous avons attribué des données attributaires. Il s’agit des îlots et des lots.

- Couverture des îlots
Le terme îlot désigne l'ensemble ou le groupement des lots placés entre deux routes. En ce qui concerne la zone industrielle Madagascar, on distingue la présence de 12 îlots présentant des dimensions variables (fig. 2).


Fig. 2- Carte de répartition des îlots de la zone industrielle Madagascar

- Couverture des lots
Les lots sont les unités appartenant à l'îlot. Dans la zone industrielle Poudrière II, les lots sont au nombre de 147. Le rôle des identifiants attribués aux lots permet surtout l'établissement de lien entre les données géométriques et celles descriptives, ce qui facilitera l'accès à des informations synthétisées suite à des opération d'analyse, sans oublier la possibilité d'actualisation et de mise a jour de ces données assurée par les déférentes fonctionnalités du SIG (fig. 3).


Fig. 3- Carte de répartition des lots, des regards et des boîtes de branchement de la zone industrielle Poudrière II

Il est possible d’établir également des cartes de classification des usines selon le degré de pollution, le secteur d’activité (fig. 4), le traitement adopté, la consommation d’eau, etc…


Fig. 4- Carte de répartition des usines de la zone industrielle Sidi Salem selon le secteur d’activité

2- Classe des arcs
Cette classe renferme la couche d'information relative au réseau routier ainsi que le réseau d’assainissement des eaux usées. En se basant sur les conditions de raccordement au réseau d’égouts de l'ONAS (représenté par des arcs) obligeant les industriels de disposer de stations de prétraitement de leurs rejets, on peut ressortir les informations suivantes :

- Les usines connectées au réseau,
- Les usines qui continuent à évacuer leurs rejets en milieu naturel,
Malgré l'effectif relativement élevé des usines raccordées au réseau de l'ONAS, la présence de 15% d'usines dans la zone industrielle Madagascar, encore non connectées, pose des problèmes de pollution non négligeable à l'environnement.

3- Classe des points
Cette classe correspond des couches d’informations qui permettent de visualiser l’emplacement des regards et des boîtes de branchement.
L'extraction d'information à partir de la base de données est assurée également par un système de requêtes, tels que :

- Afficher les lots (usines), ayant des périmètres supérieurs à 200 m.
- Afficher les lots ayant une classe de pollution égale à 3.
- Afficher la carte d’occupation du sol de la zone industrielle Poudrière II (fig. 5).


Fig. 5- Carte d’occupation du sol de la zone industrielle Poudrière II

VI- Conclusion

Le système d'information géographique réalisé pour la gestion des zones industrielles aménagées de la ville de Sfax a permis de :

- créer une base de données géoréférencées facile à mettre à jour,
- valoriser l'information dans le but d'assurer une meilleure connaissance de ces zones en prenant en considération plusieurs aspects,
-élaborer des cartes thématiques pouvant servir comme documents de travail facilitant la prise de décision.

L'industrie sfaxienne compte environ 2300 entreprises, ce qui représente environ 20 % du tissu national. La répartition sectorielle des unités industrielles place les textiles et habillement en première position, vient ensuite le secteur des industries agro-alimentaires, auquel succède le secteur des industries diverses. Les industries mécaniques, électriques et électroniques occupent le quatrième rang, suivent ensuite les industries chimiques. Le secteur des industries des matériaux de construction de la céramique et du verre occupe le dernier rang. On note également la présence des activités de conservation des poissons, l'entreposage non frigorifique et les menuiseries.

Il est évident que la nappe phréatique n'a pas été épargnée des problèmes de pollution, étant donné que, actuellement, le taux de raccordement au réseau d'égouts n'est que de 50 %. Comme conséquence d'une évolution urbanistique très rapide et une extension lente du réseau de l'ONAS, qui n'arrive pas à satisfaire un développement urbain "horizontal" et, par endroit chaotique. Nous avons estimé à 7,7 Mm3/an le volume des eaux usées domestiques (pour le Grand Sfax) déversées directement dans la nappe à travers des puits perdus (Zouari et al, 1997).

Références bibliographiques

ILLOU S. (1999) - Impact des rejets telluriques d'origines domestique et industrielle sur les environnements côtiers : cas du littoral nord de la ville de Sfax (Tunisie). Thèse de doct. de spécialité en Sciences Géologiques; Univ. Tunis II – FST, 244p.

KARRAY N., CHAKER K., CHARFI F., DAOUD A., DHIEB M., EL HABAIEB A., HACHICHA R., KALLEL M. et SERBAJI M.M. (1998) - Plan de gestion intégré de la zone côtière de Sfax. Vol.I ; Programme des Nations Unies pour l’Environnement ; Plan d’Action pour la Méditerranée, Etude réalisée pour le compte du MEAT dans le cadre du Programme d’Aménagement Côtier de la région de Sfax.

SERBAJI M.M. (2000) - Utilisation d'un SIG multi-sources pour la compréhension et la gestion intégrée de l'écosystème côtier de la région de Sfax (Tunisie). Thèse de doct. de spécialité en Sciences Géologiques; Univ. Tunis II – FST, 232p.

ZOUARI K., AMOURI M., DAOUD A., HACHICHA R., KARRAY N. et SERBAJI M.M. (1997)
- Plan de gestion des ressources en eau pour la zone côtière de Sfax. Vol. I ; Programme des Nations Unies pour l’Environnement ; Plan d’Action pour la Méditerranée, Etude réalisée pour le compte du MEAT dans le cadre du Programme d’Aménagement Côtier de la région de Sfax.