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I-Introduction
La ville de Sfax dispose d’une panoplie quasi-complète
d’activités économiques, ayant permis son placement
au second rang de la hiérarchie des villes tunisiennes, voire
même au premier rang pour centaines d’entre elles, tant
en raison de la taille sectorielle, que des emplois créés.
L'analyse de la structure de l'emploi selon une approche sectorielle
entre les recensements 1984, 1994 et 2004 fait ressortir une régression
dans le secteur primaire avec une croissance dans les secteurs secondaire
et tertiaire, ainsi :
-
· les emplois dans les industries manufacturières
(secteur secondaire) et ceux dans le transport, le commerce, les
assurances, l'hôtellerie, la réparation et les banques
(secteur tertiaire) ont connu des augmentations notables entre
1984 et 2004;
- les emplois dans l'agriculture et la pêche (secteur primaire)
ont connu, par contre, une régression.
La ville de Sfax s'est affirmée ville industrielle depuis
les années 60 (Karray et al, 1998). 90 % des industries
sont concentrées au niveau de la zone littorale.
Par conséquent, la gestion des zones industrielles de la
ville de Sfax pose des problèmes surtout aux responsables
des organismes et des administrations concernés par le
contrôle et le suivi des différentes unités
industrielles.
Ces problèmes émanent du fait de :
-
L'existence d'une masse énorme de données ce qui
rend pénible l'accès rapide à l'information
recherchée par les méthodes classiques ;
- La gestion difficile des infrastructures et aménagements
au niveau de ces zones.
Il y a lieu de noter que la zone littorale de la ville a subi
durant plusieurs décennies des atteintes à conséquences
négatives et à effets parfois irréversibles,
d'une industrialisation peu soucieuse de la sensibilité
du domaine marin. Cela s’est traduit par la dégradation
de la qualité des eaux du littoral, le changement de son
faciès sédimentaire (ILLOU, 1999) et la perturbation
de la zonation biologique. L’ensemble a entraîné
un déséquilibre de l’écosystème,
l’apparition de zones confinées et l'interdiction
de la baignade sur plusieurs kilomètres.
Face à une telle situation, il convient d’envisager
un plan d’action pour limiter cette pollution du littoral
et orienter la tendance vers un cadre littoral plus équilibré.
La concrétisation de ce plan, qui vise une préservation
plus efficace et durable de l’équilibre entre l’extension
urbaine et industrielle et les ressources naturelles, nécessite
au préalable l’étude détaillée
des caractéristiques environnementales et socio-économiques
actuelles de la zone littorale. C’est ce que nous allons essayer
de développer dans cette communication.
II-Objectifs et moyens
La mise en application de la notion de développement durable
nécessite une approche globale du territoire et une démarche
interdisciplinaire pour l'analyse des problématiques de développement.
Or, la mise en oeuvre d'un tel processus faisant intervenir un grand
nombre de partenaires nécessite que la démarche soit
connue, claire et crédible pour chacun. Pour ce faire, il
est nécessaire de récolter, gérer, traiter
et diffuser une masse considérable de données. Les
responsables de l'environnement, de l'aménagement et de la
gestion du territoire sont ainsi confrontés à une
tache colossale de normalisation et de synthétisation pour
organiser, transformer et communiquer ces données, et extraire
l'information significative et indispensable à une prise
de décision éclairée. C'est dans ce cadre que
le recours aux systèmes d'informations géographiques
s'avère nécessaire de nos jours, surtout avec l'explosion
fantastique et le développement important de l'informatique,
et ce pour :
-
La collecte et la gestion de données ;
- Le traitement et l'analyse de données spécialisées
dans le cadre d'applications spécifiques ;
- La production d'informations dérivées sur la base
d'un vaste ensemble de données hétérogènes,
en faisant diverses combinaisons et superpositions.
Ainsi, nous avons eu recours aux SIG pour la mise en place d'une
base de données à références spatiales,
susceptible de mieux gérer les zones industrielles de la
ville de Sfax.
Il ne s’agit pas d’un simple stockage de données
mais plutôt un ensemble organisé de données
graphiques et non graphiques, pour avoir une description détaillée
des principaux paramètres relatifs aux usines et comprendre
l'interaction entre les différentes données. L'évolution
de ces zones industrielles lors des vingt dernières années
s'est faite d'une manière exponentielle et remarquable. Il
est donc nécessaire d'accorder une attention particulière
à ces zones qui ont besoin d'être gérées
avec soin pour pouvoir s'adapter au modèle de planification
moderne. En effet, les SIG sont des systèmes capables de
répondre aux questions générales suivantes
:
1) Qu'y a-t-il en cet endroit de l'espace…?
2) Où se trouve l'usine appartenant à X…
?
3) Quel est le degré de pollution de cette usine…?
4) Quelles sont les usines qui disposent d'une station de prétraitement
d'eaux usées …?
L’objectif est donc de développer un SIG pour collecter
le maximum de données relatives aux zones industrielles,
de suivre leur extension et de prendre en considération le
maximum d'éléments pour décrire d'une manière
adéquate les propriétés de ces zones en question.
III-Les caractéristiques socio-économiques
de la ville de Sfax
La ville de Sfax présente :
- une position géographique stratégique ;
- un nombre élevé et croissant d'usines ;
-¦ une concentration importante des usines près
de la côte ;
- des activités industrielles diversifiées;
- une variété énorme de produits du point
de vue quantitatif et qualitatif;
- un nombre élevé d'employés.
Ce qui est frappant pour cette ville méditerranéenne,
c'est l'absence de plages, à moins de s'éloigner sensiblement
en direction du Sud vers les cordons littoraux de Chaffar. Le parcours
de la plaine littorale permet de distinguer le long de la côte,
les zones industrielles Poudrière I et Poudrière II,
le port de commerce en face du centre ville, la zone industrielle
de Madagascar avec le port de pêche, les salines, les dépôts
de phosphogypse provenant des unités de traitement des phosphates
pour la production de l'acide phosphorique et du Triple Super Phosphate
(TSP) (Serbaji, 2000).
Par ailleurs, concernant le foncier industriel, l'Agence Foncière
Industrielle (A.F.I) a aménagé depuis sa création
cinq zones industrielles (fig. 1) couvrant près de 140 ha
(Madagascar, Poudrière 1, Poudrière 2, port de pêche
et Sidi Salem) (ZOUARI et al, 1997) .

Fig.
1- Zones industrielles aménagées par l’Agence
Foncière Industrielle (AFI) dans la ville de Sfax
IV-
Les étapes de réalisation du SIG :
La mise en place du SIG, réalisé dans le cadre de
ce travail, comporte les étapes résumées dans
l’organigramme suivant :

1-Collectes des données
Pour collecter le maximum de données concernant les zones
industrielles de la ville de Sfax nous avons eu recours à
plusieurs sources. Il s'agit entre autres de:
-
Plan d’aménagement urbain : C’est un plan
parcellaire au 1/2000 qui forme la trame de base en matière
d’habitat, d’équipement et de surface à
urbaniser.
- Les cartes de réseaux d’assainissement : Il faut
signaler que les dates d’élaboration de certains
plans de réseaux sont plus au moins anciennes, c’est
pour cela que nous avons procédé, avec l’aide
des responsables de l’Office National d’Assainissent
(ONAS) à l’actualisation de ces données.
- Données thématiques : la plupart de ces données
ont été collectées auprès de l’ONAS
(nom de l’unité industrielle, contact, téléphone/fax,
activité, type de rejet, degré de pollution, connecté
au réseau d’égouts ou non, etc…).
- Travail sur terrain : pour accomplir et vérifier certaines
informations manquantes sur les cartes, nous avons effectué
des minutes de terrain afin de positionner manuellement ou à
l’aide d’un système de positionnement global
(GPS) certaines entités qui nous intéressent (les
regards, les boites de branchement, les stations de pompage…).
2- Numérisation des données cartographiques
sous ArcINFO
La géométrie des objets disposés sur le calque
a été récupérée par numérisation
semi-automatique à l'aide d'une table à digitaliser
et sous le logiciel PC ArcINFO en mode vectoriel. Ainsi, les unités
cartographiques sont des points, des arcs ou des polygones.
3- Création de la base de données numériques
sous ArcView
ArcVIEW constitue un complément très utile du SIG
PC ArcINFO, autorisant l'accès, l'affichage, la modification
et les diverses interrogations sur les données géoréférencées
ou sur les données textuelles.
V-Résultats
et discussion
L'examen des résultats obtenus lors de l'opération
d'analyse nous a permis d’élaborer plusieurs couches
d'informations que nous avons subdivisé en trois types de
classes selon la topologie attribuée à chaque couche
(polygone, arc, point).
1-
Classe des polygones
L'examen de cette classe nous montre la présence de deux
types de couvertures auxquels nous avons attribué des données
attributaires. Il s’agit des îlots et des lots.
- Couverture des îlots
Le terme îlot désigne l'ensemble ou le groupement
des lots placés entre deux routes. En ce qui concerne la
zone industrielle Madagascar, on distingue la présence
de 12 îlots présentant des dimensions variables (fig.
2).

Fig.
2- Carte de répartition des îlots de la zone industrielle
Madagascar
- Couverture des lots
Les lots sont les unités appartenant à l'îlot.
Dans la zone industrielle Poudrière II, les lots sont au
nombre de 147. Le rôle des identifiants attribués
aux lots permet surtout l'établissement de lien entre les
données géométriques et celles descriptives,
ce qui facilitera l'accès à des informations synthétisées
suite à des opération d'analyse, sans oublier la
possibilité d'actualisation et de mise a jour de ces données
assurée par les déférentes fonctionnalités
du SIG (fig. 3).

Fig. 3- Carte de répartition des lots, des regards et
des boîtes de branchement de la zone industrielle Poudrière
II
Il
est possible d’établir également des cartes
de classification des usines selon le degré de pollution,
le secteur d’activité (fig. 4), le traitement adopté,
la consommation d’eau, etc…

Fig. 4- Carte de répartition des usines de la zone industrielle
Sidi Salem selon le secteur d’activité
2-
Classe des arcs
Cette classe renferme la couche d'information relative au réseau
routier ainsi que le réseau d’assainissement des
eaux usées. En se basant sur les conditions de raccordement
au réseau d’égouts de l'ONAS (représenté
par des arcs) obligeant les industriels de disposer de stations
de prétraitement de leurs rejets, on peut ressortir les
informations suivantes :
-
Les usines connectées au réseau,
- Les usines qui continuent à évacuer leurs rejets
en milieu naturel,
Malgré l'effectif relativement élevé des
usines raccordées au réseau de l'ONAS, la présence
de 15% d'usines dans la zone industrielle Madagascar, encore
non connectées, pose des problèmes de pollution
non négligeable à l'environnement.
3-
Classe des points
Cette classe correspond des couches d’informations qui permettent
de visualiser l’emplacement des regards et des boîtes
de branchement.
L'extraction d'information à partir de la base de données
est assurée également par un système de requêtes,
tels que :
-
Afficher les lots (usines), ayant des périmètres
supérieurs à 200 m.
- Afficher les lots ayant une classe de pollution égale
à 3.
- Afficher la carte d’occupation du sol de la zone industrielle
Poudrière II (fig. 5).

Fig. 5- Carte d’occupation du sol de la zone industrielle
Poudrière II
VI- Conclusion
Le
système d'information géographique réalisé
pour la gestion des zones industrielles aménagées
de la ville de Sfax a permis de :
- créer une base de données géoréférencées
facile à mettre à jour,
- valoriser l'information dans le but d'assurer une meilleure
connaissance de ces zones en prenant en considération plusieurs
aspects,
-élaborer des cartes thématiques pouvant servir
comme documents de travail facilitant la prise de décision.
L'industrie sfaxienne compte environ 2300 entreprises, ce qui représente
environ 20 % du tissu national. La répartition sectorielle
des unités industrielles place les textiles et habillement
en première position, vient ensuite le secteur des industries
agro-alimentaires, auquel succède le secteur des industries
diverses. Les industries mécaniques, électriques et
électroniques occupent le quatrième rang, suivent
ensuite les industries chimiques. Le secteur des industries des
matériaux de construction de la céramique et du verre
occupe le dernier rang. On note également la présence
des activités de conservation des poissons, l'entreposage
non frigorifique et les menuiseries.
Il est évident que la nappe phréatique n'a pas été
épargnée des problèmes de pollution, étant
donné que, actuellement, le taux de raccordement au réseau
d'égouts n'est que de 50 %. Comme conséquence d'une
évolution urbanistique très rapide et une extension
lente du réseau de l'ONAS, qui n'arrive pas à satisfaire
un développement urbain "horizontal" et, par endroit
chaotique. Nous avons estimé à 7,7 Mm3/an le volume
des eaux usées domestiques (pour le Grand Sfax) déversées
directement dans la nappe à travers des puits perdus (Zouari
et al, 1997).
Références
bibliographiques
ILLOU S. (1999) - Impact des rejets telluriques
d'origines domestique et industrielle sur les environnements côtiers
: cas du littoral nord de la ville de Sfax (Tunisie). Thèse
de doct. de spécialité en Sciences Géologiques;
Univ. Tunis II – FST, 244p.
KARRAY N., CHAKER K., CHARFI F., DAOUD A., DHIEB M., EL
HABAIEB A., HACHICHA R., KALLEL M. et SERBAJI M.M. (1998)
- Plan de gestion intégré de la zone côtière
de Sfax. Vol.I ; Programme des Nations Unies pour l’Environnement
; Plan d’Action pour la Méditerranée, Etude
réalisée pour le compte du MEAT dans le cadre du Programme
d’Aménagement Côtier de la région de Sfax.
SERBAJI M.M. (2000) - Utilisation d'un SIG multi-sources
pour la compréhension et la gestion intégrée
de l'écosystème côtier de la région de
Sfax (Tunisie). Thèse de doct. de spécialité
en Sciences Géologiques; Univ. Tunis II – FST, 232p.
ZOUARI K., AMOURI M., DAOUD A., HACHICHA R., KARRAY N. et SERBAJI
M.M. (1997) - Plan de gestion des ressources en eau pour
la zone côtière de Sfax. Vol. I ; Programme des Nations
Unies pour l’Environnement ; Plan d’Action pour la Méditerranée,
Etude réalisée pour le compte du MEAT dans le cadre
du Programme d’Aménagement Côtier de la région
de Sfax.
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