Collectivités Locales  
   
  Recensement du patrimoine bâti protégé et non protégé sur le territoire du Parc
   
  Frédéric COURBET
Chargé d’études SIG

Emmanuelle ALLAIRE
Chargée de mission Patrimoine Culturel

 
  Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande
   
 

Résumé

Le Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande a entrepris la constitution d’un observatoire durable du patrimoine bâti de son territoire en partenariat avec le Service Régional de l’Inventaire. L’objectif est de recenser le bâti de l’ensemble des communes afin d’en évaluer les évolutions et de mesurer l’impact de l’action du Parc. Cela devrait permettre de définir les orientations à venir en terme d’aménagement du territoire, de préservation et valorisation du bâti.

Mots Clefs

Patrimoine bâti, Systèmes d’information géographique, Parcs Naturels Régionaux, Haute-Normandie, Renabl, Service Régional de l’Inventaire

Introduction

Le Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande est un territoire rural axé sur la vallée de la Seine entre Rouen et le Havre qui se fonde sur un projet de développement durable : préserver un patrimoine naturel et culturel, une qualité de vie dans un contexte de pression industrielle, urbaine et agricole.
Créé en 1974, le Parc est actuellement dans sa 3eme charte décennale (2001-2011). Il est constitué de 72 communes adhérentes à cette charte et des deux villes portes. Comme tout Parc naturel Régional il a 4 grandes missions :
- Protéger son patrimoine, notamment pas une gestion adaptée des milieux naturels et des paysages
- Contribuer l’aménagement du territoire, au développement économique, social et culturel et à la qualité de la vie
- Assurer l’accueil, l’éducation et l’information du public
- Réaliser des actions expérimentales ou exemplaires dans ces domaines
Ces missions se traduisent concrètement par un ensemble d’actions qui traitent de la connaissance du territoire, de la protection des zones humides et de la ressource en eau, du développement économique respectueux du territoire, des paysages, d’éducation, de tourisme et de patrimoine culturel.


Carte du Parc

Le SIG, outil au service du territoire au parc
Le PNR BSN dispose d'un service SIG depuis 1997. L’équipe composée de 4 personnes doit stocker, gérer, combiner, organiser, analyser et éditer des données temporelles localisées et répondant à des problématiques précises propres au territoire du Parc. A l'origine dédiée à l'exécution des projets en interne, la cellule SIG s’oriente de plus en plus vers un service aux acteurs locaux. Il faut pour cela disposer d’un ensemble de données cohérentes et homogènes à l’échelle du Parc sur les 74 communes adhérentes à la charte pour gérer les territoires et les différentes missions.

C’est aussi dans le cadre de ces services aux acteurs locaux qu’ a émergé, à partir du SIG du Parc, le Système d’Information territoriale (SIT) que le Parc met en place dans les collectivités (Cf. communication ESRI 2004 : http://www.esrifrance.fr/sig2004/communications/PNR_BSN/PNR_BSN.htm).
Les acteurs du territoire ont ainsi à leur disposition des outils d'aide à la décision et de communication qui simplifient et facilitent l'accès à l'information publique.


I - Le projet de recensement du bâti : de l’idée à la réalisation


1 - l’origine du projet

La basse vallée de Seine se caractérise par un bâti rural très spécifique (diversité des matériaux et des techniques, qualité architecturale, technique très poussée de charpenterie, répartition fonctionnelle dans l’espace) mais fragile (bois, terre crue et chaume). Ce patrimoine représente également un enjeu contemporain par l’utilisation en majorité de matériaux naturels, sains et renouvelables.

Ce que dit la charte
La charte du Parc prend en compte la problématique du patrimoine bâti et définit une politique à mener qui comprend les points généraux suivants :
- inventaire du patrimoine bâti non protégé
- favoriser la sauvegarde du patrimoine bâti, comme composante des paysages et de la qualité de vie

Le constat
L’approche qui est faite de la problématique du patrimoine bâti se fait dans le cadre plus global d’une réflexion sur les paysages, leurs composantes, leurs évolutions et les facteurs de ces transformations. Les paysages de la basse Seine sont en effet en pleine mutation : les paysages agricoles se banalisent et s’uniformisent face à la mécanisation et au productivisme agricole, les communes connaissent une croissance rapide de l’habitat « rurbain » avec le développement d’un bâti standardisé de type pavillonnaire.
Ces évolutions profondes se font au détriment des structures paysagères préexistantes et parfois aussi du bon sens. Il ne s’agit pas de promouvoir un paysage « muséifié » mais d’accompagner cette transformation afin que ce riche patrimoine et les savoir-faire qui y sont associés ne soient pas anéantis ou dénaturés tout en s’accommandant de la modernité.


Actions existantes et état des connaissances
Le Parc intervient sur la question du patrimoine bâti via un service de conseil architectural auprès de habitants qui en font la demande. Il est par ailleurs habilité à délivrer un avis simple sur les permis de construire. Le Parc intervient également dans le cadre des procédures d’urbanisme où il apporte des informations complémentaires, sa connaissance du territoire et un autre regard. Enfin, il a développé des actions en faveur de la restauration du bâti traditionnel par un partenariat avec les artisans spécialisés (chaume, torchis) et la sensibilisation des habitants par l’organisation de stages pratiques. A ces différents titres, il était important pour le Parc de se constituer une base de donnée sur le patrimoine bâti de son territoire.

Jusqu’ici nos connaissances sur le patrimoine bâti étaient essentiellement « empiriques » et se basaient sur un inventaire datant des années 1970, disponible sous format de fiches papier. Cet inventaire a été réalisé en partenariat avec le Service Régional de l'Inventaire et participait alors aux missions de préfiguration du Parc. Ces données, d’une très grande richesse restaient néanmoins difficiles à exploiter pour une étude générale.

Le concept
Le but a donc été la création d’une base de données géo-référencées contenant l’ensemble des données collectées depuis 1970 et permettant, par comparaison avec l’état actuel des bâtiments, de connaître l’évolution du patrimoine bâti sur un certain nombre de communes du Parc. Cette base de données est le socle de l’observatoire durable du patrimoine pour évaluer l’impact du Parc sur cette évolution, et définir les axes d’action prioritaires (sensibilisation, restauration, conseil renforcé, publications, etc.). Les axes forts seront la sensibilisation des acteurs du territoire à ce patrimoine et la valorisation de l’image régionale et de son attractivité touristique. Par ailleurs il s’agira d’encourager les opérations de restauration des édifices et de favoriser le développement de l’activité économique liée au bâti ancien, notamment l’artisanat. Les édifices ciblés sont ceux intéressant du point de vue architectural, historique et paysager.


2 - Mise en place

Préfiguration
Deux premières études sur le patrimoine bâti avaient été menées sur les chaumières en 1999 puis sur les églises romanes en 2001 mais c’est en 2002 que l’observatoire a véritablement commencé à se mettre en place.

En 2002, le Parc a élaboré une base de données sur les Monuments Historiques. Il a réalisé une cartographie dynamique des monuments et sites classés et inscrits. Cette étude s’est entièrement basée sur les documents officiels du ministère de la culture et n’a donc pas nécessité de gros collectage de données. L’intérêt a toutefois été d’associer à chaque bâtiment localisé sur la carte une photographie à jour. Cet inventaire a été le véritable point de départ de la démarche « Observatoire du patrimoine bâti ».

Suite à cette expérience concluante, le parc a voulu continuer sa démarche en recensant le patrimoine bâti non protégé. Pour cela, il s’est basé sur l’ensemble des fiches papier des services de l’inventaire régional, datant des années 1970. Une réflexion a été menée pour constituer une base en interne au format Microsoft Access liée à ArcGIS d’ESRI sur le même principe que ce qui avait été fait pour la carte dynamique des monuments historiques. Le Parc cherchait à ce que cette base soit compatible avec la base de données du ministère de la culture, suivant les normes du Service Régional de l'Inventaire.

Mise en place du partenariat avec le Service Régional de l'Inventaire
Créé en 1964 par André Malraux, l'Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France a pour mission de recenser, étudier et faire connaître l'ensemble du patrimoine français. L'Inventaire général est un service de l'Etat, rattaché à la direction de l'Architecture et du Patrimoine du ministère de la Culture et de la Communication. L'Inventaire est conduit dans chaque direction régionale des affaires culturelles par un service régional. Actuellement la situation évolue car les Services Régionaux de l'Inventaire sont en cours de décentralisation (vers les Régions) mais leurs missions restent les mêmes.
Depuis plusieurs années la DRAC Bretagne (M. Alain Jenouvrier et M. Pierrick Brihaye) avait déjà travaillé sur la mise au point d’un logiciel de gestion de l’inventaire du bâti : Renabl.

D’autre part, la Fédération des Parcs Naturels Régionaux, via une convention, travaille en partenariat avec le Ministère de la Culture et de la Communication. Grâce à ces échanges et à ce réseau, nous avons pris connaissance de l’existence de ce projet Renabl.

Le partenariat avec le Parc dans le contexte du projet s’établit sur la base d’une convention avec la région Haute-Normandie, tutelle actuelle du Service Régional de l'Inventaire. Celle-ci concerne l’échange de données et de moyens, notamment la numérisation d’images, les conditions de maintenance de la base de données et le reversement des informations dans des bases de données nationales (Mémoire et Mérimée ) publiées sur le site Internet du ministère de la culture :
(http://www.inventaire.culture.gouv.fr/culture/inventai/presenta/bddinv.htm)
Il existe également un objectif opérationnel : il s’agit de la première mise en place en Haute-Normandie du logiciel Renabl et de l’établissement d’un partenariat entre le Parc et le Service Régional de l'Inventaire.

Du concret…
Cette démarche a également été rendue possible grâce à la numérisation du cadastre : le Parc lors de la mise en place des SIT s’est positionné en tant que maître d’ouvrage et à ce titre a piloté cette numérisation à l’échelle de son territoire. Cette compétence a permis de localiser les parcelles à partir d’un référentiel précis et à jour. En effet il n’est pas toujours évident de retrouver la concordance entre les parcelles des années 70 et celles d’aujourd’hui.

La dernière phase de la démarche, mise en place en 2005, fait suite à plusieurs révisions de Plan Local d’Urbanisme (PLU) ou Cartes communales dans certaines communes du Parc. Le Parc intervenant dans le cadre de ces révisions, il a donc été envisagé d’intégrer les informations sur le patrimoine bâti dans les règlements d’urbanisme en cours de révision ou de création. Cette action concrète du Parc dans la réalisation des nouveaux documents d’urbanisme correspond parfaitement à sa mission auprès des acteurs du territoire. Ainsi, un recensement des édifices intéressants du point de vu architectural, paysager et historique a été initié. Dans le cadre de ce recensement sont pris en compte tous les bâtiments présents dans l’inventaire régional mais surtout, de nouveaux bâtiments n’ayant pas été répertoriés jusqu’ici. Cela permet de remplir pleinement une des actions prévue dans la Charte du Parc qui est de diffuser l’information auprès des collectivités locales mais aussi d’enrichir les connaissances sur le territoire du parc. Par la suite ces informations relatives à ces nouveaux bâtiments intéressants pour l’histoire de notre territoire seront reversées dans les bases de données du Ministère de la Culture via le Service Régional de l'Inventaire.

II - Les informations et la cartographie

La base de donnée Renabl et le dossier électronique
La saisie et le traitement des données collectées se fait avec le logiciel Renabl ("inventaire" en breton), développé par la DRAC Bretagne, permettant la saisie des données de l'Inventaire. Cette base de données a nécessité plusieurs années de développement de la part de la DRAC Bretagne. Elle présente de plus, l’avantage d’avoir déjà été éprouvée, testée et validée par d’autres organismes. L’information qu’elle contient est complète et normalisée, facilitant ainsi les échanges entres les services et les structures. L’ensemble des termes utilisés et des informations saisies doit obligatoirement se référer à un thésaurus national normalisé (Système descriptif de l’architecture, DAPA, 1999). Cette interopérabilité, sa rigueur et la possibilité d’échanger les informations contribuent à la densification des relations entre le parc et ses partenaires.


Les informations saisies dans Renabl sont vérifiées et contrôlées par le logiciel afin que les termes employés correspondent aux champs lexicaux définis par le thésaurus. Certaines erreurs de frappe comme les doubles espaces ou les espaces précédant ou suivant les caractère de typologie tels que les virgules ou les points virgules sont également vérifiées. Les liens entre les fiches bâtiments, leurs photographies et les différents objets ou documents recensés vont être vérifiés et validés. En cas de problèmes le logiciel signalera les modifications à effectuer.


écran de saisie

Collectage et enrichissement des données sur le terrain
La numérisation rendue ainsi possible des données de l’Inventaire ont fait apparaître la nécessité de mettre à jour les informations (disparition ou transformation de bâtiments) mais aussi d’ajouter des bâtiments qui n’avaient pas été pris en compte en 1970.
Les documents indispensables sont les cadastres, anciens et nouveaux, les photographies qui permettent l’identification. Il s’agit sur le terrain, de repérer les bâtiments intéressants, de les localiser sur une carte, de relever les informations les concernant. Les informations sont ensuite saisies via Renabl. Les photographies prises seront primordiales, lors de l’analyse pour comprendre l’évolution du bâti.


Photo Manoir 1970



Photo Manoir 2005

La phase de cartographie :
Une fois la base constituée, chaque fiche bâtiment est reliée à une localisation cartographique ponctuelle ou surfacique. Cette opération s’effectue via un petit module appelé GéoRenabl. Il va directement récupérer dans une couche de type shape les coordonnées de chacun des points constituant un polygone et stocker cette information afin de pouvoir la restituer en temps voulu. Le lien entre le polygone et la fiche correspondante va être mis en place puis vérifié.

La sortie en html
Une fois toutes ces opérations réalisées, le logiciel Renabl permet un export en format html des informations. Il restitue tout ce qui a été saisi et répertorié (texte, documents, photographies…) dans une interface de type internet. La page d’accueil de la commune correspond aux informations générales saisies sur celle-ci puis des liens vers chacune des fiches répertoriées sont présents dans la page. Une interface cartographique dans laquelle on peut zoomer et se déplacer apparaît également dans la page. Le choix d’un lien met en surbrillance le bâtiment sélectionné sur la carte. Un clic sur un bâtiment localisé sur la carte renvoie directement à sa fiche. Enfin, il y a également la possibilité d’effectuer une requête de type « SQL » directement dans cette interface dans le but d’isoler les bâtiments présentant des caractéristiques communes comme par exemple les toitures en chaume.


2 écrans de visualisation de l’interface html


Conclusion : Les objectifs à long terme

Par la mise en place de cet observatoire du bâti sur son territoire le parc remplit sa mission de recensement, analyse et préservation de son patrimoine. Le travail initié est un engagement à long terme mais grâce aux études menées dans les années 70, des tendances commencent déjà à apparaître et à pouvoir être prises en compte pour la gestion durable du territoire. L’intégration des informations recueillies dans la révision des plans locaux d’urbanismes de certaines communes est déjà un grand pas vers la préservation des édifices et de la qualité paysagère de leur environnement. Une sensibilisation des acteurs locaux est une première phase mais à long terme, la possibilité de diffuser cette source d’information par l’intermédiaire de publication ou de la mise en ligne des résultats de cet observatoire permettra de sensibiliser également les habitants, acteurs souvent bien plus difficiles à atteindre.