Résumé
Le
Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande a
entrepris la constitution d’un observatoire durable du patrimoine
bâti de son territoire en partenariat avec le Service Régional
de l’Inventaire. L’objectif est de recenser le bâti
de l’ensemble des communes afin d’en évaluer
les évolutions et de mesurer l’impact de l’action
du Parc. Cela devrait permettre de définir les orientations
à venir en terme d’aménagement du territoire,
de préservation et valorisation du bâti.
Mots
Clefs
Patrimoine
bâti, Systèmes d’information géographique,
Parcs Naturels Régionaux, Haute-Normandie, Renabl, Service
Régional de l’Inventaire
Introduction
Le
Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande est
un territoire rural axé sur la vallée de la Seine
entre Rouen et le Havre qui se fonde sur un projet de développement
durable : préserver un patrimoine naturel et culturel, une
qualité de vie dans un contexte de pression industrielle,
urbaine et agricole.
Créé en 1974, le Parc est actuellement dans sa 3eme
charte décennale (2001-2011). Il est constitué de
72 communes adhérentes à cette charte et des deux
villes portes. Comme tout Parc naturel Régional il a 4 grandes
missions :
- Protéger son patrimoine, notamment pas une gestion adaptée
des milieux naturels et des paysages
- Contribuer l’aménagement du territoire, au développement
économique, social et culturel et à la qualité
de la vie
- Assurer l’accueil, l’éducation et l’information
du public
- Réaliser des actions expérimentales ou exemplaires
dans ces domaines
Ces missions se traduisent concrètement par un ensemble d’actions
qui traitent de la connaissance du territoire, de la protection
des zones humides et de la ressource en eau, du développement
économique respectueux du territoire, des paysages, d’éducation,
de tourisme et de patrimoine culturel.
Carte
du Parc
Le
SIG, outil au service du territoire au parc
Le PNR BSN dispose d'un service SIG depuis 1997. L’équipe
composée de 4 personnes doit stocker, gérer, combiner,
organiser, analyser et éditer des données temporelles
localisées et répondant à des problématiques
précises propres au territoire du Parc. A l'origine dédiée
à l'exécution des projets en interne, la cellule SIG
s’oriente de plus en plus vers un service aux acteurs locaux.
Il faut pour cela disposer d’un ensemble de données
cohérentes et homogènes à l’échelle
du Parc sur les 74 communes adhérentes à la charte
pour gérer les territoires et les différentes missions.
C’est
aussi dans le cadre de ces services aux acteurs locaux qu’
a émergé, à partir du SIG du Parc, le Système
d’Information territoriale (SIT) que le Parc met en place
dans les collectivités (Cf. communication ESRI 2004 : http://www.esrifrance.fr/sig2004/communications/PNR_BSN/PNR_BSN.htm).
Les acteurs du territoire ont ainsi à leur disposition des
outils d'aide à la décision et de communication qui
simplifient et facilitent l'accès à l'information
publique.
I - Le projet de recensement du bâti : de l’idée
à la réalisation
1 - l’origine du projet
La
basse vallée de Seine se caractérise par un bâti
rural très spécifique (diversité des matériaux
et des techniques, qualité architecturale, technique très
poussée de charpenterie, répartition fonctionnelle
dans l’espace) mais fragile (bois, terre crue et chaume).
Ce patrimoine représente également un enjeu contemporain
par l’utilisation en majorité de matériaux naturels,
sains et renouvelables.
Ce
que dit la charte
La charte du Parc prend en compte la problématique du patrimoine
bâti et définit une politique à mener qui comprend
les points généraux suivants :
- inventaire du patrimoine bâti non protégé
- favoriser la sauvegarde du patrimoine bâti, comme composante
des paysages et de la qualité de vie
Le
constat
L’approche qui est faite de la problématique du patrimoine
bâti se fait dans le cadre plus global d’une réflexion
sur les paysages, leurs composantes, leurs évolutions et
les facteurs de ces transformations. Les paysages de la basse Seine
sont en effet en pleine mutation : les paysages agricoles se banalisent
et s’uniformisent face à la mécanisation et
au productivisme agricole, les communes connaissent une croissance
rapide de l’habitat « rurbain » avec le développement
d’un bâti standardisé de type pavillonnaire.
Ces évolutions profondes se font au détriment des
structures paysagères préexistantes et parfois aussi
du bon sens. Il ne s’agit pas de promouvoir un paysage «
muséifié » mais d’accompagner cette transformation
afin que ce riche patrimoine et les savoir-faire qui y sont associés
ne soient pas anéantis ou dénaturés tout en
s’accommandant de la modernité.

Actions
existantes et état des connaissances
Le Parc intervient sur la question du patrimoine bâti via
un service de conseil architectural auprès de habitants qui
en font la demande. Il est par ailleurs habilité à
délivrer un avis simple sur les permis de construire. Le
Parc intervient également dans le cadre des procédures
d’urbanisme où il apporte des informations complémentaires,
sa connaissance du territoire et un autre regard. Enfin, il a développé
des actions en faveur de la restauration du bâti traditionnel
par un partenariat avec les artisans spécialisés (chaume,
torchis) et la sensibilisation des habitants par l’organisation
de stages pratiques. A ces différents titres, il était
important pour le Parc de se constituer une base de donnée
sur le patrimoine bâti de son territoire.
Jusqu’ici
nos connaissances sur le patrimoine bâti étaient essentiellement
« empiriques » et se basaient sur un inventaire datant
des années 1970, disponible sous format de fiches papier.
Cet inventaire a été réalisé en partenariat
avec le Service Régional de l'Inventaire et participait alors
aux missions de préfiguration du Parc. Ces données,
d’une très grande richesse restaient néanmoins
difficiles à exploiter pour une étude générale.
Le
concept
Le but a donc été la création d’une base
de données géo-référencées contenant
l’ensemble des données collectées depuis 1970
et permettant, par comparaison avec l’état actuel des
bâtiments, de connaître l’évolution du
patrimoine bâti sur un certain nombre de communes du Parc.
Cette base de données est le socle de l’observatoire
durable du patrimoine pour évaluer l’impact du Parc
sur cette évolution, et définir les axes d’action
prioritaires (sensibilisation, restauration, conseil renforcé,
publications, etc.). Les axes forts seront la sensibilisation des
acteurs du territoire à ce patrimoine et la valorisation
de l’image régionale et de son attractivité
touristique. Par ailleurs il s’agira d’encourager les
opérations de restauration des édifices et de favoriser
le développement de l’activité économique
liée au bâti ancien, notamment l’artisanat. Les
édifices ciblés sont ceux intéressant du point
de vue architectural, historique et paysager.
2 - Mise en place
Préfiguration
Deux premières études sur le patrimoine bâti
avaient été menées sur les chaumières
en 1999 puis sur les églises romanes en 2001 mais c’est
en 2002 que l’observatoire a véritablement commencé
à se mettre en place.
En
2002, le Parc a élaboré une base de données
sur les Monuments Historiques. Il a réalisé une cartographie
dynamique des monuments et sites classés et inscrits. Cette
étude s’est entièrement basée sur les
documents officiels du ministère de la culture et n’a
donc pas nécessité de gros collectage de données.
L’intérêt a toutefois été d’associer
à chaque bâtiment localisé sur la carte une
photographie à jour. Cet inventaire a été le
véritable point de départ de la démarche «
Observatoire du patrimoine bâti ».
Suite
à cette expérience concluante, le parc a voulu continuer
sa démarche en recensant le patrimoine bâti non protégé.
Pour cela, il s’est basé sur l’ensemble des fiches
papier des services de l’inventaire régional, datant
des années 1970. Une réflexion a été
menée pour constituer une base en interne au format Microsoft
Access liée à ArcGIS d’ESRI sur le même
principe que ce qui avait été fait pour la carte dynamique
des monuments historiques. Le Parc cherchait à ce que cette
base soit compatible avec la base de données du ministère
de la culture, suivant les normes du Service Régional de
l'Inventaire.
Mise
en place du partenariat avec le Service Régional de l'Inventaire
Créé
en 1964 par André Malraux, l'Inventaire général
des monuments et richesses artistiques de la France a pour mission
de recenser, étudier et faire connaître l'ensemble
du patrimoine français. L'Inventaire général
est un service de l'Etat, rattaché à la direction
de l'Architecture et du Patrimoine du ministère de la Culture
et de la Communication. L'Inventaire est conduit dans chaque direction
régionale des affaires culturelles par un service régional.
Actuellement la situation évolue car les Services Régionaux
de l'Inventaire sont en cours de décentralisation (vers les
Régions) mais leurs missions restent les mêmes.
Depuis plusieurs années la DRAC Bretagne (M. Alain Jenouvrier
et M. Pierrick Brihaye) avait déjà travaillé
sur la mise au point d’un logiciel de gestion de l’inventaire
du bâti : Renabl.
D’autre
part, la Fédération des Parcs Naturels Régionaux,
via une convention, travaille en partenariat avec le Ministère
de la Culture et de la Communication. Grâce à ces échanges
et à ce réseau, nous avons pris connaissance de l’existence
de ce projet Renabl.
Le
partenariat avec le Parc dans le contexte du projet s’établit
sur la base d’une convention avec la région Haute-Normandie,
tutelle actuelle du Service Régional de l'Inventaire. Celle-ci
concerne l’échange de données et de moyens,
notamment la numérisation d’images, les conditions
de maintenance de la base de données et le reversement des
informations dans des bases de données nationales (Mémoire
et Mérimée ) publiées sur le site Internet
du ministère de la culture :
(http://www.inventaire.culture.gouv.fr/culture/inventai/presenta/bddinv.htm)
Il existe également un objectif opérationnel : il
s’agit de la première mise en place en Haute-Normandie
du logiciel Renabl et de l’établissement d’un
partenariat entre le Parc et le Service Régional de l'Inventaire.
Du
concret…
Cette démarche a également été rendue
possible grâce à la numérisation du cadastre
: le Parc lors de la mise en place des SIT s’est positionné
en tant que maître d’ouvrage et à ce titre a
piloté cette numérisation à l’échelle
de son territoire. Cette compétence a permis de localiser
les parcelles à partir d’un référentiel
précis et à jour. En effet il n’est pas toujours
évident de retrouver la concordance entre les parcelles des
années 70 et celles d’aujourd’hui.
La
dernière phase de la démarche, mise en place en 2005,
fait suite à plusieurs révisions de Plan Local d’Urbanisme
(PLU) ou Cartes communales dans certaines communes du Parc. Le Parc
intervenant dans le cadre de ces révisions, il a donc été
envisagé d’intégrer les informations sur le
patrimoine bâti dans les règlements d’urbanisme
en cours de révision ou de création. Cette action
concrète du Parc dans la réalisation des nouveaux
documents d’urbanisme correspond parfaitement à sa
mission auprès des acteurs du territoire. Ainsi, un recensement
des édifices intéressants du point de vu architectural,
paysager et historique a été initié. Dans le
cadre de ce recensement sont pris en compte tous les bâtiments
présents dans l’inventaire régional mais surtout,
de nouveaux bâtiments n’ayant pas été
répertoriés jusqu’ici. Cela permet de remplir
pleinement une des actions prévue dans la Charte du Parc
qui est de diffuser l’information auprès des collectivités
locales mais aussi d’enrichir les connaissances sur le territoire
du parc. Par la suite ces informations relatives à ces nouveaux
bâtiments intéressants pour l’histoire de notre
territoire seront reversées dans les bases de données
du Ministère de la Culture via le Service Régional
de l'Inventaire.
II
- Les informations et la cartographie
La
base de donnée Renabl et le dossier électronique
La saisie et le traitement des données collectées
se fait avec le logiciel Renabl ("inventaire" en breton),
développé par la DRAC Bretagne, permettant la saisie
des données de l'Inventaire. Cette base de données
a nécessité plusieurs années de développement
de la part de la DRAC Bretagne. Elle présente de plus, l’avantage
d’avoir déjà été éprouvée,
testée et validée par d’autres organismes. L’information
qu’elle contient est complète et normalisée,
facilitant ainsi les échanges entres les services et les
structures. L’ensemble des termes utilisés et des informations
saisies doit obligatoirement se référer à un
thésaurus national normalisé (Système descriptif
de l’architecture, DAPA, 1999). Cette interopérabilité,
sa rigueur et la possibilité d’échanger les
informations contribuent à la densification des relations
entre le parc et ses partenaires.
Les informations saisies dans Renabl sont vérifiées
et contrôlées par le logiciel afin que les termes employés
correspondent aux champs lexicaux définis par le thésaurus.
Certaines erreurs de frappe comme les doubles espaces ou les espaces
précédant ou suivant les caractère de typologie
tels que les virgules ou les points virgules sont également
vérifiées. Les liens entre les fiches bâtiments,
leurs photographies et les différents objets ou documents
recensés vont être vérifiés et validés.
En cas de problèmes le logiciel signalera les modifications
à effectuer.

écran
de saisie
Collectage
et enrichissement des données sur le terrain
La numérisation rendue ainsi possible des données
de l’Inventaire ont fait apparaître la nécessité
de mettre à jour les informations (disparition ou transformation
de bâtiments) mais aussi d’ajouter des bâtiments
qui n’avaient pas été pris en compte en 1970.
Les documents indispensables sont les cadastres, anciens et nouveaux,
les photographies qui permettent l’identification. Il s’agit
sur le terrain, de repérer les bâtiments intéressants,
de les localiser sur une carte, de relever les informations les
concernant. Les informations sont ensuite saisies via Renabl. Les
photographies prises seront primordiales, lors de l’analyse
pour comprendre l’évolution du bâti.

Photo
Manoir 1970
Photo
Manoir 2005
La
phase de cartographie :
Une
fois la base constituée, chaque fiche bâtiment est
reliée à une localisation cartographique ponctuelle
ou surfacique. Cette opération s’effectue via un petit
module appelé GéoRenabl. Il va directement récupérer
dans une couche de type shape les coordonnées de chacun des
points constituant un polygone et stocker cette information afin
de pouvoir la restituer en temps voulu. Le lien entre le polygone
et la fiche correspondante va être mis en place puis vérifié.

La
sortie en html
Une
fois toutes ces opérations réalisées, le logiciel
Renabl permet un export en format html des informations. Il restitue
tout ce qui a été saisi et répertorié
(texte, documents, photographies…) dans une interface de type
internet. La page d’accueil de la commune correspond aux informations
générales saisies sur celle-ci puis des liens vers
chacune des fiches répertoriées sont présents
dans la page. Une interface cartographique dans laquelle on peut
zoomer et se déplacer apparaît également dans
la page. Le choix d’un lien met en surbrillance le bâtiment
sélectionné sur la carte. Un clic sur un bâtiment
localisé sur la carte renvoie directement à sa fiche.
Enfin, il y a également la possibilité d’effectuer
une requête de type « SQL » directement dans cette
interface dans le but d’isoler les bâtiments présentant
des caractéristiques communes comme par exemple les toitures
en chaume.


2
écrans de visualisation de l’interface html
Conclusion : Les objectifs à long
terme
Par
la mise en place de cet observatoire du bâti sur son territoire
le parc remplit sa mission de recensement, analyse et préservation
de son patrimoine. Le travail initié est un engagement à
long terme mais grâce aux études menées dans
les années 70, des tendances commencent déjà
à apparaître et à pouvoir être prises
en compte pour la gestion durable du territoire. L’intégration
des informations recueillies dans la révision des plans locaux
d’urbanismes de certaines communes est déjà
un grand pas vers la préservation des édifices et
de la qualité paysagère de leur environnement. Une
sensibilisation des acteurs locaux est une première phase
mais à long terme, la possibilité de diffuser cette
source d’information par l’intermédiaire de publication
ou de la mise en ligne des résultats de cet observatoire
permettra de sensibiliser également les habitants, acteurs
souvent bien plus difficiles à atteindre.
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