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Présentation
générale :
Cette communication est le résumé
d’une partie de ma thèse de doctorat en Histoire et
Civilisations de l’EHESS Paris que je réalise sous
la direction de M. Jean Andreau.
J’effectue cette partie de mes recherches au sein du laboratoire
CNRS-SIS-CEIAS UMR 8564 de Françoise Pirot et travaille sous
Arc Gis/Arc Info 9.0 et Arc Info Workstation 9.0.
La zone d’étude de ma
thèse correspond à l’ensemble de la basse vallée
de Seine, soit du Pont de la Tournelle, à Paris, (Point Kilométrique
0) à l’estuaire au niveau du Havre (PK 350 environ).
Elle recouvre donc trois régions actuelles : l’Ile-de-France,
la Haute-Normandie et la Basse-Normandie et sept départements
: 75, 92, 78, 95, 76, 27 et 14.

Fig. 1 : Carte de la zone étudiée extraite de l’Atlas
Géographique Bordas, Echelle : 1/ 750 000
Dans l’Antiquité, cette
zone comportait de nombreux peuples et cités gaulois : Parisii,
(Paris), Véliocasses (Rouen) et Calètes (Lillebonne),
pour simplifier, sur la Rive Droite ; Parisii, Carnutes, (Chartres),
Aulerques Eburovices (Evreux) et Lexoviens (Lisieux) sur la Rive
Gauche.
Après la conquête romaine, ce secteur appartint à
la Gaule Lyonnaise, puis à la fin du IIIe siècle,
il prit le nom de Seconde Gaule Lyonnaise avec comme capitale Rotomagus
(Rouen).
Le champ géographique est
donc intéressant puisqu’il englobe la basse Seine dans
sa totalité et non pas uniquement une unique commune ou un
seul département ; si, pour le DEA (Diplôme d’Etudes
Approfondies, 1e année d’études doctorales),
je m’étais limité à l’actuelle
région de Haute-Normandie (de Vernon à l’estuaire),
ainsi qu’à une toute petite partie de la Basse-Normandie
sur la Rive Gauche de l’estuaire ; j’ai depuis, pour
ma thèse de doctorat, étendu mes recherches à
l’Ile-de-France afin d’étudier la Basse - Seine
dans sa globalité.
Il ne s’agit donc pas d’une monographie ou d’une
étude locale puisqu’il concerne une vaste zone correspondant
à plusieurs peuples gaulois, mais aussi à plusieurs
régions actuelles, liée par le fleuve (« Paris,
Rouen et Le Havre ne sont qu’une seule et même ville
dont l’avenue principale est la Seine », écrivait
Michelet)
Le secteur comporte actuellement
environ 15 Millions d’habitants, mais la répartition
de la densité est très variable entre l’agglomération
parisienne et le Vexin normand ou français, ou encore la
zone du Marais Vernier sur la Rive Gauche à proximité
de l’estuaire.
Les paysages sont également extrêmement variés
: zones ultra urbanisées, agglomérations importantes,
villes moyennes, villages, terres agricoles, openfield, bocage,
terrasses, falaises…
Ma recherche n’est ni strictement
archéologique, ni strictement historique, je la définis
plutôt comme une étude de géographie historique.
Compte tenu du fait que l’on ne dispose bien souvent que de
peu de données pour la période gallo-romaine et que
cela est encore plus le cas pour la Vallée de Seine, je pars
de la situation actuelle pour remonter dans le temps.
Plus exactement je retiens l’hypothèse que, même
si le fleuve a changé depuis l’Antiquité, et
en particulier dans les zones urbaines et au niveau de l’estuaire
où il a été bouleversé, les conditions
de navigation sont restées à peu près les mêmes
sur ce fleuve jusqu’au moment de l’endiguement et de
la canalisation, soit vers 1840 – 1860.
Certes on peut me reprocher de l’imprudence
et une certaine facilité avec l’émission de
cette hypothèse, mais je l’argumente en ayant recours
à de nombreuses autres disciplines parmi lesquelles on compte
l’hydrologie, la géomorphologie, la climatologie, la
télédétection, la cartographie et bien entendu
l’archéologie.
En effet, mon étude comporte
trois parties : en premier lieu, je réalise une synthèse
archéologique de la totalité des communes riveraines
de la Basse Seine en m’intéressant aux installations
humaines isolées ou non, aux aménagements longitudinaux
: berges, chemins de halage, digues, quais et appontements, et aux
aménagements transversaux : gués, bacs, ponts lieux
de rupture de charge et de transbordement, après avoir étudié
le fleuve en général et les conditions matérielles
que celui-ci présentait.
J’étudie donc la Seine sous différents aspects
: d’abord sous un angle géographique, puis en m’intéressant
à la vision des Anciens sur les rivières en tant que
moyen de défense, en tant que division ou frontière,
en tant que production de nourriture et d’eau, mais surtout
en tant que moyen de locomotion.
Dans un second temps, je m’intéresse
aux différents types de transport offerts aux hommes de l’Antiquité,
avec leurs avantages et leurs inconvénients et j’analyse
en détail le transport fluvial sur la Basse Seine, quels
matériaux étaient transportés par quels bateaux,
l’origine de ces produits, leur provenance et leur destination.
Mon sujet de thèse étant bien entendu le prolongement
et l’approfondissement de mes recherches de DEA portant sur
les échanges commerciaux, j’étudie également
le trafic commercial grâce au fleuve Seine entre la province
de Bretagne et le reste de l’Empire romain. A ce titre, je
compare les intérêts respectifs des différents
modes de transport, décris en détail les différents
types de bateaux qui pouvaient naviguer sur la Seine et surtout
ce que ces bateaux devaient transporter, grâce à des
données archéologiques chiffrées, ainsi que
les zones d’échange, c’est-à-dire, d’où
venaient et où partaient les marchandises.
Enfin dans un troisième temps,
j’étudie les cités, les populations et les métiers
ayant un lien ou des liens avec le fleuve et quels étaient
leurs rapports avec celui-ci. J’essaie donc d’établir
une sorte de « sociologie » des gens de rivière
et des riverains, en tentant de montrer de quelle manière
la Seine a influencé le développement des villes riveraines,
et en présentant les populations ayant un lien avec le cours
d’eau, qu’ils naviguent sur les bateaux ou qu’ils
appartiennent à des professions annexes : charpentiers navals,
fabricants de voiles, plongeurs, pêcheurs, haleurs et autres….
Je tente enfin de voir comment ces métiers vivaient et appréhendaient
le cours d’eau et de quelle manière ils étaient
perçus par la population.
Acquisition de données :
Afin de représenter la zone
sur laquelle porte la recherche, un certain nombre d’informations
spatiales ont été extraites de la «Digital
Chart of the World for use with Arc/Info» mais également
de la « Shuttle Radar Topography Mission
».
La DCW est un produit ESRI, issu
des travaux de l’Université de Pennsylvanie afin de
répondre exactement aux besoins de l’« US Defense
Mapping Agency ». La finalité de cette banque de données
DMA est avant tout militaire et couvre à peu près
75 pays dans le monde. Les informations y sont sous forme de couverture.
Toutefois la qualité et l’homogénéité
des données peuvent varier en fonction du pays. Dans le cas
de la France, les données ne posent généralement
pas trop de soucis.
J’ai utilisé la DCW, version 1993, à l’échelle
1 : 1 000 000, en utilisant la tuile nk11 qui possède une
surface de 5° sur 5° et j’ai retenu les layers 6 :
Drainage (couverture DNNET), 8 : Hypsography (couvertures HYNET
et HYPOINT) et 9 : Hypsography Supplemental (couvertures HSLINE
et HSPOINT).

Fig. 2 : Zone d’étude d’après la DCW :
couverture DNNET de la tuile nk11
La mission SRTM de la NASA, de la
NIMA (National Imagery and Mapping Agency du Ministère américain
de la Défense) et des agences spatiales allemande et italienne
avait pour but d'établir un modèle d'élévation
numérique (MEN) de l'ensemble de la terre. Elle a été
effectuée sur une durée très brève puisque
la mission n’a duré que onze jours du 11 au 21 février
2000.
La mission utilise l'interférométrie radar. Normalement,
on prend pour ce faire deux images radar de localisations peu différentes
afin d'obtenir des informations sur l'altitude. On utilise ici pour
la première fois l'interférométrie single pass
: les deux images sont prises en même temps, l'une à
partir du shuttle lui-même et l'autre à partir d'un
mât de 60 m.

Fig.3
: Zone d’étude (relief) d’après la SRTM
(Shuttle Radar Topography Mission)
Mosaïque de plusieurs dalles disponibles gratuitement : www.2.jpl.nasa.gov/srtm/cbanddataproducts.html

Fig. 4 : Combinaison du TIN réalisé d’après
la DCW (hydrographie ) et de la SRTM (relief)
La modélisation des données
géographiques et le Modèle Conceptuel de Données
La mise en place d’un
Système d’Information Géographique ne peut s’avérer
vraiment efficace, que si une phase d’organisation et de structuration
des réflexions et des problématiques est mise en place
préalablement, afin d’homogénéiser la
base de données.
Enregistrer les informations est sa fonction première, mais
sa finalité est de générer d’autres informations
par analyse spatiale.
Il est donc bien plus qu’une simple base de données.
Pour cela il est donc essentiel de passer par toute une phase de
modélisation :
Les quatre niveaux de
modélisation existants sont :
- la modélisation spatiale : Analyse de la thématique
dont relève la problématique à résoudre
- la modélisation conceptuelle : Détermination de
la structure des données spatiales et aspatiales (thématiques)
selon la méthode H.B.D.S
- la modélisation logique des données : - Conception
et rédaction du Modèle conceptuel de données
- la modélisation physique des données : création
des données spatiales et aspatiales
Dans la conception d'un
système d'information géographique, l’utilisateur
réalise les trois premiers niveaux ; tandis que le dernier
est crée par le logiciel SIG.
Dans le cas du logiciel ARC/INFO, c’est la méthode
UML qui permet de créer le modèle physique de données
qui porte le nom de géodatabase.
Actuellement, en France, le logiciel ArcInfo a la réputation
d’être un logiciel difficile, abscons et inaccessible.
En réalité, il l’est pour les personnes qui,
évidemment ne sont pas des spécialistes de l’analyse
spatiale d’une part, et d’autre part pour les personnes
qui ne pensent pas en terme de phénoménologie, de
topologie pour la structuration de l’information spatiale
et thématique, ou en terme de modélisation spatiale
propre à une discipline : celles qui ignorent les deux premiers
niveaux de modélisation.
En effet, les deux premiers niveaux doivent être pensés
par les utilisateurs et non par les informaticiens. Le logiciel
ArcInfo est un logiciel pour thématiciens dont l’approche
est d’abord spatiale .
Le MCD a pour but d’écrire
de façon formelle les données qui sont utilisées
par le système d’information. Il s’agit donc
d’une représentation des données, facilement
compréhensibles. Cette étape est essentielle puisqu’elle
précède la création de la base de données.
Une bonne structuration des informations ne peut se concevoir sans
avoir établi des problématiques, des hypothèses,
des thématiques et des liens explicites ou implicites.
Le modèle Hypergraph Based Data Structure (HBDS)
a permis de penser le MCD. Cette « Structure de Données
à Base d’Hypergraphes » se fonde sur le concept
d’hypergraphes et sur la théorie des ensembles.
Cette théorie est en mesure de traiter n’importe quel
phénomène ; car au-delà de sa structuration,
il s’agit avant tout « d’une approche phénoménologique
des données et des problèmes » s’appuyant
sur la théorie des graphes et des hypergraphes de C.BERGE.

Fig. 5 : Modèle Conceptuel de Données
Du
Modèle Conceptuel de Données à la Geodatabase
A partir du MCD, le thématicien, pour créer un modèle
physique, doit passer par la mise en place d’une Geodatabase,
c’est-à-dire une base de données spatiales.
Sous ArcGis ArcEditor, dans ArcCatalog, en mode
commande, nous retrouvons une adéquation entre HBDS et le
modèle pensé, configuré de la Geodatabase.
Les liens trouvés dans le MCD peuvent être ensuite
maintenus entre les champs thématiques qui s’inscrivent
dans un référentiel commun.
Il
existe trois méthodes pour créer une Geodatabase,
soit celle que nous avons retenue en nous référant
fidèlement au MCD, soit en important des données déjà
créées dans une Geodatabase existante, soit en utilisant
les outils UML (Unified Modeling Language) et CASE (Computer-Aided
Software Engineering) sous ArcCatalog.
Ce dernier choix symbolise en fait celle du modèle logique.
De la geodatabase à la représentation concrète.
Le processus consiste
entre autres à :
- collecter et numériser les données cartographiques,
iconographiques et historiques anciennes ou récentes portant
sur le sujet,
- à identifier et localiser géographiquement les sites
portuaires, les lieux de rupture de charge et de transbordement,
les gués, les bacs, les hauts fonds, les passages délicats,
les épaves, les voies terrestres, les lieux de production
artisanale, les lieux de consommation, les zones construites, les
agglomérations, les villae…
- transférer ces données sur des cartes numériques
(topographiques, hydrographiques, climatiques…) comportant
un référentiel géographique commun
Basse
vallée de Seine du Pont de la Tournelle (Point Kilométrique
0) à l’estuaire (Point Kilométrique 350)

Fig. 6 : Vue de la zone d’étude avec le réseau
hydrographique et l’ensemble des communes du bassin. Données
fournies par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie provenant
entre autres de la BD CartoÓ de l’IGN.
mais également des cartes anciennes telles que la Carte de
Cassini mosaïquées et géoréférencées
par mes soins :

Feuillet n° 1 (Paris) de la carte de Cassini
-
informer ces cartes avec les données issues entre autres
de la Carte Archéologique de la Gaule qui existe actuellement
pour les départements 75, 76, 27 et 14 (textes, photos, plans
etc.)
- intégrer et confronter ces informations
1 PIROT F. et SAINT GERAND T., ArcInfo: un logiciel pour thématiciens,
bilan de dix années d’expérience de formation
par la recherche dans le secteur des Sciences de l’Homme et
de la Société, conférence francophone ESRI,
thématique : recherche, Issy-les-Moulineaux 2003
2 BOUILLE, 1978
3 L’ensemble de la France a été cartographiée
par la famille Cassini qui a mené une véritable entreprise
scientifique grâce au premier levé systématique
de la France utilisant le principe de la triangulation pour le positionnement
des points afin de constituer un canevas géométrique
(1683-1744). C’est, vers 1730, que Cassini III (C.-F. Cassini
de Thury), se charge de la réalisation d’une carte
« générale » – pour toute la France
– et « particulière » – établie
, au 1/86 400.
En 1756, Cassini III présente la première feuille
imprimée au roi, celle de Paris. Chaque feuille, à
l’échelle du 1/86 400 a pour dimensions 24 pouces sur
35 (soit 65 x 95 cm) ; elle représente sur le terrain 78
x 49 km.
Pour notre enquête sur la Basse Seine, les feuilles qui nous
importent sont les suivantes : Paris, Evreux, Rouen, Yvetot, Lisieux
et Le Havre. Plus les feuilles sont éloignées de Paris,
plus elles ont été réalisées tardivement.
Bibliographie :
- BERGE C., Théorie
des graphes et des hypergraphes, 1970
- BOUILLE F., « Hypergraphes et structures de données
cartographiques : le système HBDS », Conférence
internationale ICA, Université du Maryland, USA, p 19 à
33, 1978
- BUSSON D., Carte archéologique de la Gaule : Paris,75,
sous la responsabilité de M. PROVOST, Académie des
Inscriptions et Belles Lettres, Paris, 1998,
- CLIQUET D., Carte archéologique de la Gaule : l’Eure
27, sous la responsabilité de M. PROVOST, Académie
des Inscriptions et Belles Lettres, Paris, 1993
- DELACAMPAGNE Fl., Carte archéologique de la Gaule : le
Calvados 14, sous la responsabilité de Michel PROVOST, Académie
des Inscriptions et Belles Lettres, Paris, 1990
- DENEGRE J. et SALGE F., Les Systèmes d’Information
Géographique, PUF, Que sais-je ?, n°3122, 1996
- ESRI (Environmental Systems Research Institute), Digital Chart
of the World for use with ARC/INFO software DATA Dictionary, 1993
- PELLETIER M., La carte Cassini. L’extraordinaire aventure
de la carte de France, Paris, Presses de l’école nationale
des Ponts et Chaussées, 1990,
- PIROT F. et SAINT GERAND T., ArcInfo: un logiciel pour thématiciens,
bilan de dix années d’expérience de formation
par la recherche dans le secteur des Sciences de l’Homme et
de la Société, conférence francophone ESRI,
thématique : recherche, Issy-les-Moulineaux 2003
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