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Le
long des côtes françaises, des colonies résidentes
de grands dauphins sont présentes, dont deux situées
en mer d'Iroise, à l'ouest du Finistère (Bretagne).
L'une fréquente les abords de l'île de Sein et l'autre
se trouve dans l'archipel de Molène (Figure 1). L'étude
de leur habitat côtier s'appuie sur la mise en œuvre
d'un SIG afin d'expliquer leur mode d'utilisation de l'espace. Leur
répartition spatiotemporelle est mise en relation avec les
paramètres de leur environnement marin strictement côtier.
Plusieurs études témoignent du rôle joué
par la topographie sous-marine sur la répartition et le mode
d'utilisation de l'espace de certains mammifères marins tels
que le dauphin de Risso (Baumgartner, 1997) et le phoque gris (Thompson
et al., 1991). En mer d'Iroise, deux approches, régionale
et locale, ont été réalisées à
partir des données bathymétriques disponibles en mer
d'Iroise pour caractériser les sites fréquentés
par les dauphins (Gourmelon et al., 2000 ; Liret, 2001 ; Le Berre
et al., 2002). Les
données exploitées sont produites et gérées
par le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine
(SHOM).
A l'échelle locale, l'analyse repose sur la comparaison des
données d'observation du grand dauphin avec les paramètres
bathymétriques. Elle a pour objectif d'évaluer leur
influence sur la répartition de ce mammifère marin
au sein de son domaine vital exigu. L'analyse régionale vise
à caractériser les sites fréquentés
par les dauphins et les zones d'habitat potentiel afin d'en déterminer
la spécificité dans un contexte plus large.

Figure 1 - La mer d'Iroise et les deux sites côtiers hébergeant
des grands dauphins,
l'archipel de Molène et les abords de l'île de Sein.
L'approche régionale
En mer d'Iroise, l'approche régionale s'appuie sur la modélisation
bathymétrique et la classification des variables décrivant
le relief sous-marin, au sein d'un SIG (Le Berre et al., 2002).
Compte tenu de la forte irrégularité de la topographie
sous-marine en mer d'Iroise et du volume de données à
traiter, l'analyse régionale repose sur un modèle
numérique bathymétrique produit par la méthode
de l'inverse des distances à partir duquel une grille de
maille carrée de 500 m est interpolée. Le modèle
produit permet de dégager les grandes structures morphologiques
sous-marines de la mer d'Iroise et de caractériser les zones
d'habitat du grand dauphin selon trois paramètres : profondeur,
pente et orientation des pentes. Trois variables d'hétérogénéité
spatiale sont également produites à partir de ces
facteurs, correspondant à la variabilité locale de
l'orientation sur une fenêtre mobile de 5 mailles de côté,
soit 1500 x 1500 m². Au final, chaque maille de la grille est
décrite par six paramètres topométriques. Trois
seulement sont pris en compte pour réaliser la classification
des fonds de la mer d'Iroise : la profondeur, la pente qui caractérise
l'intensité du relief et l'hétérogénéité
de l'orientation des pentes qui est préférée
à l'orientation elle-même car elle permet de distinguer
les fonds réguliers et irréguliers.
Leur étude met en évidence les observations suivantes
:
- Trois catégories de profondeurs apparaissent nettement,
faibles (moins de 25 m en moyenne), intermédiaires (60
m en moyenne) et importantes (plus de 80 m).
- Deux ensembles de pente variable s'individualisent : les fonds
à pente faible (inférieure à 1% en moyenne)
et les fonds à pente forte (supérieure à
2 % en moyenne). Les valeurs les plus importantes (plus de 4%)
caractérisent les tombants, qui sont bordés dans
leur partie la plus profonde par des zones de pente légèrement
plus faible de l'ordre de 2%.
- L'indice d'hétérogénéité
de l'orientation présente trois gammes allant des fonds
les plus réguliers (valeur moyenne de 40) aux fonds irréguliers
(90). Lorsque les fonds sont plats, on admet que l'hétérogénéité
de l'orientation n'est pas significative.
La classification aboutit à une typologie en cinq catégories
de fonds (Figure 2). Elle permet de distinguer deux domaines de
profondeurs caractéristiques (0-40 m et plus de 80 m), séparés
par des tombants. Ces derniers sont particulièrement marqués
au nord de zone. L'archipel de Molène, délimité
au nord, à l'ouest et au sud par des tombants et à
l'est par le continent, s'individualise nettement au sein de cet
ensemble. Les abords de l'île de Sein, surélevés
par rapport aux fonds environnants, ressortent distinctement. Ses
rebords abrupts et continus sont chapeautés par un étroit
plateau irrégulier, de pente et de profondeur faibles.

Figure 2 - Classification des fonds de la mer d'Iroise (Le Berre
et al., 2002).
En mer d'Iroise, l'archipel de Molène et les abords de l'île
de Sein, fréquentés par des groupes résidents
de grands dauphins côtiers, sont isolés des fonds environnants
par des tombants marqués.
Les caractéristiques morphologiques de ces deux sites correspondent
à l'environnement physique généralement décrit
pour le type côtier de cette espèce, fréquentant
des hauts fonds, plats ou irréguliers (0,5-20 m), délimités
par des barrières géographiques telles que des tombants
contraignant les animaux à l'intérieur d'un espace
(Irvine et al., 1981 ; Klinowska, 1991 ; Norris and Dohl, 1980).
Autour de l'île de Sein, comme dans l'archipel de Molène,
cette limite correspondrait à l'isobathe des 20 mètres,
frontière rarement franchie par les individus (Liret, 2001).
L'approche
locale
L'analyse à une échelle plus fine que celle de la
mer d'Iroise est réalisée sur le site de l'île
de Sein.
Les données d'observation du groupe de dauphins sont reportées
sur une carte quadrillée de la zone, chaque maille ayant
une surface de 0,04 km². Une information synthétique
décrivant la présence ou l'absence d'observation est
associée à chaque cellule de la zone d'étude
comprise à l'intérieur de la limite des 20 m. Les
données morphométriques sont issues d'un modèle
numérique de terrain réalisé à partir
des sondes bathymétriques du SHOM et obtenu par la méthode
de l’inverse des distances. La topographie des fonds sous-marins
est décrite par trois variables dérivées :
la profondeur, la pente et son orientation, calculés à
une résolution spatiale de 50 m (Figure 3). Trois nouvelles
variables d'hétérogénéité spatiale
sont ensuite calculées dans une fenêtre mobile de 200
mètres de côté, qui correspond à la taille
de la maille d’observation des dauphins. Au final, chaque
maille est décrite par six paramètres.

Figure 3 - Organigramme méthodologique pour l’analyse
de la répartition spatiale des dauphins en fonction
de la topographie sous-marine.
La première étape de l’analyse consiste à
produire une couche d’information par fusion des sept couvertures
thématiques initiales. De leur union résulte une couverture
polygonale dont les objets sont décrits par l’ensemble
des attributs thématiques. La seconde étape de la
procédure consiste à extraire du Système d’Information
Géographique les données associées à
ce plan d’information pour le soumettre à une analyse
statistique. La variable dépendante binaire, correspondant
aux observations de dauphins (présence ou absence), est analysée
en fonction des six variables explicatives. La relation entre la
variable dépendante binaire et les variables explicatives
est étudiée à l’aide d’une analyse
de régression de type « logistic » (logiciel
SAS), correspondant au modèle suivant :
Logit (p) = a + bn Xn, avec n variables indépendantes.
Les résultats indiquent que seule la variable « bathymétrie
» a un effet significatif (p < 0,000) avec un coefficient
de – 0,151. Les autres variables ainsi que la constante «
a » présentent une valeur de p supérieure à
0,05, indiquant une influence « marginale ». Tous les
coefficients associés aux variables explicatives sont négatifs,
excepté celui correspondant à l’hétérogénéité
de l’orientation des pentes.
Cela indique que lorsque les valeurs Xn augmentent, la probabilité
de présence des dauphins tend à diminuer. Si l’on
réalise une procédure régressive de sélection
de modèles basée sur le critère d’information
d’Akaike (Akaike’s Information Criteria ou AIC), seules
les variables « bathymétrie » et « hétérogénéité
bathymétrique » ainsi que la constante « a »
sont conservées, toutes présentant une valeur de p
inférieure à 0,00.
Les coefficients de la fonction globale obtenue de probabilité
de présence des dauphins au sein de la zone d’étude
sont réintroduits dans le module Grid du logiciel «
ArcInfo » pour calculer la grille de probabilité d’observation.
Une nouvelle couverture décrivant les potentialités
morphométriques de l’aire d’étude pour
le groupe de dauphins est produite (Figure 4). Les valeurs estimées
par le modèle sont comprises entre 0 et 0,870. La partie
occidentale de l’île, régulièrement exploitée
par les animaux, présente de fortes probabilités,
ce qui concorde avec les observations de terrain. Par contre, les
zones situées au sud et au sud-est, comportant également
des valeurs élevées, sont aujourd’hui peu fréquentées.

Figure 4 – Probabilité d’observation du groupe
de grands dauphins aux abords de l’île de Sein en fonction
des paramètres morphométriques du site.
L’application des coefficients issus de l’analyse statistique
menée aux abords de l’île de Sein aux données
bathymétriques disponibles sur l’archipel de Molène
donne des résultats éloignés des observations
collectées jusqu’à ce jour. Les plus fortes
probabilités comprises entre 0,4 et 0,5 sont concentrées
autour des îles. La zone sud-ouest de l’archipel, au
sein de laquelle les animaux sont régulièrement observés,
correspond à des probabilités inférieures à
0,3.
Un SIG pour les grands dauphins
L'analyse par classification réalisée à l'échelle
régionale montre l’originalité et la spécificité
de la morphologie des espaces côtiers fréquentés
par les deux groupes de grand dauphin en mer d'Iroise.
Appliquée à d’autres sites, la démarche
basée sur la mise en œuvre d’un SIG serait susceptible
de fournir des éléments intéressants pour l’étude
de l’habitat des grands dauphins côtiers le long de
la façade atlantique. Néanmoins, l’application
réalisée sur le site de l’île de Sein
présente des limites ; il apparaît que le modèle
obtenu à l’échelle locale n’est pas transposable
à d’autres secteurs, en tout cas pas à l’archipel
de Molène. Il est cependant essentiel de tenir compte du
fait que ce modèle
n’intègre que les variables topographiques dont les
effets sont plus ou moins significatifs. Or d’autres variables
physiques influencent la répartition des animaux (courants,
nature des fonds). En raison de leur indisponibilité, ces
données n’ont pu être intégrées
dans cette étude. Les paramètres biologiques et anthropiques
jouent également un rôle prédominant. De plus,
tous ces paramètres n’agissent pas de façon
isolée ; ils forment un environnement complexe plus ou moins
favorable aux espèces-proies
des dauphins.
A long terme, la mise en œuvre d'un SIG plus élaboré
permettrait de rassembler et d'analyser l'ensemble des données
concernant la répartition spatio-temporelle des grands dauphins
et les paramètres physiques, biologiques et anthropiques
de leur habitat côtier. Cette approche conduira à la
mise en évidence des caractéristiques du domaine vital
du grand dauphin afin de modéliser leur habitat côtier
et contribuer aux réflexions sur la gestion des espaces marins
hébergeant cette espèce.
Bibliographie
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of Risso's dolphin (Grampus griseus) with respect to the physiography
of the northern gulf of Mexico. Marine Mammal Science 13 (4): 614-638.
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In Populus, J. et Loubersac, L., CoastGIS’99 : Geomatics and
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Irvine, A. B., Scott, M. D., Wells, R. S. and Kaufmann,
J. H. 1981. Movements and activities of the Atlantic bottlenose
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Klinowska, M. 1991. Dolphins, porpoises and whales
of the world. The IUCN Red Data Book. IUCN, Gland. 429 p.
Le Berre, I., Gourmelon, F . et Liret, C. 2002.
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application à l’étude du grand dauphin côtier.
Revue Internationale de Géomatique 12 (3/2002): 337- 354.
Liret, C. 2001. Domaine vital, utilisation de l’espace
et des ressources : les grands dauphins, Tursiops truncatus, de
l’île de Sein. Thèse de doctorat de l’Université
de Bretagne Occidentale, Brest. 155 p.
Norris, K.S. and Dohl, T. P. 1980. The structure
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Thompson, D., Hammond, P.S., Nicholas, K.S. and Fedak, M.A.
1991. Movements, diving and foraging behaviour of grey seals (Halichoerus
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