Figure
3 : L’outil génère des feuilles de mission (chaque
étape correspond à un lieu, un horaire et une série
d’actions comme prendre un conteneur, servir un client ou
vider des déchets à l’exutoire), des cartes
avec les trajets détaillés (sites clients en points
bleus, trajet en rouge), ainsi que le suivi du stock de conteneurs
(chaque ligne correspond au stock d’un type de conteneur –
un 15 m3 – dont la quantité présente au parc
varie au cours de la journée).
Les
tournées sont également retournées vers le
système d’information global, permettant un suivi des
réalisés ou un transfert vers des ordinateurs embarqués
dans les véhicules pour une aide à la navigation.
La
modélisation métier
Pour qu’une solution proposée par l’outil d’aide
à la décision soit réalisable et soit acceptée
par l’agent de planning (l’utilisateur final) ainsi
que les chauffeurs, il faut une modélisation fine du métier
et en particulier des horaires. Les feuilles de mission n’ont
de sens que si les horaires indicatifs ne sont pas trop éloignés
de ce qui sera effectivement réalisé. De plus, une
meilleure utilisation mutuelle des conteneurs – ce que l’outil
permet – implique une meilleure synchronisation entre les
chauffeurs, d’où l’importance supplémentaire
de modéliser correctement les horaires.
De ce fait, outre la prise en compte de contraintes classiques (permis
des chauffeurs, accessibilité des sites par certains véhicules,
horaires d’ouverture ou de rendez-vous, etc.) et de contraintes
spécifiques au métier de la collecte de déchets
industriels (habilitations des chauffeurs, type de conteneur, etc.),
nous nous sommes attachés à modéliser tous
les aspects temporels : les temps opératoires pour les différentes
manipulations de conteneurs (plus complexes qu’un simple temps
de prestation sur un site), les temps de trajet entre les multiples
lieux géographiques et l’évolution des stocks
de conteneurs au cours de la journée.
La
modélisation géographique
Bien entendu, la première étape pour la modélisation
géographique consiste à géocoder l’ensemble
des sites impliqués dans la collecte quotidienne (agence,
dépôts, parcs de conteneurs, exutoires et sites clients).
Suivant la qualité de la base de données commerciale,
ce travail d’initialisation peut être entièrement
automatique ou partiellement manuel. Le plus souvent, il suffit
de corriger l’adresse. Parfois, il est nécessaire de
consulter la carte et de placer le site manuellement (Figure 4).
Figure
4 : Le module de géocodage permet de localiser l’ensemble
des sites impliqués dans la collecte quotidienne. Les adresses
mal orthographiées peuvent être corrigées et
certains sites difficiles peuvent être placés manuellement
sur la carte.
La
deuxième étape consiste à choisir le bon niveau
de détail pour le module de calcul des itinéraires
(distancier). BlueKaizen Industrial Waste prend en compte les éléments
suivants :
- Les profils de vitesse par classe de véhicule : vitesse
moyenne de circulation sur chaque tronçon routier.
- Les conditions de circulation (par tranche horaire) : par exemple
« fluide » la nuit et le matin très tôt,
« dense » le matin (notamment avec des embouteillages
dans le sens banlieue – Paris), « normale » pendant
la journée et à nouveau « dense » en soirée
(notamment avec des embouteillages dans le sens Paris – banlieue).
- Les conditions météorologiques (on roule moins vite
par temps de pluie).
Il
s’agit de trouver un bon compromis entre précision
du modèle, volume de la base de données associée
(une matrice de temps de trajet, de distance et de points de passage
par typologie de distancier) et surtout réalisme du calcul
(si les conditions de trafic sont complètement aléatoires,
alors il est inutile d’avoir un modèle précis).
Il
faut par ailleurs choisir si le calcul des itinéraires doit
privilégier le temps de trajet (qualité de service
et temps de travail) ou la distance (coût kilométrique).
Le
distancier de BlueKaizen Industrial Waste recherche le meilleur
itinéraire entre deux sites en prenant en compte des caractéristiques
standards, présentes dans les données cartographiques
:
- Les types de tronçon routier et les vitesses maximales
autorisées (la vitesse moyenne donnée par le profil
de vitesse étant appliquée)
- Les restrictions (sens de circulation, interdiction poids lourd,
interdiction de tourner)
Mais
d’autres caractéristiques sont également prises
en compte :
- Privilégier les itinéraires avec peu d’intersections
à traverser
- Eviter les franchissements de voie (tourner à gauche)
Enfin,
un module de caractérisation de tronçons routiers
permet d’ajouter des informations souvent absentes des données
cartographiques :
- Les travaux de longue durée (il n’est pas intéressant
de répertorier les travaux de courte durée)
- Les tronçons interdits par arrêté préfectoral,
par exemple au transport de matière dangereuse
La
troisième étape, la plus fastidieuse, consiste à
calibrer ce distancier.
On commence par ajuster les vitesses moyennes par tronçon
routier (profil de vitesses) en fonction de la connaissance des
gens du terrain (notamment les chauffeurs).
Si
certains trajets sont connus (par expérience, par relevé
des disques, voire par suivi GPS), on peut essayer une régression
pour se rapprocher au mieux de la multitude de temps de trajet.
On
peut également utiliser le module de caractérisation
de tronçons routiers, mentionné plus haut, pour rendre
compte de la spécificité de certains itinéraires
(carrefour à embouteillages à certaines heures, nationale
avec beaucoup de feux donc avec une vitesse moyenne réduite,
etc.).
La
gestion des aléas
Le modèle des temps opératoires et celui des trajets
sont très précis mais restent bien entendu théoriques
(statistiques). Il est nécessaire de pouvoir pallier les
aléas, qu’ils soient de simples écarts par rapport
au prévisionnel du fait du trafic routier, ou qu’ils
soient plus importants, comme la panne d’un véhicule
ou l’arrivée d’une nouvelle commande ultra-prioritaire.
L’objectif
de l’outil d’optimisation n’est pas de tout replanifier
de façon optimale mais de trouver rapidement une (bonne)
solution qui intègre la nouvelle contrainte sans trop perturber
le planning en cours. Ainsi, au-delà des fonctionnalités
d’insertion de nouvelle commande ou de modification de ressource,
BlueKaizen Industrial Waste permet de bloquer une partie du planning
(ce qui a déjà été réalisé
par exemple) ou d’orienter la réorganisation du planning.
Conclusion
L’utilisation de l’outil d’aide à la décision
décrit dans cet article a permis des gains économiques
directs substantiels mais également des gains indirects non
négligeables (amélioration de la satisfaction client,
meilleure réactivité du planning, capitalisation du
savoir, sécurisation, visibilité et contrôle
du processus, etc.).
C’est
le résultat de la combinaison d’un moteur d’optimisation
puissant, d’une modélisation métier fine et
d’une ergonomie la plus conviviale possible.
La
modélisation est par ailleurs l’aboutissement d’un
travail de collaboration étroite avec les opérationnels,
pour sa définition, et d’un travail de calibration
sur données réelles, notamment pour les temps opératoires,
dont les temps de trajet.
L’aspect
géographique, à travers l’utilisation du composant
MapObjects, des données cartographiques et des modules MASA,
a été primordial. |