RESUME
La pollution constitue un risque permanent de limitation des ressources
en eaux souterraines. L’urbanisation croissante et le développement
économique contribuent à la dégradation quantitative
et qualitative des eaux souterraines. La protection et la préservation
de ces ressources sont une nécessité de premier ordre
particulièrement dans les zones arides où l’eau
souterraine constitue la principale source hydrique. Ainsi, la cartographie
de la vulnérabilité environnementale des nappes à
la pollution se présente comme un outil efficace pour limiter
et contrôler les risques de dégradation de la qualité
de ces eaux.
Les Systèmes d’Informations Géographiques, représentent
la meilleure méthode pour résoudre les principaux
problèmes dans l’étude de la vulnérabilité
; en effet, ils facilitent la superposition de couvertures de différentes
origines et l’interpolation de données ponctuelles
en couvertures.
Cette méthodologie est appliquée à la nappe
phréatique de Sfax-Agareb. La carte de vulnérabilité
établie montre cinq classes de vulnérabilité
: très faible, faible, moyenne, élevée et très
élevée. La superposition de cette dernière
avec la carte des sources de pollution a permis de préciser
les zones à haut risque de contamination pour les eaux de
la nappe phréatique.
Mots
clés : SIG, vulnérabilité des
aquifères, DRASTIC, risque de contamination.
ABSTRACT
The pollution constitutes a permanent risk of ground water resource
limitation. The increasing urbanization and the economic development
contribute to the quantitative and qualitative ground water deterioration.
The protection and the preservation of these resources are a first-class
necessity particularly in the arid zones where the ground water
constitutes the main hydraulic source. Thus, the cartography of
environmental vulnerability to the pollution of the aquifers was
considered as an efficient tool to limit and to control the quality
degradation risks of these waters.
The Geographical Information Systems represent the better method
to solve the main problems in the vulnerability survey. Indeed they
facilitate the superposition of maps from different sources and
the punctual data interpolation.
This methodology is applied to the water table of Sfax-Agareb. The
constructed map of vulnerability shows five classes: very weak,
weak, average, elevated and very elevated vulnerability. The superposition
of the vulnerability map to the pollution sources map permitted
to specify the zones with a high groundwater contamination risks.
Key
words: GIS, Ground water vulnerability, DRASTIC, contamination
risk.
INTRODUCTION
Dans
l'optique de la gestion des risques naturels et anthropiques, les
systèmes d'informations géographiques (SIG) apportent
des informations localisées et objectives irremplaçables.
Dans un premier temps, ils permettent de gérer une multitude
d'informations de tous types, de les mettre à jour, d’optimiser
leurs échanges et de générer de nouvelles couches
d'informations par le biais de leurs croisements. En second lieu,
ils assurent la restitution des cartes thématiques et les
analyses qui en résultent. Ainsi, il s'agit d'un puissant
outil d'aide à la décision surtout dans le domaine
de la planification et de la gestion des ressources naturelles.
Dans le but d’évaluer la vulnérabilité
environnementale d’une nappe phréatique en zone semi-aride,
on a eu recours à l’usage combiné du modèle
DRASTIC et les systèmes d'informations géographiques
(SIG). Cette méthode se base sur la description et la représentation
de la répartition spatiale des paramètres hydrogéologiques,
climatiques et physiques du système aquifère.
Après avoir identifier la sensibilité de l’aquifère
aux pollutions potentielles, un inventaire des sources polluantes
dans le secteur étudié est effectué afin d’apprécier
les risques de contamination des eaux souterraines.
PROBLEMATIQUE
Dans
la zone de Sfax-Agareb, la pénurie des ressources en eau
est aggravée par la détérioration de leur qualité
sous l’effet des rejets polluants qui dérivent soit
des diverses activités anthropiques (zones industrielles,
rejets non contrôlés des déchets, utilisation
intensive des engrais et pesticides, irrigation par les eaux usées
traitées et la surexploitation) soit de l’insuffisance
d’infrastructures d’assainissement.
Pour faire face à ce danger, une prévision du comportement
du système aquifère permettra de mieux gérer
l’occupation des sols et limiter les conséquences négatives
sur la nappe.
Le Système d’Information Géographique (SIG)
compte parmi les nouvelles techniques informatiques destinées
au domaine de prévision et d’intervention puisqu’il
répond à une problématique de gestion, de planification
et d’aménagement. Le SIG offre les possibilités
de croisement au sein d’une base de données spatialement
référencée de façon à extraire
commodément des synthèses utiles à la décision.
La nappe phréatique de Sfax-Agareb est située dans
le domaine du sahel de Sfax (Sud Est Tunisien). Elle s’étend
sur une superficie totale d’environ 675 km2 (figure.1). La
zone d’étude est caractérisée par un
climat méditerranéen aride à semi aride avec
des influences chaudes du Sahara au Sud et celles fraîches
du Nord et d’Est. Cette région est connue par une faiblesse
des pluies avec une moyenne interannuelle de 210 mm/an.

Figure 1 : Localisation géographique de la zone d’étude.
METHODOLOGIE
Dans
cette étude, le modèle DRASTIC choisi a été
appliqué en utilisant le SIG où une base de données
relationnelle a été crée.
La méthode DRASTIC semble être la plus adaptée
aux contextes hydrogéologiques des nappes phréatiques
en Tunisie. Ce modèle se base sur la répartition spatiale
des paramètres naturels et des propriétés physiques
du milieu.
Les lettres D, R, A, S, T, I et C
désignent respectivement les facteurs : profondeur du plan
d’eau (Depth to water), recharge naturelle
(net Recharge), lithologie de l’aquifère
(Aquifer media), sol de couverture (Soil media),
topographie (Topography), lithologie de la zone
non saturée (Impact of the vadose zone)
et perméabilité de l’aquifère (hydraulic
Conductivity of the aquifer).
L’indice DRASTIC résulte de la somme des scores des
facteurs de vulnérabilité multipliés par leurs
poids respectifs :
Di = Dr Dw
+ Rr Rw + Ar
Aw + Sr Sw
+ Tr Tw + Ir
Iw + Cr Cw
Avec Dr : la ponctuation
(score) attribuée à la profondeur du plan d’eau
et Dw : la pondération
attribuée à la profondeur du plan d’eau.
Cette procédure nous a permis d’obtenir des couvertures
numérisées pour chacun des paramètres de vulnérabilité.
Les
différentes phases de l’élaboration de la carte
de vulnérabilité moyennant le SIG sont décrites
comme suit :
-
Création d’une base de données cartographiques
sous ArcInfo à partir de la digitalisation des cartes géologiques,
hydrologiques, topographiques et pédologiques ;
-
Création d'une base de données sous Microsoft Access
pour les données descriptives afin d’élaborer
les cartes thématiques analytiques tel que la carte des profondeurs
du plan d’eau (figure.2);

Figure 2 : Carte des profondeurs du plan d’eau du bassin versant
de Sfax-Agareb.
-
Etablissement d’un maillage selon la limite de la région
d’étude suivant la répartition des différents
paramètres. La technique consiste à découper
la superficie de la zone d’étude en unités élémentaires
de dimension 400 x 400 m chacune. L’élaboration du
maillage débute par une délimitation du bassin versant
de la zone d’étude et ceci pour identifier ses coordonnées
minimales et maximales qui seront saisies sous Excel de la façon
suivante ; on fixe Xmin comme une constante et on augmente à
chaque fois Y de 400 m jusqu’à Ymax, puis on ajoute
à X 400 et on traite Y comme précédemment jusqu’au
dernier point de coordonnées (Xmax, Ymax). Le transfert de
ces données sous Access permet de présenter la carte
des nœuds sous « Arc-View ». La fonction polygone
de Thiessen génère le maillage qui se présente
sous forme de carreaux où chacun d’eux représente
un centre de gravité appelé « centroide ».
La fonction Xtools d’Arc-View sert à couper le maillage
selon la limite de la zone d’étude (figure.3) ;

Figure 3 : Maillage pour la nappe de Sfax-Agareb.
-
Attribution d’un score pondéré pour chaque maille
selon la méthode DRASTIC pour les sept paramètres,
en respectant leurs répartitions spatiales (figure.4) : Chaque
paramètre se voit attribuer une cote variant entre 1 et 10
en fonction du degré de son impact sur la pollution de l’aquifère.
Ainsi, les aires élémentaires de chaque couverture
numérique sont présentées par des scores spécifiques.
Ces derniers seront pondérés par un facteur multiplicatif
fixe de 1 à 5 qui reflète le degré d’influence
de chacun d’eux dans l’estimation de la vulnérabilité.
La ponctuation et la pondération des paramètres sont
effectuées d’après celles présentées
par Aller et al., 1987;

Figure 4 : Carte de la ponctuation pondérée des
profondeurs du plan d’eau du bassin versant de Sfax-Agareb.
-
Superposition des couvertures deux à deux en additionnant
la somme de chaque aire élémentaire jusqu’à
l’obtention de la carte résultante de la somme des
sept cartes initiales appelée carte de répartition
de l’indice DRASTIC;
-
Elaboration de la carte de vulnérabilité à
partir de la carte de répartition de l’indice DRASTIC
sous forme d’une carte par modèle numérique
du terrain (MNT).
CREATION DE LA BASE DE DONNEES
L’étude
de la vulnérabilité des aquifères est intimement
liée à une connaissance approfondie des données
relatives à la zone concernée. Ainsi, l’évaluation
du risque de pollution des eaux souterraines de la nappe phréatique
de Sfax-Agareb nécessite la récolte des données
des différents paramètres significatifs de la vulnérabilité.
Ces données doivent être sous forme numérique
pour faciliter leur manipulation au sein d’un Système
d’Information Géographique (tableau 1). Cette base
de données nécessite l’utilisation conjointe
de plusieurs logiciels à savoir : Microsoft Excel, Microsoft
Access, ArcInfo 5.0, et ArcView 3.0.
Tableau
1 : Création de la base de données pour la région
de Sfax-Agareb

.
RESULTATS
Etude
de la vulnérabilité
Elaboration
des cartes analytiques
Pour les sept paramètres, les cartes thématiques et
celles numériques sont établies. La ponctuation attribuée
aux facteurs de vulnérabilité est effectuée
selon Aller et al (1987) seulement le paramètre « sol
de couverture » est traité selon Civita (1994). (tableau
2).
Tableau 2 : Systèmes de ponctuation pour les sept facteurs
de vulnérabilité
(Aller et al., 1987 ; Civita, 1994).
Ainsi pour les sept paramètres DRASTIC on note :
-
Profondeur du plan d’eau
La carte des profondeurs du plan d’eau est établie
à partir des relevés du niveau statique de l’année
2003 relatifs aux puits de surface et aux piézomètres
implantés dans la région. Au niveau de la côte,
les profondeurs du plan d’eau sont assez faibles de 1 à
4,5 m, elles augmentent vers l’amont de 31 à 64 m.
-
Recharge naturelle
La carte des isohyètes est établie à partir
des moyennes pluviométriques interannuelles (1981-2003)
des stations qui existent dans la région d’étude
et environnantes. La faible extension géographique fait
que le taux de recharge est pratiquement homogène (de 195
à 221 mm/an).
-
Lithologie de l’aquifère
La lithologie de l’aquifère est tirée des
coupes lithologiques des sondages et des piézomètres
réalisés dans la zone d’étude. Au niveau
de chaque piézomètre, on a calculé la perméabilité
équivalente horizontale des formations lithologiques détectées.
La perméabilité équivalente estimée
varie de 4 10-6 à 3,5 10-3 m/s.
-
Sol de couverture
La couverture pédologique digitalisée servira pour
le paramètre « sol de couverture » dans l’étude
de la vulnérabilité de la nappe. Elle présente
neuf types de sol.
- Topographie
La carte des pentes est déterminée à partir
des cartes topographiques de la zone d’étude. Elle
présente quatre classes de pentes. La classe de pente la
plus faible (0 - 3 %) domine la quasi-totalité du bassin
versant.
-
Lithologie de la zone non saturée
La procédure appliquée pour l’établissement
de la carte de perméabilité équivalente pour
la zone non saturée est la même que celle utilisée
pour la zone saturée. La perméabilité calculée
est verticale. La perméabilité varie de 10-7 à
10-2 m/s. les valeurs les plus élevées sont enregistrées
au niveau de la zone NE de la région d’étude.
-
Perméabilité de l’aquifère
La carte de perméabilité de l’aquifère
est déterminée à partir des valeurs mesurées
de la transmissivité. Ce paramètre présente
une faible variation spatiale (110-7 - 8,610-6 m/s).
Détermination
de l’indice DRASTIC
La superposition des sept cartes pondérées (figure.5)
permet d’obtenir la carte de l’indice DRASTIC qui s’effectue
sur la base d’une combinaison linéaire entre les différentes
valeurs données pour chaque polygone dans la table attributaire
du maillage (figure.6).

Figure 5 : Superposition des sept cartes pondérées
sous ARC-View.

Figure 6: Table attributaire du maillage (0,4 Km).
Le
document cartographique obtenu de l’application de la méthodologie
précité décrit la répartition spatiale
de l’indice DRASTIC (figure.7). Il présente sept intervalles
d’indice DRASTIC. Chaque indice ainsi calculé représente
une évaluation du niveau de risque de contamination de la
nappe aquifère, ce risque augmente avec la valeur de l’indice.

Figure 7 : Carte de répartition de l’indice DRASTIC
de la nappe de Sfax-Agareb.
A
partir de cette carte et à l’aide du module 3D analyst
d’Arc-view, on a pu transformer la carte de répartition
de l’indice DRASTIC en une carte de vulnérabilité
sous forme de modèle numérique de terrain (figure.8),
ce qui a permis par conséquent la transformation des valeurs
numériques en degré de vulnérabilité.

Figure 8 : Carte de vulnérabilité à la pollution
de la nappe phréatique de Sfax-Agareb par MNT.
La
répartition spatiale des classes de vulnérabilité
de la nappe de Sfax-Agareb montre que Les degrés de vulnérabilité
les plus élevés sont localisés essentiellement
dans les plaines de Sfax et la zone NE de la zone d’étude
à l’exception d’une zone de faible vulnérabilité
au voisinage de Thyna. Ceci est expliqué par la faible profondeur
du plan d’eau et la nature des formations lithologiques perméables
relatives dans cette zone.
Les zones à vulnérabilité moyenne occupent
les parties centrales du bassin à part quelques zones où
la vulnérabilité est faible. Au niveau des plaines
d’Agareb, la zone non saturée ainsi que celle de l’aquifère
sont moyennement perméables.
A l’Ouest de la zone d’étude, les bordures du
bassin versant présentent les valeurs de vulnérabilité
les moins élevées. Cette faible vulnérabilité
est due à l’éloignement du plan d’eau
et à la faible perméabilité de la zone non
saturée et de l’aquifère.
Etude
du risque de contamination de la nappe
L’apport
du SIG dans cette étude permet en premier lieu d’aborder
les risques de la pollution des eaux souterraines, et en second
lieu d’aider à limiter ce risque par une meilleure
planification et une intervention efficace sur le terrain afin de
préserver la qualité de la ressource.
La
superposition des éléments concernant les caractéristiques
naturelles de l’aquifère d’une part, les types
d’occupation du sol et les différentes activités
d’autre part permettent de déterminer les zones susceptibles
d’altérer la qualité de l’aquifère.
La
superposition des différentes sources de pollution potentielle
de la nappe de Sfax-Agareb sur la carte de vulnérabilité
(figure.9) a permis d’obtenir la carte de risque (figure.10).
Cette dernière a révélé l’existence
de trois classes de risque : faible, moyen et élevé.
La zone de risque élevé coïncide avec les zones
les plus vulnérables en présence des zones industrielles
et la décharge de Sfax au niveau de la zone NE de la région
et à l’Ouest de celle-ci où l’assainissement
de la région n’est pas encore assuré. Cette
nappe présente un grand risque qui s’étend de
l’aval vers l’amont à l’exception de la
zone extrême Ouest.

Figure 9 : Superposition des différentes sources de pollution
et infrastructures sur la carte de vulnérabilité.

Figure 10 : Carte de risque de la nappe de Sfax-Agareb.
CONCLUSION
La
combinaison du modèle DRASTIC-SIG a permis de présenter
des cartes orientatives ; essentiellement cohérente avec
la réalité de l’aquifère. En effet, une
corrélation nette est observée entre le profil topographique
et la vulnérabilité où les bordures du bassin
versant représentées normalement par les hauteurs
sont les moins vulnérables que les parties centrales du bassin
occupées par les plaines.
La
carte de vulnérabilité établie montre cinq
classes de vulnérabilité : très faible, faible,
moyenne, élevée et très élevée.
La
carte de vulnérabilité et la carte de risque sont
considérées comme des outils d’aide à
la décision en matière d’aménagement
du territoire, elles permettent d’orienter les organismes
intéressés pour assurer une gestion durable de la
ressource en eau souterraine de la région de Sfax-Agareb.
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