Les
résultats présentés ici, s’inscrivent
dans le cadre d'une thèse de Doctorat actuellement en préparation
au Centre d'Anthropologie de l'EHESS de Toulouse. Ce travail, par
l'étude des différents phénomènes d'évolution
des roches siliceuses, doit permettre d’améliorer la
caractérisation des artéfacts présents dans
les sites du Paléolithique moyen (Paléolithique moyen
: de – 250 000 à – 30 000 ans avant aujourd’hui)
du Massif central et de ses bordures.
Les stigmates conséquents des phénomènes mécaniques
et physico-chimiques présents à la surface des silex
préhistoriques permettent de reconnaître leur origine
géologique et gîtologique.
Le silex demeure la roche qui assure une des plus sûres diagnoses
des mécanismes à l’origine des transformations.
Cette démarche autorise une meilleure compréhension
des critères qui ont guidé les hommes préhistoriques
dans le choix de leur approvisionnement. L'objectif final est la
reconstitution du "domaine vital" utilisé au Pléistocène.
Le silex est le témoin privilégié de la circulation
des groupes préhistoriques et de leurs rapports éventuels
avec d’autres populations.
Introduction
:
L’étude de la provenance des matériaux est depuis
longtemps considérée comme indispensable à
la connaissance des déplacements humains au Paléolithique.
Après plusieurs travaux de la fin du XIXème siècle
et du milieu du XXème siècle, ce n’est qu’en
1970 qu’apparaît le terme de pétroarchéologie.
Cette discipline essaie à l’aide de méthodes
utilisées en pétrographie cristalline et sédimentaire
de répondre à de nombreux problèmes archéologiques
relatifs à leur nature, leur provenance et leur utilisation.
Les premières études systématiques furent entreprises
par des néolithiciens polonais et français. Parallèlement
à partir des années 70, un certain nombre de travaux
des paléolithiciens français s’inscrivent dans
un renouveau de l’intérêt pour les matières
premières.
Tous ces travaux se sont avérés essentiels pour comprendre
l’évolution des silex de leur contexte sédimentaire
initial à celui de leur intégration à une formation
secondaire.
Ce
sont ces approches associées aux travaux récents de
géomorphologie et de pédologie que nous avons intégrés
aux méthodes classiques d’observation et d’analyse,
afin de construire une pétroarchéologie qui tienne
compte des conditions de genèse et d’épigenèse
de la silice.
Problème
de caractérisation:
L’élément principal qui ressort de la plupart
des travaux de pétroarchéologie est la difficulté
d’établir des corrélations entre la pièce
archéologique et l’échantillon géologique
en utilisant strictement une approche pétrographique, celle-ci
peut être complétée par une étude micropaléontologique
qui lève les ambiguïtés chrono-stratigraphiques.
Le constat est clair : les examens pétrographiques même
associés à d’autres méthodes ne répondent
que partiellement à un grand nombre de questions.
On
privilégie l’association de méthodes de caractérisations
macroscopique, pétrographiques, géochimiques, mais
elles s’avèrent insuffisantes pour obtenir une signature
univoque pour tous les gîtes primaires et totalement inadéquate
pour aborder la diversité des types présents dans
les sources secondaires qui sont pourtant des lieux de collectes,
en tous cas pour le Massif central et le sud du Bassin parisien.
La
palette d’observations apparaît donc incomplète
: les artéfacts ne sont considérés que comme
des matériaux de synthèse, leur évolution n’est
le plus souvent qu’effleurée. La majorité des
travaux s’orientent vers la caractérisation géochimique
des sources de silex afin de constituer des bases de données
mais ces dernières sont sans liens véritables avec
la réalité évolutive du silex. La description
des rapports entre l’échantillons et son milieu de
prélèvement est totalement absente.
Aucune étude permettant de suivre les différents transports
du silex à partir du gîte primaire n’a été
publié à ce jour. Pourtant cette direction nous a
semblé dès le début riche d’enseignements.
Le
facteur le plus important qui en découle est méthodologique,
le principe initial est simple : il faut intégrer le plus
d’éléments pertinents possibles ; l’interdisciplinarité
au secours d’une problématique complexe. Une lecture
des indices enregistrés par les silex et autres associations
de minéraux siliceux, pour une utilisation pertinente des
différentes approches quantitatives et qualitatives.
1.
Mise au point méthodologique :
Notre approche innovante cherche à optimiser les possibilités
d’une méthode conventionnelle à laquelle on
intègre un historique des transformations. Comment relier
des éléments qui ont une histoire géologique
différente sans en tenir compte ? Comment raccorder un type
prélevé dans un gîte primaire à un artéfact
qui a été transformé dès le début
de son extraction ?
Les
silex se définissent par l’organisation de leurs composants
minéraux, chimiques, micropaléontologiques et par
la description d’une évolution complexe qui débute
dès leur première cristallisation. Le choix de notre
méthode a été guidé par le souci de
mieux préciser l’emplacement des collectes et notamment
sur les gîtes secondaires. Un artéfact n’est
pas seulement une entité pétrographique, l’état
de ses surfaces est un révélateur indispensable. Les
effets de l’altération sont les témoins des
rapports successifs et/ou concomitants entre la qualité variable
des agents actifs (l’air et l’eau), et la composition
du dépôt originel ou des formations secondaires.
La
pétroarchéologie telle que nous l’entendons
n’est pas seulement comparer un artéfact récolté
dans un niveau archéologique (à la sédimentogenèse
complexe), avec un échantillon géologique ne contenant
que très peu de traces d’altérations, mais plutôt
de reconnaître à la surface du premier les effets de
l’ensemble des phénomènes postdiagénétiques
qui l’ont affectés. L’ensemble du décryptage
des stigmates de la pièce archéologique doit permettre
de la replacer à une phase plus ou moins "avancée"
de son épidiagenèse au sens large et par ce biais
lui donner une origine non seulement stratigraphique mais surtout
paléoenvironnementale.
Dans
le cadre d’une problématique archéologique la
recherche du gîte primaire n’est qu’incomplètement
discriminante. Seule une vision globale de la chaîne évolutive,
c’est à dire l’intégration de la notion
"type gîtologique" autorisera sans doute une meilleure
appréciation des collectes. La localisation d’un silex
archéologique quoi qu’on en dise n’est tout de
même que très rarement identifiable à son milieu
de formation (son étage géologique), le but n’est
pas d’orienter la recherche vers la seule définition
de l’étage géologique mais bien de retrouver
des lieux d’approvisionnements préhistoriques.
Notre
approche se fonde donc sur les caractéristiques génétiques
des silex et leurs modifications. Elle intègre des considérations
stratigraphiques, paléogéographiques et "altérologiques".
La conjonction des ensembles de caractères pertinents (état
des surfaces, texture du silex), réduit considérablement
la marge d’erreur.
Nous
étudions les mécanismes et les processus qui transforment
les phases siliceuses à basse température et ceci
à partir de l’analyse des échantillons prélevés
dans les différents milieux. Dans un premier temps, l’accent
sera porté sur l’acquisition de données pétrographiques
par l’observation à plusieurs échelles, comprenant
en particulier des caractères "altérologique".
La composition pétrographique résultat de la diagenèse
et des processus épidiagénétiques révèle
le type de milieu originel mais aussi le milieu de collecte.
Afin
d’évaluer les processus de formation et de transformation
des silex, nous avons distingué trois grandes phases de cette
évolution. Ces stades de l’histoire du matériau
peuvent être cernés en aval de la définition
précise des gîtes :
- la phase prédétritique (absence d’activités
mécaniques), qui correspond à toutes les modifications
antérieures à la surrection définitive,
- la phase prédépositionnelle qui correspond aux activités
altéro-détritiques avec ou sans transport, avec ou
sans enfouissement secondaire postérieure à la mise
à l’affleurement et antérieure au ramassage
par l’homme préhistorique,
- la phase post-dépositionnelle qui correspond aux activités
altéro-détritiques régies par la sédimentogenèse.
En
résumé, l’intérêt pour les phases
détritiques et le comportement face aux altérations
est constant mais trop discret dans le cas des études de
provenances des silex. Nous nous inscrivons en fait dans la suite
logique des travaux de Masson et de Séronie-Vivien, les altérations
superficielles ou plus pénétratives sont des mécanismes
essentiels qui modifient les phases minérales qui composent
le silex. Au vue de ces transformations complexes une approche pétroarchéologique
a été adoptée. Elle s’appuie sur une
plus large palette d’observations qui serviront de bases à
des analyses cette fois replacées dans la chaîne évolutive
et donc mieux maîtrisées.
1.1
Le recueil des données :
Le facteur le plus important de cette méthodologie est d'intégrer
le plus d’éléments pertinents possibles par
une lecture des indices enregistrés par les silex et autres
associations siliceuses pour une utilisation pertinente des différentes
approches quantitatives et qualitatives.
Figure 1 : Méthodologie
1.1.1
Nomenclature des gîtes :
Pour caractériser les types de sources, nous avons utilisé
la nomenclature suivante :
- primaire : silex in situ, toujours rattachée à sa
roche porteuse,
- primaire évolué : les silex détachés
de leur roche porteuse mais ramassés au voisinage,
- secondaire : silex sans contact avec son encaissant d'origine;
il contient des éléments provenant d'un même
gîte primaire et résulte de l'action d'un ou de plusieurs
mécanismes géologiques ayant affecté le gîte
primaire,
- secondaire évolué : il contient des silex d’origine
multiple.
Une attention toute particulière est en outre portée
aux gîtes avec indice d'extraction et/ou atelier(s) de taille
: ils permettent en effet de renforcer les propositions de provenance
des matières retrouvées dans les sites archéologiques.
1.1.2
Définition des types :
C’est donc le processus génétique du silex (syngenèse,
diagenèse ou épigenèse) qui détermine
les types et les transformations secondaires (dues aux phénomènes
d’altération puis altéro-détritique),
qui permettent de créer des sous types que nous appelons
types gîtologiques. Il peut donc exister plusieurs types gîtologiques,
donc plusieurs lieux de collecte, par type génétique.
Figure 2 : Définition des types
Il convient toutefois, dans une perspective strictement archéologique,
de bien faire la part des transformations post-dépositionnelles
intervenues dans le site étudié car seuls les indices
antérieurs ont semble-t-il plus ou moins justifié
les collectes par l’homme préhistorique.
Ce
protocole est possible à mettre en œuvre car la grande
majorité des silex étudiés conservent des zones
qui portent encore des stigmates ou des patines des phénomènes
géologiques et climatiques acquis antérieurement à
leur collecte. Le fait a été remarqué dans
plusieurs types de remplissages (en milieu carbonaté ou volcanique)
les phénomènes dus à la sédimentogenèse
ne modifient pratiquement pas les stigmates prédépositionnels
(antérieurs à la collecte). La patine blanche par
exemple, étudiée à Payre dans l'Ardèche,
ne s’installe jamais sur les néo-cortex.
Elle
comporte trois étapes successives et s’applique à
tous les types de silex (figure 1) :
- L’inventaire des ressources,
- L’observation de la silice à plusieurs échelles
et sa description détaillée,
- Les analyses physico-chimiques.
La
précision du mode de prélèvement, l’adéquation
aux types de silex feront la valeur des déterminations de
provenance. La discipline se construit ici, nous tachons de trouver
le moyen de relier l’artéfact à un échantillon
géologique. Pour cela nous devons utiliser deux protocoles
différents : un pour les gîtes primaires, l’autre
pour tous les types de gîtes secondaires.
1.1.3
Mode de prélèvement en gîte primaire et préparation
de l'échantillonnage aux observations et aux analyses :
Un échantillonnage détaillé des affleurements
est effectué, aucun gîte n’est privilégié,
seuls les matériaux siliceux impropres à la taille
sont exclus du protocole mais tout de même inventoriés.
Dans les formations d’origine marine ou continentale on utilise
le même protocole : dans chaque horizon, on échantillonne
à l’affleurement et le plus profondément possible
dans la formation afin d’éviter au maximum une quelconque
pollution (organique ou minérale. Les prospections entamées
dans les années 1980, couvrent aujourd'hui la presque totalité
de la zone d’étude, à ce jour seulement 20%
des gîtes ont été échantillonnés
selon nos méthodes et nous avons pour le moment exclu du
protocole certains silcrètes à genèse trop
complexe.

Figure 3 : Exemple de gîte primaire
1.1.4 Mode de prélèvement en gîte secondaire
et préparation de l'échantillonnage aux observations
et aux analyses :
Les gîtes secondaires sont échantillonnés à
des distance variable du gîte primaire en fonction du contexte
géologique et géomorphologique selon un axe de dispersion
par les agents d’érosion.
Ce protocole est basé sur le ramassage de 50 échantillons
au minimum par gîte secondaire. Nous définissons pour
chacun le type de transport et le dépôt à l'origine
de la formation étudiée, la position de cette dernière
par rapport aux autres formations, la morphologie et les surfaces
des matériaux siliceux transportés, leur histoire
génétique et altéro-détritique. A ce
jour, seulement 20% des gîtes secondaires ont été
échantillonnés selon notre protocole. En revanche,
si nombre de sources sont déjà identifiées,
aucune n’était suffisamment décrite au regard
de notre protocole.
Cette démarche consiste à étudier une série
d’échantillons d’un même type de silex
jalonnant un parcours d’épandage et d’altération
à des moments différents au sein de sa chaîne
évolutive. Il s’agit de constituer une série
de référents complémentaires à la seule
détermination pétrographique ou chimique.
Pour chaque gîte secondaire nous avons réalisé
:
- un enregistrement photographique de la formation contenant des
silex,
- un enregistrement photographique de la surface de chaque échantillon
à différentes échelles qui constitue un référentiel
« image » utile par la suite pour l’identification
des surfaces néo-corticales des pièces des sites archéologiques,
- l’étude de l’état de surface donne au
résultat un poids statistique qui arrive à contrebalancer
le peu de surface originelle conservée par chaque objet préhistorique,
- la description des associations de stigmates et leur implantation
à la surface de l’échantillon.
Pour
cela nous avons divisé les surfaces en 4 zones : les sommets
qui conservent le plus souvent des marques de détachements
(les plus anciens), les arêtes qui sont fortement affectées
par l’abrasion et toujours les plus émoussées
ou plus lustrées, les surfaces planes et les surfaces concaves
qui enregistrent les phénomènes abrasifs lourds.
Pour le régime altéro-détritique en contexte
fluviatile, nous avons observé des rapports complexes entre
détachements imputables à des chocs (perte de matière)
et effacement de ces stigmates par un ensemble de phénomènes
abrasifs mécaniques et chimiques. Les processus chimiques
incorporent de la matière en surface par phénomène
de coalescence et déterminent en partie les faciès
colorés et les brillances des néo-cortex.
Tous ces caractères permettent de distinguer les modèles
épidiagénétiques suivants :
- de surface,
- fluviatile ancien,
- fluviatile récent,
- fluviatile atypique,
- de colluvions...
Une étude poussée des matériaux affectés
nous autorise parfois à identifier des stades au sein de
chacun de ces différents régimes.
Le
but est de disposer d’un référentiel suffisamment
large et représentatif, pour permettre de suivre au plus
prés les différentes étapes successive des
transformations, et d’établir une chronologie des évènements.
Chaque état cortical bien défini représente
un témoignage particulier de cette évolution. La diversité
des états de surface devient une alliée indispensable
dans la recherche de la provenance du silex. La "polygénie"
altéro-détritique n’est pas aléatoire
elle présente des associations et des successions logiques
de stigmates, certes chaque bloc enregistre sa propre histoire mais
chaque type d’environnement impose une série de traits
communs, pour une zone géographique.
Ce type de prospections plus méthodiques qu’exhaustives
nous permet d’enregistrer pour une région donnée,
une partie des phénomènes qui ont affectés
les silices avant leur collecte par les hommes Préhistoriques,
sachant que les sites stratifiés ou de plein air conservent
les surfaces prédépositionnelles. Bien sur le cas
des sites de plein air est différent puisque des phénomènes
détritiques plus lourds existent après l’abandon
dans le site.
Ayant
enregistré pour chaque gîte en position secondaire
les associations de stigmates et les formes d’altération
la conjonction devient possible avec les informations concernant
les surfaces néo-corticales des pièces d’un
outillage préhistorique examiné selon le même
protocole.
Notre inventaire des sources minérales d’une région,
ici le Sud-Est du Massif central, n’est pas seulement un pivot
stratigraphique des matériaux siliceux.
Par l’archivage des matériaux d’une même
séquence évolutive, témoignée en particulier
par ces états de surface, la lithothèque devient un
véritable référentiel au service de archéologues.
1.2
La mise en forme des données sous le SGBD File Maker :
Chaque échantillon étudié fait l’objet
d’une saisie dans une base de données (type FileMaker
Developer 6), qui autorise un traitement élaboré.
Le choix des rubriques illustre une combinaison raisonnée
de moyens de caractérisation.
Si la première mise au point s’est faite à partir
de certains travaux antérieurs, les critères définitifs
ont été définis peu à peu par l’observation
des silex.

Figure 4 : Exemple de fiche sous FileMaker 6
Les
différentes rubriques de saisie des valeurs pour chaque échantillon
correspondent aux trois niveaux d'observation précédemment
mentionnées :
- examens macro et mésoscopique (cortex, éléments
figurés, matrice)
- examens au microscope optique (medulla, zones endo-corticale et
corticale),
- examens au MEB (cortex, medulla, bioclastes), sur pièce
brute ou sucre poli.
A partir des valeurs enregistrées à l'aide de la fiche
FileMaker pour 275 enregistrements représentant plus de 400
gîtes inventoriés, une exportation de ces données
a été réalisée au format .slk puis une
importation a été réalisée à
partir d'AcView 9. Différents choix cartographiques ont été
utilisés afin d’améliorer notre connaissance
des types de silex affleurant dans un secteur donné.
Par
ailleurs, sous EXCEL, des tableaux croisés dynamiques ont
été réalisés pour les sites de Sainte-Anne
(Haute-Loire) et de Payre (Ardèche). Cette démarche,
a permis de mettre en évidence les relations entre les pièces
archéologiques trouvées lors des fouilles (outils
préhistoriques) et les échantillons géologiques
collectés par nos soins, autrement dit la reconstitution
des phénomènes prédépositionnels.
Dans une seconde étape, elle a permis d'évaluer l'évolution
et les déplacements de ces outils après leur abandon
par l’homme préhistorique dans les sites archéologiques,
baptisés phénomènes postdépositionnels.
3
Premiers résultats :
3.1 Représentations à l'échelle régionale
et locale (exemple du quart sud-est du Massif central) :
Voici plusieurs représentations cartographiques produites
à l'aide d'ArcView 9 soit en représentant les gîtes
seuls, soit en les représentant avec d'autres données
pétrographiques, cartographiques (altimétrie, formations
géologiques sélectionnées et numérisées
à partir des cartes scannées au 1:50 000 du BRGM).

Figure 5 : Carte des gîtes d'approvisionnement et formations
géologiques numérisées à partir des
fichiers SCAN50 du BRGM : région de Marvejols

Figure 6 : Carte des gîtes d'approvisionnement et formations
géologiques numérisées à partir des
fichiers SCAN50 du BRGM : région de Bollène
Les cartes ci-dessus autorisent la localisation des formations à
silex et des gîtes échantillonnés, sur la bordure
méridionale du Massif central. Nous nous attacherons à
représenter non seulement les différents affleurements
mais aussi l’ensemble des niveaux contenant des silex en place
ou remaniés.
Dans un premier temps, il s’agit d’établir une
cartographie précise des formations géologiques livrant
du silex aux alentours des sites archéologiques. Il faut
par la suite juxtaposer les différents résultats afin
de tenter de trouver une origine aux pièces archéologiques
exogènes. La prise en compte de ces dernières impose
une vision élargie dépassant les limites internes
du Massif central.

Figure 7 : Carte des gîtes d'approvisionnement
sur un fond de tranches d'altitude issues de la BD ALTI de l'IGN
Ce type de représentation va permettre la restitution hypothétique
des voies de circulation autour et vers l’intérieur
du massif. Sur cette carte nous avons représenté la
totalité des gîtes enregistrés. Il faudra dans
une seconde étape représenter uniquement les gîtes
dont les matériaux ont été formellement identifiés
sur les sites étudiés. Même si le nombre de
sources reste toujours très difficile à évaluer,
une caractérisation des types de silex combinée à
une étude typo-technologique permet de retrouver ou non les
indices d’une gestion différenciée des matières
siliceuses utilisées.

Figure 8 : Carte des gîtes d'approvisionnement :
classification par types de gîtes
Cette carte est d’un intérêt primordial : elle
va autoriser à l’échelle de chaque grande formation
primaire la visualisation des différents types de transports
ou de déplacements, à l’origine d’une
partie des modifications subit par les silex.
En outre, elle permet de mettre en évidence le caractère
polygénique d’un grand nombre de sources.
Le but final est de distinguer les types de gîtes et de déterminer
en leur sein, pour chaque famille de silex, un ou plusieurs modèles
altéro-détritiques.
Dans un premier temps nous utilisons une nomenclature générale.
Il faut par la suite faire intervenir la dimension historique. Ce
type de démarche va permettre d’établir des
cartes de zones de collectes potentielles, par catégorie
de silex (type génétique). La prise en compte des
états de surface autorise une meilleure connaissance de la
variabilité dynamique des ressources minérales (type
gîtologique).

Figure 9 : Carte des formations géologiques des silex présents
sur le site de Payre
Cette carte représente uniquement les formations géologiques
porteuses des silex formellement identifiés sur le site de
Payre (Ardèche). La très grande majorité des
matériaux trouvés dans ce site proviennent de la zone
la plus proche à vol d’oiseau (moins de 30 kilomètres).
Une faible proportion doit être rattachée à
une zone plus éloignée (entre 30 et 60 kilomètres
voire au-delà). A ce jour, le franchissement du Rhône
paraît tout à fait probable mais il n’a pas été
encore formellement démontré.
Conclusion
:
Les divers résultats obtenus grâce à ces outils
sont significatifs, tant par la qualité des différentes
localisations de gîtes que par la visualisation des rapports
entre matière siliceuse et phénomènes d’érosion
et de transport.
Certes le travail entrepris n’est que dans sa phase initiale,
mais il offre déjà quelques axes intéressants.
Au Paléolithique moyen, dans le Massif central et sur ses
bordures méridionales, la majorité des sources d’approvisionnements
sont locales. Elles sont comprises dans un rayon inférieur
à 30 km.
Pourtant, les études antérieures comme les nôtres
mettent en évidence des liens entre les sites archéologiques
et des zones lointaines (plus de 100 km).
Pour l’intérieur du massif, la rareté des éléments
exogènes ne permet pas de constituer de grandes théories
sur les déplacements. Mais il est difficile de voir chez
les hommes fossiles du paléolithique moyen du sud du Massif
central une organisation paléosocio-économique totalement
autarcique ou même régionale. Ces matériaux
étrangers permettent d’esquisser des voies de circulation
plutôt que d’approvisionnement. Le domaine vital, dès
cette époque apparaît vaste : de la Truyère
à l’ouest, à la vallée du Rhône
à l’est, et peut-être au-delà ; de la
Grande Limagne au nord, jusqu’au domaine ardéchois.
Des liens entre le Massif central et la vallée du Rhône
pourraient être établis grâce à la présence
de silex barrémo-bédoulien dans les niveaux de Sainte
Anne 1 et Baume Vallée (Haute Loire).
Remerciements :
Nous exprimons nos très vifs remerciements tout d’abord
à J.P Raynal pour avoir initié et suivi ce travail
de recherche sans jamais cesser de prodiguer conseils et soutien
moral ; à R. de Bayle des Hermens, A. Debard, E. Defive et
A. Quinqueton qui nous ont communiqué des observations de
terrain inédites, à M.-H. Moncel pour une fructueuse
collaboration à l’étude des séries ardéchoises,
à M.R. Séronie-Vivien, P.Y. Demars, et F. Fröhlich
qui ont accepté de confronter leurs idées aux nôtres
et de s’associer à nos travaux en cours, à G.
Poupeau et F.X. Le Bourdonnec qui nous ont permis d’accéder
à la dimension analytique à haute résolution
et avec lesquels se développe une collaboration d’ores
et déjà mutuellement bénéfique et des
plus conviviales.
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