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Résumé
La fièvre de West Nile est une arbovirose, transmise essentiellement
par des moustiques. Les oiseaux sauvages sont les hôtes-rérvoirs
principaux. La plupart des mammifères, dont l’homme
et le cheval, ne constituent qu’un cul de sac épidémiologique,
et la maladie se traduit alors par des formes variables allant de
l’infection asymptomatique au décès. Les chevaux
semblent particulièrement sensibles et sont souvent considérés
comme les révélateurs de la circulation du virus.
En Camargue, le cheval est un animal sentinelle pertinent pour l’étude
de la circulation du virus de West Nile. Il est présent toute
l’année en élevage extensif et rentre ainsi
en contact avec les acteurs du cycle viral (oiseaux, moustiques),
dans les zones sèches et les zones humides. Il présente
une densité de population importante. Les cas cliniques sont
diagnostiqués avant l’apparition de cas cliniques chez
l’homme.
Le virus de West Nile a été identifié pour
la première fois en France lors d’une épizootie
équine, dans la région de Beaucaire Tarascon, dans
les années 1960. Une nouvelle épizootie a ensuite
eu lieu en 2000, qui a montré que la répartition des
cas équins n’était pas liée spécifiquement
à un milieu humide ou semi-humide, mais en zone de garrigue,
où la densité de vecteur est plus faible. L’hypothèse
admise est que le virus, après une phase d’amplification
en zone humide, disperserait dans l’arrière pays gardois.
La dissémination du virus en zone sèche ne peut pas
être le fait des vols des moustiques, compte tenu des distances
maximales parcourues par ces insectes. Les oiseaux pourraient jouer
ce rôle de disséminateurs dans la région camarguaise.
Cette hypothèse n’est cependant pas exclusive d’un
impact des déplacements de chevaux durant la période
estivale. En effet, pour tenir compte des contraintes environnementales
de la région, l’alimentation des chevaux camarguais
est basée essentiellement sur l’utilisation tournante
de pâturages naturels (marais, sansouires), qui ne peuvent
pas être mis en culture. Ainsi, les déplacements des
chevaux à l’intérieur du territoire régional
contribuent à déterminer la forme des patterns épidémiques.
L’objectif général du travail est d’évaluer
le risque d’émergence virus du West Nile pour des chevaux
résidant en Camargue. Ce risque comprend le risque lié
à l’exposition dune part (oiseaux et moustiques infectés
et le risque lié la vulnérabilité des chevaux
d’autre part (distribution spatiale et statut immunitaire).
Au cours de cet exposé nous présenterons dans une
première partie la répartition spatio-temporelle des
cas de Fièvre de West Nile diagnostiqués chez les
chevaux en 2004. La seconde partie porte sur l’analyse des
déplacements des chevaux, et des contacts avec les milieux
à risque, cest à dire favorables à la transmission
vectorielle du virus de West-Nile. L'utilisation du SIG a permis
d'élaborer des hypothèses sur les conditions environnementales
favorables d’émergence de la Fièvre de West
Nile en région Camargue. Ces travaux visent au développement
d'outils de surveillance et d'aide à la décision pour
les autorités sanitaires.
INTRODUCTION
La surveillance des maladies infectieuses représente aujourd’hui
une part non négligeable de l’activité vétérinaire.
Des épisodes épidémiques récents ont
démontré l’importance de l’identification
précoce de maladies émergentes chez l’homme,
constituées pour la plupart par des zoonoses. Les agents,
touchant de nouvelles populations, évoluent par mutations,
recombinaisons ou réarrangements, et révèlent
une plasticité de leurs génomes qui leur permet de
s’adapter au polymorphisme génétique de leurs
hôtes humains et animaux. La faune sauvage et l’élevage
extensif peuvent présenter les caractéristiques de
réservoirs de ces zoonoses ou au contraire celles de victimes
d'une infection transmissible à l'animal domestique ou à
l’homme. Les zones humides, tropicales et méditerranéennes,
constituent un point d’entrée privilégié
des maladies infectieuses, notamment vectorielles, transmises par
l’avifaune.
L’objet de cette présentation est de discuter de certains
aspects méthodologiques particuliers liés à
la surveillance d’événements rares, comme dans
le cas de maladies émergentes. La fièvre de West Nile
est choisie comme un exemple de maladie dont la transmission est
étroitement liée aux conditions environnementales.
DEFINITION
ET HISTORIQUE
La fièvre de West Nile est une arbovirose, transmise essentiellement
par des moustiques. Les oiseaux sauvages sont les hôtes réservoirs
principaux. La plupart des mammifères, dont l’homme
et le cheval, ne constituent qu’un cul de sac épidémiologique,
et la maladie se traduit alors par des formes variables allant de
l’infection asymptomatique au décès. Les chevaux
semblent particulièrement sensibles et sont souvent considérés
comme les révélateurs de la circulation du virus.
En Camargue, le cheval est un animal sentinelle pertinent pour l’étude
de la circulation du virus de West Nile. Il présente une
densité de population importante. Les cas cliniques sont
diagnostiqués avant l’apparition de cas cliniques chez
l’homme.
Les cycles de transmission principaux, oiseaux – moustiques,
se déroulent le plus souvent au sein de zones humides comme
les delta du Danube (Roumaine), du Guadalquivir (Espagne), ou du
Rhône. La Camargue est de plus une zone géographique
carrefour de nombreux trajets migratoires qui voit une multitude
d’espèces aviaires y séjourner pour des durées
variables : les oiseaux s’arrêtent pour se reposer avant
de reprendre leur migration, nichent pour se reproduire avant de
passer l’hiver sous des climats plus chauds ou hibernent après
leur saison de reproduction. Bordée par la méditerranée,
traversée par le Rhône, la région présente
un profil mixte. Les zones humides, traversées de canaux,
de roubines, d’étangs, et de marais, sont constituées
de rizières, de roselières, de sansouires et de prairies
humides qui sont d’excellents biotopes pour le développement
de l’entomofaune. Le cheval est omniprésent dans cette
zone. Il est présent toute l’année en élevage
extensif et rentre ainsi en contact avec les acteurs du cycle viral
(oiseaux, moustiques), dans les zones sèches et les zones
humides. Dans cette région se concentrent donc tous les acteurs
du cycle, ce qui fait d’elle un endroit propice à l’émergence/
ré - émergence de la fièvre de West Nile.
Le virus de West Nile a été identifié en France
pour la première fois lors d’une épizootie équine
dans les années 1960 (Hannoun, 1969). Deux foyers avaient
été identifiés, l’un en zone sèche,
l’autre en zone humide. Jusqu’en 2000, un système
de surveillance passif, basé sur le diagnostic des cas par
les vétérinaires praticiens et par le laboratoire,
était en place. En 2000, une nouvelle épizootie a
eu lieu, 75 cas équins ayant été confirmés
et 21 chevaux sont morts (Murgue, 2001). Les cas humains sont restés
rares et peu documentés (Hannoun, 1964). L’épizootie
de 2000 en Camargue a montré que la répartition des
cas équins n’était pas liée spécifiquement
à un milieu humide ou semi-humide (Durand, 2002). Au contraire,
la majorité des cas furent rencontrés en zone de garrigue,
où la densité de vecteur est supposée faible
du fait des démoustications pratiquées chaque année
par l’Entente Interdépartementale de Démoustication.
Une enquête sérologique effectuée dans la population
équine après l’épisode 2000 a permis
d’estimer la prévalence des infections inapparentes.
Tous les chevaux présents dans un rayon de 10 km autour d’un
cas ont été prélevés. Sur 5.107 chevaux
testés, 8,5% étaient positifs au test ELISA en IgG,
signant une infection plus ou moins récente.
Les inconvénients d’un système de surveillance
passif sont que les infections subcliniques ne sont pas diagnostiquées
et que le taux de déclaration des cas aux autorités
sanitaires peut parfois s’avérer faible. Depuis 2001,
et suivant les directives des autorités sanitaires nord-américaines
(Fiure 1), le système de surveillance de la maladie de West
Nile comporte des volets passifs et actifs. La surveillance active
est définie par la mise en œuvre d’actions périodiques
menées par les autorités sanitaires, visant à
recueillir des informations sur la prévalence ou l’incidence
d’une maladie dans une population donnée.
Figure
1 : Sensibilité estimée des méthodes de surveillance
de l’infection à virus West Nile dans le contexte américain
(Centers for Diseases Control and Prevention, USA, 2003)
Le système de
surveillance est resté passif pour les humains et les chevaux,
avec une sensibilisation des médecins, hôpitaux et
vétérinaires aux signes cliniques de l’infection.
Une surveillance active a été instaurée pour
les moustiques, avec la mise en œuvre de protocoles de capture
et d’analyse par RT-PCR (Reverse Transcriptase – Polymerase
Chain Reaction) pour la recherche de génome viral au sein
de populations de moustiques.
Pour les oiseaux, le système de surveillance est à
la fois passif et actif : un système de surveillance «
passive » était déjà en place grâce
à l’existence du réseau « SAGIR »,
visant à recueillir les causes de mortalité chez les
oiseaux sauvages. Un numéro vert a été mis
à disposition et largement diffusé au sein de la population
(humaine), favorisant ainsi le recueil des informations. Le système
de surveillance actif est constitué par des volailles sentinelles
réparties au sein de la zone de surveillance (Figure 2).
Une prise de sang est effectuée une fois par mois de juillet
à novembre afin de rechercher les traces d’un contact
récent avec le virus. Au contraire de la surveillance passive,
les individus à inclure dans un système de surveillance
actif sont sélectionnés selon diverses procédures.
La répartition géographique des sentinelles est alors
primordiale pour l’efficacité du système.
Finalement, de 2001 à 2003 ce système n’a permis
de mettre en évidence qu’une séroconversion
constatée le 10 octobre sur un canard appelant de de la Tour
du Vazel (Grande Camargue ; Bouches du Rhône) en 2001 et une
séroconversion le 10 août sur une poule élevée
dans la commune de Gallargues (Gard) en 2002. Pendant cette période,
aucun cas clinique n’a été confirmé chez
les chevaux. Il est notable que l’inconvénient majeur
d’un tel système de surveillance est qu’il devient
très coûteux lorsque la maladie est rare.

Figure
2: Répartition géographique des volailles sentinelles
en 2002 (Source : CIRAD)
APPORT
DU SIG DANS LA COMPREHENSION DES MECANISMES DE TRANSMISSION
Du fait de la rareté des événements à
identifier (cas cliniques humains), il devient donc nécessaire
de redéfinir les objectifs et méthodes du système
de surveillance : plutôt que de rechercher les cas humains
(étape n), le système devrait permettre d’identifier
les cas animaux (étape n – 1), et à terme les
facteurs environnementaux favorisant l’émergence (étape
n – 2). Cette méthodologie vise à identifier
des populations à risque et à estimer le risque de
ré-émergence dans une zone géographique donnée.
Le principe d’un tel système réside dans l’hypothèse
qu’il existe une relation étroite entre les conditions
environnementales, la biologie des vecteurs, la répartition
des hôtes accidentels ou réservoirs. Concrètement,
il s’agit de recueillir, à partir de sources de données
variées, des informations sur la répartition de l’infection
au sein des différentes populations. La modélisation
mathématique (stochastique) permet ensuite d’expliquer
les phénomènes observés et d’effectuer
des prévisions à partir d’hypothèses
sur les mécanismes de transmission.
La construction d’un modèle dépend essentiellement
de notre connaissance des mécanismes de transmission du virus
au sein des différentes populations hôtes – vecteurs.
Pour estimer le risque d’émergence de la maladie chez
le cheval, nous avons construit un modèle permettant d’étudier
la cinétique d’une épidémie en fonction
des facteurs environnementaux (pression d’infection) et de
l’état sanitaire de la population équine (statut
immunitaire). Ce travail préliminaire a permis de définir
les paramètres importants à estimer au cours de protocoles
expérimentaux ou d’enquêtes de terrain.
L’hypothèse généralement admise est que
le virus, après une phase d’amplification en zone humide,
permise en début de saison par les abondantes populations
de vecteurs et de réservoirs, disperserait ensuite dans l’arrière
pays gardois. L’humidité et l’absence de démoustication
sont des facteurs favorisant la pullulation de moustiques. La transmission
aux chevaux devrait, alors, se faire de façon privilégiée
au sein des zones humides.
Afin d’orienter les investigations relatives au mécanisme
de diffusion de la fièvre de West-Nile, une enquête
de séroprévalence a été effectuée
au sein de la population équine camarguaise. Nous avons recherché
l’existence de foyers de circulation du virus de West Nile
par l’étude de la répartition spatiale des chevaux
positifs en sérologie WN. Nous avons réalisé
une enquête de prévalence auprès de 71 écuries
dans un périmètre défini par les villes : Mauguio
à l’ouest, Tarascon et Beaucaire au nord , Saint Martin
de Crau et Port-Saint-Louis à l’est et la mer au sud.
La localisation géographique des écuries a été
effectuée par méthode GPS (Global Positioning System).
L’étude spatiale a montré l’existence
d’une structure significativement agrégée des
écuries positives (p = 0,026). Une carte de prévalence
a été réalisée avec pour largeur de
bande du noyau gaussien : sd = 1,4 km (Figure 3). Les zones de foyer
semblent évoluer entre 2001 et 2003. L’enquête
sérologique réalisée en 2001 permettait d’identifier
un second foyer en zone sèche (Beaucaire – Tarascon),
venant s’ajouter à celui de Montpellier qui avait été
analysé en 2000 (Durand, 2002). L’étude de 2003
semble confirmer l’existence du second foyer, et indique l’extension
d’un foyer en zone humide à l’ouest de l’étang
du Vaccarès.
Figure 3 : Enquête de prévalence réalisée
dans 71 écuries en 2003.
(1) Localisation des écuries enquêtées en 2003
(2) Cartographie de la prévalence en 2003 : les zones claires
représentent des zones de prévalence élevée.
Selon nos hypothèses de travail, la transmission aux chevaux
devrait se faire de façon privilégiée au sein
des zones humides. Cette hypothèse n’est cependant
pas exclusive d’un impact des déplacements de chevaux
durant la période estivale. En effet, pour tenir compte des
contraintes environnementales de la région, l’alimentation
des chevaux camarguais est basée essentiellement sur l’utilisation
tournante de pâturages naturels (marais, sansouires), qui
ne peuvent pas être mis en culture. Ainsi, les déplacements
des chevaux à l’intérieur du territoire régional
pourraient contribuer à déterminer la forme des patterns
épidémiques. Autrement dit, les déplacements
des animaux d’un pâturage d’été
vers un pâturage d’hiver pourraient-il expliquer une
délocalisation des cas de fièvre de West-Nile ?
Nous avons entrepris une étude qualitative des déplacements
des chevaux, et des pratiques pastorales, en nous appuyant sur l’analyse
monographique du fonctionnement de dix sept écuries dont
neuf manades. Les chevaux sont en effet répartis en trois
catégories distinctes du point de vue de leurs déplacements
: (1) la manade qui est : « un élevage en liberté
de chevaux Camargue, avec au minimum 4 juments reproductrices stationnées
toute l’année dans le berceau de la race, sur un territoire
ne comportant pas plus d’une unité de gros bétail
pour deux hectares, avec au minimum 20 hectares d’un seul
tenant en propriété ou en location » (Arrêté
Ministériel du 9 mars 1990) ; (2) le particulier qui possède
quelques chevaux élevés dans un pré, pour les
loisirs personnels, et qui sont peu déplacés ; (3)
le centre équestre, l’écurie de propriétaire
ou la « promenade » qui regroupent quelques chevaux
utilisés pour la randonnée durant la saison touristique
(notamment dans la région des Saintes Maries de la Mer).
L’élevage équin camarguais, est soumis à
la limitation naturelle des ressources fourragères régionales.
Un premier type de déplacement vise à optimiser les
pratiques pastorales (Figure 4). 77 % des manades enquêtées
déplacent leurs chevaux des pâturages d’été
vers les pâturages d’hiver et vice versa. Un tiers des
manades déplacent leurs chevaux à l’extérieur
du delta du Rhône (Saint Martin de Crau, Canal de Vigueirat,
Garrigue gardoise, etc.). Les déplacements moyens sont de
15,50 kilomètres. Paradoxalement, les distances des déplacements
des chevaux des petites manades (21 km) sont supérieures
à celles des grosses manades (7 km). Par ailleurs, les chevaux
de certaines manades (40 %) sont déplacés pour le
travail du bétail, ou pour des randonnées (10 %) de
plusieurs jours (Saintes Maries de la Mer, Fort de Peccais près
d’Aigues-Mortes, l’hiver, et St Gilles, Beauduc, St
Laurent d’Aigouze, d’Aigues-Mortes, l’été).
Certaines manades (40 %) participent également, une ou deux
fois par an, et durant plusieurs jours, à des concours régionaux
(Vendargues, Nîmes, Le Cailar), et/ou aux salons du cheval
(Avignon ; Montpellier, Paris).
Figure
4 : Déplacements saisonniers des chevaux associés
à : (1) la gestion des systèmes pastoraux ; (2) au
travail des bovins.
L’alimentation
des chevaux camarguais repose sur l’exploitation de pâturages
naturels fragiles (95,2% des élevages). Les prairies permanentes
et les roselières ne peuvent supporter que 0,7 à 1
cheval par ha, et pendant des périodes très courtes.
Les éleveurs de chevaux utilisent principalement deux types
de pâturages qui peuvent supporter des chargements de 0,15
à 0,35 cheval par ha : (i) les marais qui sont des «
pays d’été » ou les chevaux sont laissés
du printemps, fin mars ou début avril (pousse des roseaux),
jusqu’au milieu de l’automne ; les marais sont alimentés
par les eaux de pluie. Leur salinité est très faible
et permet la présence d’une flore d’eau douce
; on distingue les marais à roselières et les marais
ouverts ; (ii) les sansouires et les prairies moins salées
(prairies permanentes ou temporaires ou pelouses à saladelles)
qui sont des « pays d’hivers », exploités
le reste de l’année. Les cinquante quatre parcelles
des manades enquêtées, se répartissent à
égalité entre ces deux catégories de pâturages.
Considérant pour chaque parcelle un Indice de Risque (IR)
de transmission de West-Nile calculé à partir des
risques élémentaires associés à : l’abondance
de moustiques : {importante, moyenne, faible} (IR1) ; à la
période d’occupation : {hivers, printemps, été,
automne} (IR2) ; et au type de pâturage : {marais ou prairie}
(IR3), soit ; nous obtenons une répartition des parcelles
en trois classes de risque : fort pour 19 % ; moyen pour 52 % et
faible pour 30%. Cette connaissance des foyers de circulation du
virus au sein des populations équines a permis d’implémenter
des protocoles spécifiques d’étude des cinétiques
d’infection des populations d’hôtes réservoirs
(oiseaux sauvages migrateurs et sédentaires) et de vecteurs
(moustiques).
PERSPECTIVES
ET EVOLUTION DU SYSTEME DE SURVEILLANCE
Les données recueillies proviennent de différentes
sources et peuvent être classées en trois catégories
: données sur les populations animales, données entomologiques
et données environnementales.
Les données sanitaires concernant la population équine
sont recueillies grâce à l’implémentation
d’un système de recueil et de transmission de type
Palm Pilot (Société Calystène, Grenoble). Le
résultat de l’examen clinique est saisi « au
chevet du patient » et transmis en temps réel à
un serveur accessible par tous les acteurs de la surveillance. Cette
transmission d’information en temps réel a d’ores
et déjà permis la gestion de la crise de 2004 par
les autorités sanitaires : 57 suspicions de cas équins
ont été déclarées entre le 5 août
et le 14 octobre 2004, et 32 cas ont finalement été
confirmés. Le foyer de l’épizootie était
situé aux Saintes Maries de la Mer. Des analyses complémentaires
ont permis d’identifier deux clusters et de décrire
l’évolution spatio-temporelle de l’épizootie.
Les données environnementales sont obtenues grâce à
l’analyse d’images satellites (CNES – Centre National
d’Etudes Spatiales). Pour identifier les biotopes à
risque, des images SPOT-4 de 2003 et 2004 ont été
classifiées puis importées dans le SIG. Les zones
humides se caractérisent par des milieux très diversifiés,
alliant des espaces naturels à des zones agricoles. Il est
donc impératif de définir, en amont des classifications,
des typologies adaptées répondant de manière
explicite aux problématiques rencontrées (Sandoz,
1996). Les catégories de biotopes qui ont été
définies sont associées à l’abondance
des populations de moustiques, d’oiseaux et de chevaux : eau,
forêts et vergers, rizières, prairies humides, pelouses,…
La quantification des biotopes a permis de montrer que la proportion
de pelouses et de prairies humides était plus importante
autour des écuries que dans la région Camargue en
général. A l’intérieur des clusters identifiés
en 2004, la prairie humide et les sansouires sont plus fréquentes
qu’en Camargue, alors que la proportion de forêts est
plus faible. La comparaison des biotopes dans un rayon de 5 km autour
des écuries « cas » et des écuries «
témoins » a également montré que la prairie
humide était en proportion plus importante chez les cas alors
que la proportion de céréales était plus faible.
Cette étude spatio-temporelle de l’épizootie
de 2004 a permis d’identifier des zones « à risque
» pour l’émergence de la maladie de West Nile
chez le cheval et d’élaborer des hypothèses
sur les mécanismes de diffusion du virus dans l’arrière
pays gardois. Des études complémentaires sont encore
nécessaires afin d’identifier les paramètres
environnementaux déterminants pour l’émergence
d’une épidémie. Enfin, le modèle global
visant à estimer le risque d’émergence devra
comprendre également l’état sanitaire des populations
cibles (statut immunitaire, déplacements, taux de renouvellement).
L’analyse fine des relations santé-environnement contribue
à mieux comprendre le rôle de l’environnement
dans l’émergence des maladies en zones humides et à
améliorer la qualité et la pertinence des indicateurs
environnementaux qui doivent être développés
pour prédire les effets sur la santé. Ce travail s’inscrit
dans le cadre de la mise en place d’un système d’alerte
précoce permettant la prédiction du moment et du lieu
d’émergence probable d’une épidémie.
Concrètement, il permettrait d’étendre les fonctionnalités
du système électronique que nous avons mis en place
en août 2004. Il s’agit d’aller au-delà
d’une alerte précoce, et de proposer des cartes de
risque de transmission du virus de West Nile. Ces cartes seraient
actualisées en fonction des conditions environnementales
et permettraient de fournir des éléments d’aide
à la décision pour les autorités sanitaires,
en terme de prévention et de lutte vectorielle par exemple.
Ce travail s’inscrit dans le cadre du consortium S2E (Surveillance
Spatiale des Epidémies), associant le CNES, l’Institut
Pasteur, et l’INRA-ENV Lyon.
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