Santé  
   
  SIG santé et environnement : évaluer l’impact sanitaire des émissions rejetés par les Usines d’Incinération d’Ordures Ménagères sur les populations avoisinantes
   
 

Perrine de CROUY-CHANEL
Lilias LOUVET
 


 
  Institut de Veille Sanitaire  
 
 

Résumé de la communication

L’utilisation des SIG est répandu dans beaucoup de domaines et tend à être de plus en plus utilisé dans le domaine de la santé. Ils sont un outil fondamental pour étudier les relations entre l’homme et son environnement. Au sein de l’Institut de veille sanitaire, le département santé-environnement travaille sur les impacts de l’environnent sur l’état de santé de la population (impact sanitaire de l’arsenic hydrique, de l’amiante, de l’explosion d’AZF à Toulouse …) Les thématiques de ces études épidémiologiques comportent une composante spatiale importante qui nécessite l’utilisation d’un SIG pour localiser, définir des zones d’étude, connaître la population touchée, etc.

L’étude « Incidence des cancers à proximité des Usines d’Incinération d’Ordures Ménagères » est une étude écologique qui a pour objectif de déterminer si l’incidence de cancer est plus élevée chez les populations résidant à proximité des UIOM que dans la population générale.

Cette étude multicentrique étudie l’incidence des cancers de 1990 à 1999 chez les plus de 14 ans dans quatre départements : Isère, Haut Rhin, Bas-Rhin et Tarn. Ces départements ont été sélectionnés selon des critères de puissance statistique et de faisabilité de l’étude. Dix neuf UIOM ont fonctionnés dans ces départements et 3 dans une zone périphérique de 10 Km de rayon autour des départements.

Dans ce cadre, l’objectif est d’attribuer à chaque IRIS (îlots regroupés pour l'information statistique), unité géographique de l’étude, une valeur d’exposition aux rejets de polluants émis par les UIOM. L’élaboration du SIG doit permettre de répondre à cet objectif.

Cette étude comporte une forte composante spatiale qui nécessite de mettre en place et d’exploiter un SIG complexe (nombre élevé d’observations, grand nombre de variables, gestion du recouvrement spatial et temporel, etc). L’ensemble des analyses est réalisé avec ArcView 9.0.

Les données

- Contour des IRIS : unité géographique de travail (Insee)
- Les coordonnées des 22 UIOM de l’étude : localisation en Lambert II étendue de chaque UIOM
- Les panaches d’émission de particules et de dioxines émis par les UIOM : maillages issus de la modélisation de la dispersion atmosphérique des rejets émis par les UIOM effectué avec le logiciel ADMS3
- Les cas de cancer géolocalisés : l’association entre certains localisations de cancer (leucémies, lymphomes non hodgkinien, sarcomes des tissus mous, cancer de foie, cancer du poumon et cancer de la vessie) et l’exposition aux polluants émis par les UIOM a été mis en évidence par différentes études épidémiologiques. Les différents registres des quatre départements d’étude ont fourni à l’InVS l’ensemble des fichiers des cas de cancer des quatre départements d’étude. Une fois anonymisées, les adresses ont été transmises à un prestataire extérieur qui a réalisé le géocodage à l’IRIS des adresses situées dans des communes découpées à l’IRIS (récupération du code IRIS). Ces adresses sont alors prêtes à être intégrées au SIG. Pour les adresses situées dans des communes non découpées à l’IRIS, nous avons choisie de les localiser dans la zone urbaine en partant du principe que la probabilité pour que la personne y réside soit plus grande.
- Données nécessaires pour créer d’autres informations : BD Alti, CORINE Land Cover, Route 500… Base de données géographiques nécessaires notamment pour la prise en compte des facteurs de confusion : la pollution liée au trafic routier et les rejets de polluants cancérigènes émis par des ICPE (Industries classées pour la protection de l’Environnement). Ces bases de données vont nous servir, entre autre à construire un score d’exposition à la pollution liée au trafic automobile.

Les panaches d’émission de polluants émis par les UIOM :
L’estimation de l’exposition repose sur une modélisation (logiciel ADMS3) des dispersions atmosphériques des polluants cancérogènes et émis en plus grande quantité (dioxines furanes et poussières de toutes tailles). Une zone d’emprise carrée de 20 Km de côté centrée autour de chaque UIOM est définie de manière à déterminer différents niveaux d’expositions aux rejets de l’incinération à l’intérieur de cette zone et une absence d’exposition à l’extérieur de cette zone.


Carte 1 : Exemple des zones d’emprise centrées sur les UIOM dans le Haut-Rhin

Deux scénarios d’exposition sont étudiés :

- Une exposition par inhalation directe des gaz et particules atmosphériques émis par la cheminée estimée sur la base des concentrations atmosphériques modélisées,
- Une exposition « globale » estimée sur la base des retombées au sols des rejets de l’incinération modélisées, prenant en compte également l’accumulation dans le sol des polluants persistants et une fonction de décroissance liée à la demie vie des dioxines.

L' étape de modélisation intègre un grand nombre de données géographiques sur l’environnement du site (topographie, rugosité).

Préparation des données en vue de la modélisation
Pour chaque UIOM, nous avons définie une zone d’emprise carrée à partir de laquelle nous avons créé un maillage afin de récupérer pour chaque point du centre de la maille l’information liée à la rugosité ou l’altitude.

En vue d’intégrer les fichiers de rugosité et d’altimétrie nécessaires à la modélisation, un travail préalable a été fait afin d’associer à chaque point de maille une valeur de rugosité et une altitude. La rugosité et la topographie sont obtenues à partir de couvertures de données géographiques qui ne sont pas directement compatibles avec ADMS3. ADMS3 intègre des fichiers texte avec pour chaque enregistrement les coordonnées X et Y et une valeur de rugosité/altimétrie. Pour associer à chaque point de maille une valeur en mètre nous nous sommes appuyée sur la BD Alti de l’IGN. Pour la rugosité, nous avons utilisé la base de données CORINE Land Cover.


Carte 2 : Création des fichiers de rugosité

Après intégration de ces deux types de fichiers (altimétrie et rugosité), ADMS3 crée autant de panaches de dispersions atmosphériques de polluants que d’UIOM et de périodes de fonctionnement. On peut en effet avoir plusieurs modélisations de panaches pour une seule UIOM correspondant à un changement de process de l’UIOM. Dans ce cas, les rejets de polluants sont différents. On distingue pour l’ UIOM de La Tronche (Isère) deux périodes de fonctionnement.

Intégration au SIG des panaches modélisés sous ADMS3
Les panaches modélisés par ADMS3 sont récupérés sous la forme de fichiers textes correspondant à des grilles de points de 200 m de pas et de 10 à 14 Km de côté centrés sur la cheminée de l’incinérateur et contenant, pour chaque point calculé de la grille : sa coordonnée en X, sa coordonnée en Y et une valeur de concentration atmosphérique dans l’air et un flux de dépôt au sol (pour les dioxines et pour les particules). Nous obtenons une grille de points par panache modélisé. Pour calculer l’exposition de la population par IRIS nous devons prendre en compte à la fois le recouvrement spatial et temporel des zones d’emprise des UIOM. Certains territoires sont couverts, a priori, par plus d’un panache à la fois.


Carte 3 : zones d’emprise superposées en Isère

Nous avons identifié 13 périodes de fonctionnement homogène sur l’ensemble de la période d’étude (1972-1995). Nous devons donc gérer sous la SIG à la fois le recouvrement spatial et temporel.

Réalisation technique sous SIG
Pour prendre en compte la superposition temporelle on crée autant de fichiers SIG synthétisant les différents panaches que l’on a identifié de périodes de fonctionnement.
Pour prendre en compte la superposition spatiale des panaches, nous avons utilisé l’outil de géotraitement « combiner » (« juxtaposer » sous ArcView 9.0) afin de ne créer qu’une seule couche par période. Après l’avoir créée, on fusionne les points de calcul de concentration superposés en un seul point. Pour le champ de la table contenant la valeur de la concentration calculée lors de la modélisation du panache, on calcule la somme.


Carte 4 : Panaches combinés en Isère

La détermination des valeurs de concentration en polluants de l’unité écologique choisie
Notre étude a pour objectif d’affecter à chaque IRIS une valeur de concentration et d’accumulation afin d’évaluer l’exposition de la population. Or, le découpage à l’IRIS, s’il est à peu près homogène en terme de population, l’est cependant beaucoup moins en terme de surface. La population peut donc être également répartie dans l’IRIS ou plutôt être concentrée en un ou plusieurs lieu(x). De même pour les communes non découpées, et en particulier pour certaines communes rurales situées en Isère, il est tout aussi contestable de penser que la population est également répartie sur l’ensemble du territoire commun. Pour attribuer des valeurs de concentration de polluants aux grands IRIS ou aux communes non découpées, nous avons choisi de ne retenir que les valeurs localisées dans la zone urbaine la plus densément peuplée. Après avoir extrait les valeurs de concentration de dépôts cumulés pour chaque unité géographique, le fichier est transmis au statisticien qui calcule la moyenne géométrique.




Carte 5 et bis : Hétérogénéité des Iris –exemple de l’Isère-

L’intégration et l’exploitation de données socio-économiques
L’analyse prend également en compte des covariables comme le sexe, l’âge, le niveau socio-économique, le type de milieu (rural / urbain) et la densité de population.
Le traitement des données socio-économiques se fait en grande partie se faire en dehors du SIG. Celui-ci n’est éventuellement utilisé que pour effectuer certains calculs typiquement géométriques et ainsi enrichir l’information attributaire liée aux IRIS (calculs de surface ; surface en zones d’habitat…) pour une réutilisation statistique (utilisation de la densité de population par exemple…) Il a permis par exemple, d’agréger certains IRIS afin que les contours IRIS2000 soit cohérent avec les données de l’Insee.

Conclusion
L’utilisation du SIG constitue dans cette étude une étape essentielle qui permet de faire la liaison entre la phase de modélisation et les traitements statistiques. Tout au long de l’étude qui comporte une forte composante spatiale, il a permis de prendre en compte la spécificité géographique de chacun de départements d’étude.
Le SIG a permis, avant les modélisations de mieux cibler les besoins de données géographiques et de créer certains des fichiers nécessaires à la modélisation des panaches. Après les modélisations, il a été indispensable pour gérer les superpositions spatiales et temporelles des panaches de dispersions atmosphériques des polluants rejetés par les UIOM, d’affecter à chaque unité géographique de l’étude une valeur de concentration et de dépôts et de cibler les populations exposées.
Cette étude est un exemple d’application des SIG et montre qu’il est difficilement possible de se détacher de la dimension spatiale. Elle montre aussi la diversité des moyens qui on été mis en œuvre : épidémiologistes, statisticien, chargé de modélisation, ingénieurs SIG ont mis en commun leur différentes compétences pour réaliser une étude complexe.