Environnement  
   
 
GIpSyNOISE : Un outil de SIG pour répondre aux objectifs de la Directive européenne "Bruit Environnemental"
Projet européen financé par LIFE Environnement et par le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable
   
 

J. VALLET
I. MALLET


 
  Communauté Urbaine Grand Lyon
 
 

Résumé

La nuisance sonore, ou plutôt la gestion de l’environnement sonore des agglomérations, est soumise à une nouvelle réglementation issue de la « Directive Bruit Environnemental » 2002/49/CE. Elle impose à toutes les villes européennes de plus de 100 000 habitants de réaliser des cartes d’exposition au bruit, de les porter à connaissance du public, et de définir des plans d’action en concertation avec le public.
Afin d’anticiper l’échéance avancée de 2007 pour les villes de plus de 250 000 habitants, le Grand Lyon est porteur du projet GIpSyNOISE, qui vise à réaliser un outil SIG permettant de répondre à cette réglementation.
L’outil s’adresse aux techniciens des gestionnaires des infrastructures : il permet de réaliser des états de sortie et des rapports d’aide à la décision, s’appuyant sur des représentations cartographiques compréhensibles par le public.
GIpSyNOISE est basé sur l’IHM de Arcview 8.3. Le moteur de calcul sollicité est celui de CadnaA de la société Datakustik.
Les formats d’entrée des données sont prédéfinis.
Les cartes Grand public seront diffusées via Internet, éventuellement sous la forme de services Web cartographiques (WMS).
La diffusion de l’outil réalisé dans le cadre de ce projet européen s’adresse à toutes les villes européennes de plus de 100 000 habitants, avec les pré-requis logiciels Arcview8.3 et l’extension Spatial Analyst, et CadnaA.

Contexte de projet européen
Le bruit est une des préoccupations majeures des citadins. Quatre-vingt millions de personnes dans l’Union Européenne soit 22%, sont exposées à plus de 65 dB(A) dans la journée, pour le seul bruit routier [1]. Ce seuil est considéré comme inacceptable par beaucoup de pays.
Un français sur deux définit le bruit comme une nuisance [2]. Dans l’agglomération lyonnaise, les habitants estiment que le bruit urbain est la « pollution » qui s’est le plus aggravée an cours des dernières années.

Le bruit peut être perçu de façon négative, comme une nuisance, voire même comme un problème de santé publique. Actuellement, si les effets du bruit sur la santé sont clairement prouvés en ce qui concerne les dommages à l’appareil auditif en cas de très forte dose, les effets des expositions continues à plus faible dose sont moins clairement démontrés. Il existe pourtant des corrélations évidentes où le bruit environnemental est un agent stresseur, un facteur favorisant certaines pathologies mentales ou cardiaques en cas de prédispositions. Il entraîne la diminution des performances, en particulier chez les jeunes enfants en apprentissage scolaire ; il perturbe le sommeil, interfère avec la communication, etc …

L’exposition au bruit peut être aussi perçue comme un facteur d’inégalité sociale, dans le sens où les populations les moins favorisées sont souvent les plus exposées.

Par ailleurs, le bruit peut être perçu de façon positive. Il joue un rôle sur la valeur touristique et attractive d’une ville, en fonction de la culture locale ou du quartier : On peut alors parler d’ambiance sonore, ou bien de paysage sonore. Il stimule également la vigilance à dose raisonnable.

La gêne sonore a un coût pour la collectivité, qui est rarement supporté par celui qui en est la cause. De nombreuses études ont tenté d’externaliser ce coût, en utilisant différentes méthodes comme la dépréciation des logements, le consentement à payer et le coût d’évitement. Dans l’Union Européenne le coût des dommages dus au bruit ambiant serait de l’ordre de 13 à 38 Milliards d’euros par an [3].

Pourtant, on constate que l’intérêt des élus et des professionnels va en décroissant, en terme de moyens alloués, d’études et analyses réalisées.

En ce qui concerne la réglementation, l’historique français et européen montre que la considération du bruit va croissant, en prenant en compte la grandeur physique et la perception subjective. Jusqu’à présent, le bruit était considéré par la réglementation française comme une conséquence d’un autre projet : étude d’impact, voiries nouvelles et urbanisme. En 2002, la Commission européenne publie une « Directive Bruit Environnemental » 2002/49/CE concernant l’évaluation et la gestion du bruit environnemental. La transcription dans la législation des états membres est en cours.

Comme toutes les agglomérations concernées par le bruit et donc par l’application de la Directive, le Grand Lyon mène une lutte contre le bruit à plusieurs niveaux, qui s’articule avec sa politique de développement durable. Le projet LIFE Environnement a donc été mené par le Grand Lyon afin de réaliser un outil qui permettra de répondre aux objectifs réglementaires, d’apporter un outil d’aide à la décision aux gestionnaires d’infrastructure, ainsi que d’optimiser au mieux la représentation de l’environnement sonore qui sera porté à connaissance du public.

Architecture technique
Après avoir analysé les besoins des villes partenaires, et fait un état de l’art des outils existants adaptés à l’échelle de l’agglomération, l’outil s’est construit sur la base de :

- Un « runtime » de simulation acoustique
- Un logiciel SIG

GIpSyNOISE est donc un outil spécifique basé sur la plateforme ArcView 8.3, intégrant de façon transparente un cœur de calcul CadnaA, adapté aux besoins, permettant l’analyse des données selon la directive européenne.
Le choix du SIG Arcview, distribué par la société ESRI a été motivé par ses capacités d’ouverture et de facilité de programmation. Les outils utilisés pour le développement de l’outil sont :

- ArcMap (fonctionnalités standard du SIG)
- Spatial Analyst (calcul des cartes thématiques)

Le développement GIpSynoise a été réalisé en Visual Basic, à partir des librairies ArcObject.

Le choix du logiciel CadnaA, distribué par la société Datakustik a été motivé par les caractéristiques suivantes :

- Logiciel de simulation acoustique par propagation de rayons sonores depuis un point récepteur
- Calcul du niveau sonore sur un maillage de point (cartographie horizontale) ;
- Calcul du niveau sonore maximum pour chaque bâtiment (impact sur la population) ;
- Temps de calcul optimisés à de grands territoires avec les paramètres de calcul adaptés.

Un format d’entrée est prédéfini pour les données suivantes:

- topographie, bâtiments, propriété surfacique des sols, barrières acoustiques, populations (îlots INSEE), usage du sol (résidentiel, industriel, mixte, etc…) ;
- caractéristiques des sources de bruit routier (emplacement le largeur des voies, nombre de véhicules, vitesses, pourcentage de poids lourds, type de trafic, revêtement, etc …) ;
- caractéristiques des sources de bruit ferroviaire (emplacement et structure des voies, caractéristiques des trains, nombre de trains, freinage, etc…) ;
- caractéristiques de sources de bruit industrielles ;
- caractéristiques de sources de bruit aéroportuaires (format d’importation).

Les données en entrée sont donc constituées par 11 fichiers au format Shapefile, qui doivent être découpés en aires de calcul.

Principales fonctionnalités
Les fonctionnalités de GIpSyNOISE sont accessibles à travers une barre d’outil située dans ArcMap. Cette barre d’outil se présente initialement sous forme d’une dll. L’utilisateur a donc le loisir d’utiliser toutes les autres fonctions de ArcMap et Spatial Analyst pour des traitements complémentaires.



Charger des couches pour constituer un projet

Le territoire concerné par la cartographie doit être découpé en zones d’étude unitaire : commune, arrondissement….

Pour chaque zone d’étude, par exemple une commune, l’aire nécessaire au calcul est plus grande, pour prendre en compte les sources influentes situées à l’extérieur de la commune. Toutes les couches SIG correctement formatées sont donc découpées manuellement par aire de calcul. Cette zone d’influence est de 500m en tissu urbain ouvert et 100m en tissu urbain « fermé ».



Ces zones d’étude seront manipulées dans GIpSyNOISE. Pour chacune, un projet est constitué avec les informations contenues dans les 11 couches Shapefile nécessaires. Ainsi, si le territoire contient 50 communes, les données de départ seront réparties en 550 fichiers.
Ce travail de découpage en aire de calcul est à faire avant d’utiliser GIpSyNOISE. Pour une étude plus aboutie concernant par exemple le trafic sur une voie traversant plusieurs communes, on peut choisir de constituer une aire de calcul indépendante des limites administratives.

Pour chaque aire de calcul, il faut choisir au préalable un mode de calcul, c'est-à-dire un ensemble de paramètres : taille de la maille, le nombre de réflexion sur les façades, et d’autres paramètres optimisés pour l’échelle de l’agglomération.

La fenêtre ci-dessous montre comment charger toutes les couches d’une même aire de calcul, de façon à constituer un projet.



Réaliser des calculs
Tous les calculs sont réalisés en une seule fois. Les données nécessaires sont envoyées au moteur de calcul de bruit CadnaA. Une fois les calculs réalisés, les résultats sont disponibles sous forme de maillage. L’extension Spatial Analyst permet alors de faire les interpolations nécessaires pour obtenir des zones de couleur, et donc une carte de bruit.

Manipuler les cartes et les tableaux
Pour chaque zone d’étude, la situation initiale (actuelle) est calculée. Les résultats sont alors représentés sous diverses formes proposées par l’application GIpSyNOISE (cartes de bruit, de conflit, de population exposée, de risque, d’aide à la décision et de tables). Cet état des lieux initial peut servir de base pour l’information du public, en 2007, pour les agglomérations de plus de 250 000 habitants.
Voici un exemple de carte et de table calculés par GIpSyNOISE représentant le bruit sur la période Jour, soit 6h-18h.

Gérer des scénarios
Il s’agit de rechercher les zones à prendre en considération : une forte exposition au bruit à traiter, ou bien une zone calme à préserver.

A partir des diverses représentations cartographiques (carte de bruit, de conflit, de population exposées, de risque, d’aide à la décision…) et tableaux (surfaces / bâtiments/populations exposées) issus de GIpSyNOISE, il s’agit d’identifier les zones d’action prioritaire.
La carte de gêne ci-dessous montre un repérage visuel des zones où beaucoup de population est gênée par le bruit le jour, soit entre 6 h et 18h.



Une fois ces zones à traiter identifiées, des solutions vont être proposées. Elles feront l’objet d’hypothèses qu’il faudra simuler, afin de juger de leur efficacité en terme de réduction du bruit ou de la gêne. La pertinence de chaque hypothèse, en terme de faisabilité, d’opportunité ou encore de coûts n’est pas évaluée par GIpSyNOISE.

Après avoir fixé un ensemble d’objectifs à atteindre, il s’agit :

- d’envisager divers axes de solution en intégrant les préoccupations non acoustiques relatives au site étudié : il faut créer autant de scénarii que nécessaire intégrant ces modifications,
- de fournir les couches de données modifiées,
- de lancer les calculs pour chaque scénario.

Les couches de données modifiées peuvent être entièrement modifiées à l’aide d’un autre outil puis prises en compte dans un scénario. Par exemple, une répartition du trafic avec des rues à sens unique est envisagée à l’aide de l’outil de simulation adéquat. Une nouvelle couche concernant les routes est constituée, au format requis par GIpSyNOISE. Ce fichier shapefile est alors intégré au sein d’un scénario GIpSyNOISE, en remplacement du fichier de route initial.

Divers axes de solution peuvent être envisagés et simulés, intégrant les évolutions de trafic à échéance à moyen terme : suppression de trémie, création zone 30, mise en œuvre d’enrobé spécifique, limitation de vitesse, comme le montre le schéma ci dessous

Aider à la décision
L’analyse des résultats permet de retenir les solutions efficaces. Ensuite, les comparaisons entre scénario et situation initiale à partir du menu « Comparison » de GIpSyNOISE indiqueront les solutions à retenir les plus adéquates au regard des objectifs envisagés.
Ces solutions vont constituer les plans d’actions qui seront mis en œuvre, et qui devront être portés à connaissance du public en 2008 par les agglomérations de plus de 250 000 habitants.



Préparer la communication auprès du Grand Public
Une des dernières phases du projet est de définir quelles sont les représentations les plus pertinentes, les plus compréhensibles par le grand public. L’application GIpSyNOISE propose des représentations cartographiques élaborées selon les recommandations du comité technique, et en particulier des études de perception de la cartographie par l’INRETS (Institut national de Recherche sur les Transports et la Sécurité). Mais chaque ville restera libre de son choix en terme de charte graphique.

Conclusion
Le projet se terminant à la fin de l’année 2005, il nous reste un peu de temps pour finaliser et consolider notre outil. Les travaux restants concernent :

- l’approfondissement de l’utilisation de l’outil GIpSyNOISE pour les sources ferroviaires, industrielles et aéroportuaires. ;
-La concaténation des résultats des différentes aires de calcul, afin d’obtenir une représentation et une réflexion à l’échelle de l’agglomération ;
-L’exportation des résultats sous forme de tableaux vers un format Excel, etc …

A la fin du projet, une évaluation de l‘outil sera faite par chaque ville partenaire, en terme de facilité d’usage et de réponse à la réglementation, et des propositions de nouveaux développements vont donc sans doute voir le jour à travers ce questionnement.
En effet, pour répondre à la directive « Bruit environnemental » avec l’outil GIpSyNOISE, un certain nombre de tâches, qui doivent encore être réalisées à la main, pourraient être automatisées :

- le découpage du territoire de l’agglomération en zones de calcul,
- la réalisation de rapports de synthèse incluant le descriptif du site et des mesures envisagées : seul un exemple correspondant aux chapitres demandés par la Directive « Bruit Environnemental » est présenté dans la documentation de GIpSyNOISE,
- la gestion des données d’entrée modifiées pour les besoins du scénario, afin de ne re-calculer que la zone d’influence de la modification.

Par ailleurs les besoins d’évolution suivants sont déjà identifiés :

- automatiser l’export vers divers formats SIG,
- automatiser la création de cartes diffusables par Internet (WMS),
- la visualisation en 3D (drappage des cartes de bruit sur les façades des batiments et équipements),
- le portage vers ArcGIS 9, etc …

Mais au préalable, le consortium des partenaires du projet doit définir comment et par qui cet outil sera maintenu. Car, selon les dispositions européennes, les travaux réalisés dans la cadre du projet GIpSyNOISE, outils et méthodes, sont destinés à être diffusés au plus grand nombre. Il s’agit donc d’envisager la diffusion et l’évolution d’un outil libre, avec les 2 logiciels professionnels requis. L’objectif étant de faciliter la réalisation de la cartographie de bruit réglementaire, et aussi la prise en compte du bruit en amont des projets d’aménagement urbain.

Les Partenaires

  Communauté Urbaine Grand Lyon
www.grandlyon.org
  Acoucité : Observatoire du bruit du Grand Lyon
http://www.acoucite.asso.fr
  INRETS : Institut National de REcherche sur les Transports et la Sécurité
http://www.inrets.fr
  FORTH : Foundation for Research and Technology – Hellas (Crete)
http://www.iacm.forth.gr
  01db Metravib : mesure et études acoustiques
http://www.01db.com
  Communauté d'agglomération du Grand Angers
http://www.agglo-angers.fr
  Communauté urbaine de Bordeaux
http://www.lacub.com/accueil/accueil.asp
  Communauté urbaine de Lille
http://www.lillemetropole.fr/page.php
  Communauté d'agglomération du pays de Montbéliard
http://www.agglo-montbeliard.fr
  Communauté d'agglomération de Nice
http://www.agglo-nice.fr
  Communauté urbaine de Nantes
http://www.nantesmetropole.fr
  Ville de Boulogne-Billancourt
http://www.boulognebillancourt.com
  Ville de St Etienne
http://www.mairie-st-etienne.fr
  Ajuntament de Barcelona
http://www.bcn.es
  Ayuntamiento de Huelva
http://www.ayuntamientohuelva.es/principal.html
  Câmara Municipal do Porto
http://www.cm-porto.pt
  ENVICONSULT pour la Ville de Prague
http://www.praha-mesto.cz/fsts.aspx?l=2
  Ville de SZEGED
http://www.szegedvaros.hu
  Entité LIFE Environnement
http://europa.eu.int/comm/environment/life/home.htm
  Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable
http://www1.environnement.gouv.fr

 

Références

[1] J. Lambert – Le bruit des transports en Europe : exposition des populations, risques et coûts pour la collectivité - [En ligne] - Colloque du conseil national du bruit – Décembre 2000 – Disponible sur http://www.inrets.fr/ur/lte/publications/publications-pdf/Lambert-publi/CIDB-2000.pdf
[2] INSEE – Mesurer la qualité de vie dans les grandes agglomérations - Octobre 2002 - [En ligne] Disponible sur http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/IP868.pdf
[3] Proposition de directive au parlement européen et du conseil relative à l’évaluation et à la gestion du bruit ambiant – [En ligne] -Journal officiel n° C 337 E du 28/11/2000 p. 0251 - 0263 26 juillet 2000 - Disponible sur http://europa.eu.int/smartapi/cgi/sga_doc?smartapi!celexplus!prod!DocNumber&lg=fr&type_doc=COMfinal&an_doc=2000&nu_doc=468