Contactez-nous
 

L’outil SIG dans l’étude de l’occupation de l’espace par le sanglier


Session Parcs et espaces naturels
 


Eveline NIVOIS
eveline.nivois@gmail.com

Serge BRANDT
serge.brandt@oncfs.gouv.fr

Eric BAUBET
eric.baubet@oncfs.gouv.fr
 
Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage
2 bis rue des religieuses BP 19
52120 CHATEAUVILLAIN
tel : 03.25.32.93.50
fax : 03.25.32.92.81

 

Mots-clés, logiciels ESRI utilisés et publics visés
 


Mots-clés : occupation de l’espace, SIG, suivis VHF et GPS, données de localisation, données géo-référencées, domaines vitaux

Logiciels ESRI utilisés : ArcGIS 3.2, ArcGIS 9.3, extension Spatial Analyst

Public visé : Tout public

 

Résumé


Depuis le début des années 1980, les effectifs et l’aire de répartition des populations françaises de sangliers ne cessent d’augmenter, avec une dynamique devenue exponentielle dans les années 1990. Parmi les contraintes, résultantes de ce développement, nous pouvons lister, le phénomène des dégâts agricoles (photo 1), celui des collisions routières (photo 2) et ferroviaires, les problèmes liés aux risques sanitaires, et enfin la problématique du sanglier en milieu périurbain. Toutefois, et historiquement, le plus grand passif se situe au niveau des dégâts agricoles qui représentent un coût de 19 millions d’euros pour la saison 2007-2008.





Parallèlement à cela, le sanglier est l’espèce de grand gibier la plus convoitée et traquée par les chasseurs, lui déterminant une place très particulière dans le monde cynégétique. On se retrouve donc dans une situation de plus en plus conflictuelle entre les divers utilisateurs de la nature et les impératifs imposés par les activités humaines (production agricole, réseau de communication routier et ferroviaire). Il est donc nécessaire pour limiter les sources de conflits de  trouver des moyens efficaces pour gérer au mieux ces populations. Dans ce cadre, des éléments de réponse nous sont apportés au travers d’études scientifiques fines du comportement spatial de cette espèce et tout particulièrement par le biais de l’analyse de son utilisation de l’écosystème. Ainsi, depuis plus de 20 ans de nombreuses études (aussi bien sur la démographie de l’espèce que son écologie comportementale) ont été menées sur le massif de Châteauvillain Arc-en-Barrois par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), au sein de son Centre National d’Etude et de Recherche Appliquée (CNERA) Cervidés-Sanglier.
 
Pour mener à bien l’étude du comportement spatial du sanglier, l’intervention d’un certain nombre d’outils, notamment informatiques, tels que les Systèmes d’Information Géographique, est très précieuse pour visualiser, traiter et analyser les données géo-référencées collectées sur le terrain.
           
Nous allons donc illustrer ici différentes applications des SIG dans ce type d’étude, au travers de nombreux exemples de thématiques abordées. Elles seront décomposées en deux grandes parties, l’étude des domaines vitaux et celle des déplacements.


Structure et site de l’étude


Le Centre National d’Etude et de Recherche Appliquée (CNERA) Cervidés-Sanglier

Au sein de l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage), sous la double tutelle du ministère de l’écologie et du développement durable et de celui de l’agriculture, existe une Direction des Etudes et de la Recherche (DER). Elle se décompose en 5 CNERA dont celui intitulé Cervidés-Sanglier qui a en charge l’ensemble des études et suivis patrimoniaux impliquant les espèces de cervidés et de suidés sauvages. Dans son contrat d’objectif triennal (2009-2011), il est clairement indiqué le besoin de poursuivre des programmes pluriannuels de recherche appliquée à la faune sauvage et à ses habitats.  Il s’agit de développer une recherche finalisée, visant à répondre aux préoccupations concrètes des pouvoirs publics et des gestionnaires en fournissant des recommandations techniques de gestion des espèces et des habitats. Les activités conduites peuvent succinctement se répartir en deux grands thèmes : la gestion des populations (composante démographique) et l’interaction entre activités humaines et faune sauvage (composante spatiale et comportementale).
 
Le massif de Châteauvillain Arc-en-Barrois

Le site d’étude est situé au sud-ouest du département de la Haute-Marne. Sa superficie est de 11 000 ha, dont 8 500 ha de forêt domaniale (carte 1).



Ce massif est bien connu dans le monde cynégétique pour avoir été mis en avant par l’O.N.F. de 1971 à 1982 comme étant une chasse pilote pour le grand gibier. En effet, les effectifs de sangliers présents dans le massif dans les années 1976-77 étaient plus faibles que ceux actuels, et leur développement a conforté sa position actuelle comme espèce gibier la plus prélevée dans ce massif.
Ce dernier se composant essentiellement de taillis sous futaie constitue un habitat très propice au développement du sanglier.


Matériel et méthode


Pour pouvoir étudier l’occupation de l’espace par le sanglier, de nombreux animaux ont été capturés et marqués (photo 3). Outre le marquage systématique par boucles auriculaires, un certain nombre d’animaux ont été équipés de colliers émetteurs c’est-à-dire possédant des systèmes électroniques et radio-émetteur permettant de localiser plus aisément les animaux porteurs de ce dispositif dans n’importe quel type de milieu. Historiquement, les premiers colliers émetteurs utilisés ne disposaient que d’une technologie VHF (émission d’un signal sonore recevable sur un récepteur approprié). Ce type de collier permettait une localisation de l’animal par l’expérimentateur au moyen d’une triangulation. Depuis les années 1998, une progressive évolution a permis de remplacer l’utilisation du collier VHF par celle du collier dit GPS (photo 4), ceux-ci se localisant à partir de satellites géostationnaires. L’ensemble de ces moyens a permis de collecter une abondante quantité de données spatialisées et géo-référencées (directement ou non). Au total 208 animaux ont été suivis. Les points de localisation ont été traités et analysés notamment grâce aux extensions Saptial Animal Movement (Hooge et al., 1999), utilisable sous les versions ArcGis 3.X et Hawth’s Analysis Tools (développée par Beyer, H. L. 2004 et disponible sur le site http://www.spatialecology.com/htools), utilisable sous les versions ArcGis 9.X . Ces deux extensions sont gratuites, mais nécessitent cependant l’installation de Spatial Analyst.





Les données de localisation sont également recoupées avec d’autres renseignements concernant la zone d’étude, collectés eux aussi sur des fonds de cartes géo-référencés, tels que les types de cultures présentes en plaine (assolement) et le type de couvert des parcelles forestières (classe fourrée) qui peuvent influencer l’occupation de l’espace par les sangliers. Enfin, comme autres sources structurant les possibilités de mouvement des animaux, on notera l’information sur les différents axes de communication (routiers, autoroutiers ou ferroviaires), les zones urbaines ainsi que tous les éléments pouvant avoir un rôle de barrières artificielles (volontaire ou non, cas des clôtures électriques) aux déplacements des animaux (schéma 1).




Etude des domaines vitaux


Dans cette étude, deux méthodes de calcul de domaines vitaux sont utilisées, la méthode MCP (Minimum Convex Polygons) (Mohr, 1947), et la méthode  Kernel (Worton, 1989) (carte 2). La première consiste à calculer la superficie de l’aire délimitée par les localisations les plus externes du nuage de points. La seconde permet de calculer des courbes d’isoprobabilité de présence des animaux. Cette approche est beaucoup moins sensible aux points extrêmes, souvent appelés outliers. Ces deux méthodes de calcul sont effectuées par les extensions Spatial Animal Movement et Hawth’s Analysis Tools.



Ensuite, il devient possible de comparer, des domaines diurnes avec des domaines nocturnes, des domaines saisonniers ou des domaines vitaux globaux. L’effet du sexe de l’animal, des liens familiaux, et d’autres facteurs extérieurs tels que la chasse peuvent aussi être mesurés au travers de leur influence sur la taille des domaines vitaux et la localisation géographique des animaux.


Etude des déplacements


En recoupant les données de localisation avec les autres données récoltées sur le terrain, on peut également estimer l’influence des différents types de milieu sur les déplacements des animaux. Il est également possible d’évaluer l’efficacité d’aménagements tels que des passages pour faune (carte 3), l’impact de différents types de clôtures électriques ou tout autre moyen de dissuasion comme par exemple l’agrainage dissuasif.



Grâce au référentiel spatial des SIG, il est plus facile de calculer différents types de distance linéaire. Ainsi la distance maximale parcourue par un animal sur une période donnée, notamment pendant l’activité nocturne, ou celle entre les lieux de repos, ou bauges, d’un jour à l’autre peuvent être étudiées.

Enfin, parmi les différentes sources d’information spatiale disponibles, l’information sur le retour des marques auriculaires suite à la chasse permet également d’obtenir des renseignements importants sur les modalités de dispersion d’un grand nombre d’individus entre leur lieu de marquage et leur lieu de mort, et cela éventuellement même à grande échelle.


Conclusion


L’étude de l’occupation de l’espace par le sanglier nécessite de prendre en compte de nombreuses données cartographiques, afin de pouvoir apprécier et comprendre au mieux les mécanismes qui régissent leurs déplacements ainsi que la taille et la localisation de leur domaine vital. Les SIG permettent donc de pouvoir facilement transposer toutes ces données pour pouvoir ainsi mieux appréhender chaque thématique.

De plus, les extensions Spatial Animal Movement et Hawth’s Analysis Tools offrant la possibilité de calculer des domaines vitaux par les méthodes MCP et kernel permettent de traiter un grand nombre de données de localisations, ce qui est très utile pour analyser les nombreux suivis VHF et GPS effectués dans le cadre de cette étude sur l’occupation de l’espace.

En outre, c’est également un bon outil de communication qui permet de transmettre et transcrire de façon visuelle les résultats obtenus aux décideurs, gestionnaires, personnes sensibilisées à la gestion de la faune sauvage, ainsi qu’au grand public.


Bibliographie


- Hooge, P.N., W. Eichenlaub, et E. Solomon. 1999. The animal movement program. USGS. Alaska Biological Science Center.
- Mohr, C.O. 1947. Table of equivalent populations of North American mammals. American Midland Naturalist. 37: 223-247.
- Worton, B.J. 1989. Kernel methods for estimating the utilization distribution in home-range studies. Ecology. 70 : 164-168.


© ESRI France
Accueil - Communications Utilisateurs - Plénière - Ateliers - Concours - Partenaires