Communications 

Caractérisation Cartographique de l’Occupation du Territoire autour des Sites Nucléaires pour l’Evaluation des Risques Sanitaires et Radiologiques.
Apport des Systèmes d’Information Géographique.


Session Recherche
 


Vanessa DURAND; Catherine MERCAT
Ingénieurs de Recherche au sein du Laboratoire d’Etudes Radioécologiques en milieux Continental et Marin de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire
IRSN/DEI/SESURE/LERCM
Bâtiment 153
CE de Cadarache
13115 Saint Paul lès Durance
Courriel : vanessa.durand@irsn.fr ; catherine.mercat@irsn.fr 
Tél : +33(0)4.42.19.97.18

Sylvaine MAURAU; Julie CHARTON
Ingénieurs de Recherche au sein du groupe Evaluation des Risques Environnementaux et Sanitaires d’EDF Recherche et Développement
EDF R&D/LNHE/ERES
6 quai Watier
78401 Chatou Cedex
Courriel : sylvaine.maurau@edf.fr ; juliecharton@edf.fr
Tél : +33(0)1. 30.87.85.62


Franck JOURDAIN
Ingénieur chercheur dans le domaine de la modélisation des transferts en environnement et études d’impact
CEA/DEN/DTN/SMTM/LMTE
Bâtiment 307
CEA de Cadarache
13115 Saint Paul lès Durance
Courriel : franck.jourdain@cea.fr ; Tél : +33(0)4.42.25.65.21

 

Mots-clés, logiciels ESRI utilisés et publics visés
 


Mots-clés : Vulnérabilité, SIG, ArcGis 9.2, Géodatabase fichier, occupation du sol, impact radiologique et sanitaire

Logiciels ESRI utilisés : ArcGis 9.2

Public visé : Tout public

 

Résumé :



Les conséquences d’une pollution dépendent de l’importance et de la nature de celle-ci, mais aussi de l’environnement qui la reçoit. Qu’elles s’expriment en termes économiques, de toxicité ou de risques sanitaires, ces conséquences seront plus ou moins pénalisantes suivant les caractéristiques et l’usage par l’homme du milieu touché. La qualité de scénarios réalistes d’exposition dans l’évaluation de risques sanitaires est liée à la connaissance de ces facteurs et notamment à leur quantification. Les évaluateurs soulignent le caractère régional, voire local de ces données, mais l’information est souvent éparpillée et/ou sous une forme inadaptée au cadre des études conduites. Quant à l’acquisition ponctuelle de données, elle ne bénéficie pas à l’heure actuelle d’une méthodologie partagée et reproductible. Afin de mutualiser les efforts d’acquisition de ces données, l’IRSN, EDF et le CEA se sont associés pour développer une démarche de caractérisation de l’occupation des territoires autour des installations nucléaires dans un système d’information géographique. L’étude pilote réalisée en 2007 par l’IRSN et EDF a testé les éléments de cette démarche. Cette étude a permis de pérenniser et d’étendre la méthodologie à différents sites nucléaires et à d’autres caractéristiques territoriales (comme les comportements alimentaires). 
 


Introduction : Contexte et Objectifs



Les conséquences pour l’homme et pour l’environnement d’une pollution d’origine industrielle dépendent de l’importance et de la nature de la pollution, mais aussi de l’environnement qui la reçoit. Ces conséquences seront en effet plus ou moins pénalisantes suivant les caractéristiques du milieu touché et suivant l’usage qu’en fait l’homme. L’objectif du projet SENSIB (Sensibilité radioécologique) initié en 2004 par l’IRSN est de construire une méthode de classification du territoire français sur la base de ses caractéristiques environnementales et sociétales (Mercat et al., 2007). Le résultat attendu du projet est un outil normalisé qui permet de représenter et de comparer sur une même échelle de valeur la sensibilité du territoire vis-à-vis d’une pollution radioactive. Cette normalisation des caractéristiques de l’environnement et des populations sera utilisable pour l’évaluation et la gestion des risques, à toutes les étapes de l’exploitation d’une installation nucléaire (avant la mise en exploitation, en fonctionnement normal, en situation accidentelle et post-accidentelle, lors du démantèlement). Il s’agit notamment de proposer des méthodes et outils pour améliorer la prise en compte des spécificités des territoires potentiellement exposés dans l’évaluation des risques associés au nucléaire. Le concept de sensibilité de l’environnement peut être étendu à d’autres pollutions que la pollution radioactive et de nombreux enseignements du projet seront transposables à d’autres contextes et notamment aux cas de pollutions chimiques. Parallèlement, un des enjeux du projet CONCERT (Comment lever les conservatismes en évaluation des risques environnementaux et sanitaires) d’EDF est de disposer d’outils opérationnels d’évaluation des risques environnementaux et sanitaires, homogènes pour leurs différentes applications (rejets chroniques, accidentels, démantèlement) et dans le traitement de substances de différentes natures. Enfin, le projet MRISQ (Maitrise des Risques, Etudes d’impact dans l’environnement) du CEA vise à appréhender l’impact des radioéléments et autres toxiques sur l’homme et l’environnement via la modélisation de leurs transferts de la source à l’homme pour in fine disposer d’outils de calculs dosimétriques. La réalisation de ces objectifs passe par l’acquisition de connaissances actualisées sur les caractéristiques des territoires et notamment sur celles qui influent de façon prépondérante sur les résultats de l’évaluation de risque ce qui a conduit les trois équipes à s’associer.
 
Dans ce cadre, la présente étude a pour objectif de connaître l’occupation du territoire autour des sites nucléaires français à partir d’enquêtes de terrain et via l’utilisation d’un système d’information géographique (SIG). Par occupation du territoire, on entend principalement l’occupation agricole des sols (type de productions végétales, présence et caractérisation des troupeaux, pratiques en termes d’irrigation) et l’utilisation des ressources en eau (captages AEP, puits, forages, etc.). Après analyse des bases de données spatiales existantes telles que celle de l’Office National Interprofessionnel des Grandes Cultures (ONIGC), il apparaît que les informations qu’elles contiennent sont limitées en raison notamment de l’imprécision liée à l’agrégation des données et à l’impossibilité de lever le secret statistique, au problème du statut des données et aux difficultés pour spatialiser les données. L’approche proposée ici consiste à effectuer des enquêtes de terrain permettant de vérifier, compléter et préciser les fonds cartographiques et bases de données existants. L’étude pilote réalisée en 2007 sur les sites nucléaires de Chooz et Tricastin a permis de tester la faisabilité d’enquêtes de terrain autour des sites nucléaires et de mettre en place les différents outils et méthodes nécessaires à cette étude. Outre l’acquisition de données, une des actions de cette étude est également de créer une structure de base de données cartographiques qui servira notamment à accueillir les données récoltées autour des sites pilotes puis autour de chaque nouveau site inventorié et qui soient exploitables au sein d’un SIG par les différents partenaires. La mise à jour des données relatives des deux sites pilotes est actuellement en cours afin d’évaluer les changements entre deux années et afin de dimensionner l’effort futur nécessaire pour la mise à jour annuelle de la base de données et de recueillir les données autour du site nucléaire de Chinon-Avoine.



Méthodes et Outils



Il s’agissait d’adapter différents outils du commerce (logiciels de référencement nomade, fonds de carte, etc.) destinés à saisir les informations sur le terrain pour les mettre en œuvre autour des sites nucléaires et de proposer des outils méthodologiques permettant à partir des données acquises de caractériser rapidement les spécificités territoriales (Figure 1).



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Figure 1 : Objectifs et méthodologie de l’étude (partenariat IRSN, EDF et CEA)

Données cartographiques

L’apport de l’Institut Géographique National
Afin de localiser le plus précisément possible les données d’occupation du sol et de les géoréférencer, il est nécessaire de disposer de fonds de cartes et de photos aériennes avec une très bonne résolution spatiale. La BD-Carto® d’IGN sous format shape, format facilitant l’exploitation des données sous ArcGis 9.2, a été utilisée pour l’étude afin de positionner le réseau routier et les franchissements, le réseau ferré, l’hydrographie ainsi que les équipements (lignes électriques notamment) et les unités administratives telles que les communes. C’est la base de données cartographiques de référence permettant de positionner les données localisées et de cartographier les informations obtenues. Ces données aident notamment au repérage sur le terrain. Les photos aériennes de type raster dont un exemple est présenté ci-après (Figure 2), sont acquises également auprès de l’IGN. Il s’agit des BD-Ortho®, collection de mosaïques numériques d’orthographies en couleur rectifiées en projection Lambert II étendu, à une résolution de 50 cm sur un rayon de 5 à 10 km selon le site. L’emprise correspond à un département et s’appuie sur la limite départementale d’après la BD-Carto® agrandie d’un tampon de 1 km (Figure 2). La base de données hydrographiques BD Carthage® d’IGN sera également utilisée. Elle regroupe les entités ayant trait à l’hydrographie : réseau hydrographique et équipement hydrographique. Cette base de données permettra notamment de positionner les principaux cours d’eau, avec leur nom, qui affluent autour des sites nucléaires. L’ensemble de ces données sont projetées en Lambert II étendu (elles peuvent également être données en Lambert 93).




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Figure 2 : Données cartographiques (BD Carto®, BD Carthage® et BD Ortho IGN®, 50 cm) centrées sur le site nucléaire de Chinon-Avoine (37).

Le Registre agricole Parcellaire Graphique anonyme ou RPG

L’acquisition des données d’occupation agricole du sol, est facilitée par une mise à disposition via une convention des données du Registre Parcellaire Graphique anonyme (RPG) de l’Office National Interprofessionnel des Grandes Cultures (ONIGC) (Figure 3). Chaque agriculteur dispose de son RPG, sur photographies, sur lesquelles sont positionnés les îlots parcellaires (ensemble de surfaces exploitées) qu’il doit mettre à jour chaque année à partir du mois d’avril lors des déclarations PAC[1] (modification des contours, suppression ou ajout d’îlot). L’ensemble des RPG est centralisé au sein de l’ONIGC et des Directions Départementales de l’Agriculture et de la Forêt (DDAF) particulièrement pour le traitement des dossiers de demandes d’aides déposés par les agriculteurs. Théoriquement, toutes les surfaces en exploitation doivent être inscrites dans un ou plusieurs îlots ; l’agriculteur doit également localiser ses parcelles culturales au sein de chacun de ses îlots en indiquant le nom ou l’abréviation de la culture. Le RPG anonyme permet d’avoir les contours des îlots parcellaires de tous les agriculteurs du territoire déclarant à la PAC, directement accessibles sur le terrain via ArcPad, ainsi que les types d’assolement présents dans chaque îlot. Le niveau de détail est celui du code de culture du système PACAGE[2] présenté sur la figure 4. Un îlot parcellaire est identifié par le numéro PACAGE, propre à chaque agriculteur, et par son numéro d’îlot. Chaque îlot est représenté par un polygone auquel sont associées les informations suivantes : la surface totale de l’îlot, les cultures présentes et les surfaces exploitées pour chacune des cultures de l’îlot (Figure 4).

[1] Politique Agricole Commune.
[2] Programme Automatisé de Consolidation des Aides Gérées pour les Exploitants.



Figure 4 : Exemple de données du système PACAGE

 L’étude a pour but de relever le plus précisément et le plus réellement possible les données agricoles territoriales. Au regard des informations disponibles dans la base de données de l’ONIGC, l’utilisation seule du RPG présente plusieurs limites. Les données disponibles du RPG concernent les îlots parcellaires, eux-mêmes constitués de une à plusieurs parcelles. Un îlot parcellaire ne correspond donc pas forcement à une culture et les cultures présentes ne sont pas toujours homogènes au sein de l’îlot. Un agriculteur peut cultiver du blé sur un îlot A et du blé, du tournesol et du maïs sur un îlot B. Pour rendre compte de ces situations, il est nécessaire de se rendre sur le terrain pour cartographier le plus précisément possible les parcelles culturales. Un travail de découpage et de redimensionnement des parcelles via la BD-Ortho® a été réalisé en préalable à la collecte sur le terrain afin d’optimiser le relevé des données agricoles. Par ailleurs, les données du RPG anonyme ne sont relatives qu’aux îlots parcellaires soumis aux déclarations PAC ; les données agricoles relatives à la viticulture, l’arboriculture, la pisciculture ou à la trufficulture par exemple ne sont pas toutes référencées (Figure 5). La localisation des îlots parcellaires des exploitants non déclarants ne peut être réalisée que par la collecte d’informations sur le terrain. Enfin, certains îlots contiennent les maisons, les bâtiments d’exploitation des agriculteurs, les chemins ou les routes. La correction de ce biais sur la surface de ces îlots est également accessible par les relevés de terrain.
Le RPG est un outil cartographique qui permet de spatialiser les îlots parcellaires agricoles et qui donne une vision globale de l’occupation agricole du territoire. Ces données parcellaires sont exploitables sous les logiciels de la gamme ESRI (ArcGis). Malgré les limites de précision listées précédemment, ces données sont indispensables pour optimiser les campagnes terrain.
 
Ces différentes données cartographiques et méthodes de travail doivent faciliter la collecte des informations sur le terrain, le traitement et la capitalisation des données.


Figure 5 : Illustrations des limites du RPG disponible auprès de l’ONIGC superposé à la BD-Ortho®

Outils de terrain
Le relevé des données d’occupation du territoire s’effectue directement sur le terrain via une ardoise numérique de terrain (Figure 6). Il est donc nécessaire de disposer d’un outil géographique simple permettant d’y saisir facilement les informations géographiques et d’éviter les risques d’erreurs lors de saisies multiples. Le logiciel ArcPad© développé par ESRI, est un logiciel de cartographie nomade, destiné aux matériels mobiles. Il permet aux utilisateurs de bénéficier sur le terrain d’un accès aux bases de données, aux fonctions de cartographie et à l’intégration du système GPS à partir de périphériques portables. Cet outil permet de positionner précisément les points non référencés tels que les bâtiments agricoles ou agroalimentaires. Il permet également de renseigner directement les données du parcellaire agricole existant et de créer de nouvelles parcelles. Les informations disponibles (base de données agricoles) doivent être traitées pour recenser les diverses productions agricoles existant sur la zone. Cette analyse peut être suivie d’un contact avec des acteurs du territoire (les chambres d’agriculture départementales ou les agriculteurs), afin de compléter les informations sur les productions agricoles.



Figure 6 : Photographie de l’ardoise numérique de terrain munie du logiciel nomade ArcPad d’ESRI.

Illustrations de quelques résultats



L’étude pilote de 2007 a concerné l’occupation agricole de deux sites nucléaires, celui de Chooz dans les Ardennes et celui du Tricastin dans la Drôme. Elle a permis de tester la faisabilité d’enquêtes de terrain et d’étendre cette démarche à d’autres sites dans le cadre d’une collaboration entre l’IRSN, le CEA et EDF. Cette étude s’est poursuivie en 2008 par la mise à jour de ces deux sites et par l’acquisition de nouvelles données, concernant le site nucléaire de Chinon-Avoine, situé sur les bords de Loire. Par ailleurs, le choix du site du Tricastin, est lié au lancement du projet PRIME[3] en 2007 autour du site de Tricastin-Pierrelatte. L’objectif du projet PRIME est de développer une méthode, basée sur la hiérarchisation des facteurs de vulnérabilité d’un territoire vis-à-vis d’une pollution radioactive et utilisable après un accident nucléaire, pour caractériser l’état du territoire contaminé. La principale originalité du projet réside dans le choix de bâtir une méthode de classification du territoire via un processus de co-construction avec des acteurs locaux. Ce projet de recherche est subventionné par le MEEDDAT[4] pour une durée de deux ans (mi-2007 à mi-2009) (Mercat et coll., 2007). 
 
[3] Projet de Recherche sur les Indicateurs de la sensibilité radioécologique et les méthodes Multicritères appliqués à l’Environnement d’un territoire industriel.

[4] Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire.

            Détermination du rayon d’étude
La détermination du rayon d’enquête est importante puisqu’il s’agit de converger vers une représentativité agricole optimale du territoire et une faisabilité financière de l’étude. L’étude sur un rayon de 5 km a comme limite de ne pouvoir être systématiquement représentative des cultures avoisinantes. Lorsque plusieurs départements se côtoient sur l’aire d’étude, il n’est pas rare de constater des différences nettes (cultures, rotations, structure, etc.) liées aux stratégies culturales propres à chacun de ces départements. Une étude sur 10 km serait plus sûrement exhaustive mais demanderait davantage de travail sur le terrain et pour la saisie des données. Il s’agit donc d’être suffisamment représentatif pour pouvoir extrapoler sur un territoire plus large. Le choix d’un rayon de 5 km représente alors un compromis, notamment en terme de faisabilité (recherche d’un optimum entre temps et coût des campagnes terrain et représentativité du territoire), qu’il convient de valider au moment des toutes premières étapes de reconnaissances du site. La question de représentativité du rayon de 5 km est étroitement liée aux caractéristiques propres du site : topographie, limites départementales, territoires forestiers, etc.
 
            Présentation des sites et des données relevées
L’enquête sur le site de Chooz a été réalisée dans un rayon de 5 km autour de la centrale nucléaire, périmètre situé dans le département des Ardennes et excluant les zones hors frontières nationales, les données parcellaires en Belgique n’étant pas facilement disponibles (Figure 7).
Autour de la centrale nucléaire du Tricastin, l’enquête agricole a été menée sur un rayon de 10 km. Le territoire est étalé sur 3 départements : la Drôme, le Vaucluse et l’Ardèche. Des conventions avec les différentes DDAF concernées ont été mises en place pour recueillir des informations générales sur les productions agricoles et pour obtenir les îlots parcellaires. Le relevé parcellaire a ainsi été réalisé sur 10 km au nord et à l’est du site (Pierrelatte à Suze la Rousse), sur 6,5 km à l’ouest (Pierrelatte à Saint Marcel d’Ardèche) et sur 2 km au sud du site. Les productions végétales et animales ont été pour les deux sites, géoréférencées et cartographiées. Les bâtiments agricoles et agro-alimentaires ont également été inventoriés et cartographiés.
Au regard des conclusions des tests réalisés en 2007, notamment en termes de faisabilité matérielle des campagnes de terrain, la mise à jour 2008 du site du Tricastin s’est effectuée sur un rayon de 5 km (Figure 8).
Les flux de distribution des productions agricoles locales ont également été renseignés et les informations apparaissent dans le SIG pour chaque site.



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Figure 7: Résultats obtenus en 2007 autour du site nucléaire de Chooz


Figure 8 : Résultats obtenus autour du site du Tricastin (Vallée du Rhône) en 2008

Spatialisation et analyse des données cartographiques
Les enquêtes en 2007 ont permis de relever les diverses productions végétales (Figure 7 et Figure 8). Au total, 4614 parcelles ont été renseignées et cartographiées dans un rayon de 10 km autour du Tricastin, ce qui représente 8251 hectares (ha) de surface agricole, soit 52,3% du territoire agricole de l’aire d’étude.
Dans un rayon de 5 km autour du site de Chooz, 562 parcelles agricoles cultivées ont été renseignées et cartographiées, représentant une surface totale de 1598,7 ha : 88% du territoire agricole ont ainsi été référencés.
Il s’agit de deux sites contrastés en termes d’occupation du sol, reflétant les stratégies agricoles des départements : le site de Chooz est en majeure partie entourée de prairies (Figure 7) alors que pour le site du Tricastin, les grandes cultures sont principalement cultivées dans la plaine entre le Rhône et le canal de Donzère-Mondragon, et les coteaux en Drôme provençale sont consacrés à la production viticole, à la trufficulture et aux plantes aromatiques (Figure 8). Pour ce qui concerne les productions animales, les données recueillies ont montré que le territoire autour du site nucléaire de Chooz est marqué par une forte présence de l’élevage de bovins, à dominante lait ou viande alors que les productions animales autour du Tricastin sont dominées par l’aviculture.
Ces premières études confirment la nécessité des relevés sur le terrain, au regard des données disponibles du RPG. En effet, le RPG est un outil de base, qui permet d’avoir des informations générales sur l’agriculture. Cependant, l’agrégation des parcelles en îlots conduit à une grande imprécision de la donnée (Figure 9 et Tableau 1). De plus la non spatialisation par le RPG d’une partie du parcellaire agricole rend indispensable de compléter la connaissance sur l’occupation agricole du territoire à partir d’enquêtes de terrain.
Les enquêtes de 2008 ont permis de mettre à jour les données recueillies l’année précédente et d’évaluer les changements entre les deux années. L’exemple du site du Tricastin est fourni sur la figure 10. Les changements observés sont essentiellement liés aux cycles de rotation des cultures (colza-blé-orge, maïs-blé, etc.) mais également aux impacts économiques. Effectivement, la crise des stocks mondiaux de blé a conduit à une plus forte production de blé sur le territoire ; les cultures pour les biocarburants occupent également une plus grande place qu’avant, au détriment parfois des cultures à forte valeur ajoutée telles que la vigne dont les cours nationaux sont actuellement très bas, notamment pour les Côtes du Rhône.





La base de données cartographiques



La base de données a pour but de capitaliser des données actualisées, réalistes et régionales pour les définitions des scénarios d’exposition des populations à d’éventuels rejets de polluants (radioactifs et/ou chimiques).
Elle devra également :
     · faciliter le relevé sur le terrain : des campagnes de relevés d’informations se font sur le terrain, en complément des données du RGP anonyme. Pour cela les données du site sont transférées d’ArcGis vers ArcPad et ré-injectées dans ArcGis de retour au bureau ;
     · permettre la gestion des historiques : chaque année, les données agricoles sont susceptibles d’évoluer, il faut pouvoir repartir des données de l’année précédente en conservant l’historique ;
     · permettre une utilisation simple de la donnée par les différents partenaires dont les objectifs et les outils d’exploitation des données sont divers : pour la constitution de la base de donnée (organisation des données, mise à jour terrain ou bureau), pour des études d’impact ou pour des présentations sur l’ensemble des sites ;
     · permettre le traitement multicouche de données afin de générer de nouvelles données telles que des cartes de rugosité des terrains qui seraient utilisables en entrée des codes de calculs.
 
            Structure de la base de données
L’élaboration d’une base de données se déroule en deux phases. La première consiste à analyser les besoins des utilisateurs afin de définir le modèle logique de la base de données et la seconde vise à intégrer les données au sein de la structure de la base de données. Les couches d’informations utilisées et constituées sont les suivantes:
- Données de référence
    · le positionnement du site nucléaire,
    · la zone d’étude,
    · les bâtiments,
    · le réseau hydrographique (BD Carthage),
    · la BD Ortho (IGN).
 
- Données annuelles
    · la production animale,
    · la production végétale.
 
L’ensemble de ces données sont intégrées dans une Géodatabase fichiers, nouvelle génération de Géodatabase d’ESRI pour le moteur ArcView (ArcGis). Il s’agit d’une base de données permettant de stocker des données spatiales et attributaires. L'intérêt pour les utilisateurs de disposer d'une Géodatabase sans système de gestion de base de données est de pouvoir échanger facilement les Géodatabases (de la même manière qu'ils échangeraient des fichiers de formes) puisque les données sont stockées dans un dossier Windows. La Géodatabase fichiers permet notamment d’organiser des données par thématique, d’intégrer des contraintes d’intégrité sur les attributs, mais aussi d’afficher, d’interroger et d’analyser les données recueillies. 
 
         Organisation en Géodatabase fichiers : notion de domaines et de règle de validité
Une Géodatabase fichiers est, comme son nom l'indique, l'implémentation d'une Géodatabase ArcGIS complète au sein d'un système de fichiers informatiques. La Géodatabase est le nouveau format de données d’ESRI permettant de stocker des données attributaires, spatiales et de nombreuses autres informations. Ce type de Géodatabase étant moins limité en termes de volume de données (1 Téraoctet par table au lieu de 2 Gigaoctet pour les Géodatabases personnelles) et assurant la compression des données vectorielles dans un format en lecture seule, elle a été retenue pour notre projet. Dans les faits, les données compressées restent exploitables par les programmes d'analyses SIG, mais occupent beaucoup moins de place dans la Géodatabase.

Les données de chaque site seront donc organisées dans une Géodatabase fichiers (par exemple CHINON-AVOINE.gdb). Chaque Géodatabase fichiers sera organisée en jeux de classes et classes d’entités. La structure est décrite sur la figure 11. Les classes d’entités comportent une série d’entités qui possèdent un type de géométrie, des attributs, une référence spatiale et un comportement. Les jeux de classe d’entités contiennent une série de classes d’entités qui possèdent entre autre la même référence spatiale et une thématique commune. Une campagne initiale pour un site conduit à un dossier « .gdb » d’un volume d’environ 15 Mo avec un fichier raster de plus d’une centaine de mégaoctets. L’avantage de la Géodatabase par rapport aux fichiers de formes est bien d’avoir un seul dossier. En effet, la création d’un fichier de formes conduit à la création de trois fichiers d’extension différente stockant la géométrie des entités, l’index de la géométrie et les données attributaires des entités. ArcView crée également quatre autres fichiers d’index destinés à accélérer l’analyse et l’interrogation des données. Ce qui fait 7 fichiers pour un fichier de formes.

Cette base de données « intelligente » peut stocker également des règles de topologie (description des relations géométriques entre les entités) permettant de définir les relations entre les entités d’une même classe d’entités ou entre les entités de deux classes (règles polygonales par exemple : aucun polygone ne doit se superposer à un autre polygone de la même classe d’entités), des règles de validation sur les attributs implémentées à l’aide de domaines ainsi que des comportements sur les objets modélisés ou représentés. Les requêtes et l’affichage des données s’effectuent ainsi plus rapidement. Les Géodatabases fichiers vont permettre d’utiliser des domaines de valeurs pour les types de productions animales et de productions végétales (Figure 12) et de mettre en place des règles de validité (règles d’intégrité) : valeurs par défaut, domaines, etc. Ces domaines seront raccrochés aux jeux de classes d’entité et faciliteront la saisie des données. Ce sont des déclarations de valeurs acceptables pour les champs d’une table de données. A partir du moment où un champ est associé à un domaine, seules les valeurs prévues dans le domaine sont valides pour ce champ.
D’autres fonctionnalités, également intéressantes, sont disponibles grâce à la Géodatabase fichiers. Il s’agit notamment des classes d’annotation et des métadonnées associées à des classes d’entités et aux tables de données.



Figure 11 : Structure de la Géodatabase fichiers créée sous ArcGis 9.2


Figure 12 : Notions de domaines au sein de la Géodatabase fichiers

Conclusion



L’étude pilote conduite en 2007 par l’IRSN et EDF a permis de consolider la méthodologie d’acquisition de données territoriales (Durand, 2008). Tout d’abord, la définition du rayon à instruire étant étroitement liée à la variété des utilisations du territoire, la faisabilité d’une enquête de terrain annuelle autour des sites nucléaires pour des rayons allant de 5 à 10 km est établie. La conduite des relevés terrains et leur capitalisation dans la base de données géoréférencée valident la faisabilité technique et budgétaire du projet dans son dimensionnement actuel pour un rayon objectif de 5 km en particulier.
Les outils cartographiques ont également été confirmés dans leur mode d’utilisation. Le registre parcellaire graphique est un outil de base qui permet d’avoir des informations générales sur l’agriculture du territoire. Néanmoins, compte tenu de l’imprécision liée à l’agrégation des parcelles dans des îlots et à la non spatialisation de certaine parcelles agricoles, les enquêtes de terrain permettent d’améliorer significativement la connaissance de l’occupation agricole du territoire.
Les données obtenues à la suite de ces études ont un fort intérêt aussi bien dans un contexte d’accident nucléaire (identification des productions agricoles sensibles, justification et mise en place de contre-mesures, etc.) que dans le contexte d’évaluation plus réaliste des risques associés aux rejets chroniques (caractérisation des groupes de référence et de leurs pratiques). Cette année, dans le cadre de la collaboration entre les trois partenaires, la mise à jour les données relatives à ces deux sites, Chooz et Tricastin, est en cours afin d’évaluer les changements entre deux années et ainsi de dimensionner l’effort futur nécessaire pour la mise à jour annuelle de la base de données. Un nouveau site nucléaire est également investigué (Chinon-Avoine situé à la confluence de la Loire et de la Vienne) et la collecte est étendue aux habitudes alimentaires de la population, notamment en termes de consommation de produits d’origine locale. La base de données servira notamment à accueillir les données récoltées autour de chaque site inventorié. Les fonctionnalités classiques de saisie, de tri et d’extraction y seront intégrées. A terme, cette base de données sera réactualisée chaque année par une enquête de terrain réduite au relevé des évolutions interannuelles. Ces données mutualisées permettront de constituer une base de données actualisées, réalistes et régionales pour la définition des scénarios d’exposition des populations et d’évaluer la part de la sensibilité radioécologique des territoires qui provient de la variabilité de l’occupation agricole des sols.



Références bibliographiques



DURAND V. et MERCAT-ROMMENS C., Comparing many French Food Surveys Results to Generalize the Risky Feeding Behaviors, 19th International Conference ISEE, Mexico City, 4-9 October 2007.
DURAND V., Méthodologie et Acquisition de données d’occupation agricole du territoire à proximité des sites nucléaires : résultats de l’étude sur les sites site de Chooz et Tricastin – Projet SENSIB, Rapport IRSN/DEI/SESURE 2008-01, 2008, 34 pages.
MAUREAU A. et NAVARRE A., Grandes Cultures et Plantes Fourragères – Tome 1, ENFA, Toulouse-Auzeville, octobre 2005.
MAUREAU A. et NAVARRE A., Reconnaissance des Plantes Cultivées en Grandes Cultures – Tome 2, ENFA, Toulouse-Auzeville, octobre 2005.
MERCAT-ROMMENS C., ROUSSEL DEBET S., BRIAND B., DURAND V., BESSON B. et RENAUD P., La sensibilité radioécologique du territoire : vers un outil opérationnel – le projet SENSIB, Radioprotection, 2007, vol. 42, n°3, pages 277 à 295.
MERCAT-ROMMENS C., CHAMPION M., MOUSSEAU V., BAUMONT G., BARDE C., ROUSSEL DEBET S., DIOURI L., PETIT T., GRAS P., VIDAL J., MOUCHET C. et PETIT J., PRIME : un projet de « recherche participative » pour gérer les territoires contaminés, Société Française de Radioprotection, 6ème congrès national de Radioprotection, Reims, 19-21 juin 2007.


 

Remerciements



L’étude bénéficie de la participation matérielle des Directions Départementales de l’Agriculture et de la Forêt de la Drôme, du Vaucluse et de l’Ardèche.
Nous remercions également les techniciens, Gilles Salaun, Laetitia Verdier et Franck Giner, qui ont réalisé les relevés sur le terrain.


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