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Gestion des déchets solides dans le District d’Abidjan (Sud de la Côte d’Ivoire) : Apports d’un SIG et des méthodes d’analyse multicritère


Session Environnement
 


KOUAME K. J.1, DEH S. K.1, ANANI A. T.1, JOURDA J. P.1,2, BIEMI J.1,2

1Laboratoire des Sciences et Techniques de l’eau et de l’Environnement (LSTEE), UFR des Sciences de la Terre et des Ressources Minières, 22 BP 582 Abidjan 22, Côte d’Ivoire, e-mail : {Kouamé Kan Jean } jeankan05@yahoo.fr

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Centre Universitaire de Recherche et d’Application en Télédétection (CURAT), UFR des Sciences de la Terre et des Ressources Minières, 22 BP 801 Abidjan 22, Côte d’Ivoire

 

Mots-clés et logiciels ESRI utilisés
 


Mots-clés : : SIG, méthodes d’analyse multicritère, sites d’enfouissement, Abidjan

Logiciels ESRI utilisés : ArcView 3.2 

 

RESUME

Le District d’Abidjan, avec ses quatre millions d’habitants et une urbanisation galopante, est confronté à un problème de gestion de ses déchets ménagers. L’absence d’une bonne politique de gestion de ces derniers pourrait avoir à la  longue des conséquences graves sur la qualité des ressources en eau en général et sur les eaux souterraines du District en particulier.
L’objectif de cette étude vise à  déterminer des sites d’enfouissement des déchets ménagers afin d’aider à la protection de  ces eaux souterraines. Le choix de l’emplacement d’un futur centre d’enfouissement technique dans le District d’Abidjan est un problème complexe impliquant la prise en compte de plusieurs facteurs.  Ce choix ne peut s’effectuer sans les SIG et les méthodes d’analyse multicritère. En effet, le SIG mis en place a permis  tout d’abord la gestion de toutes les informations nécessaires à la description des différentes variantes. Ensuite, au travers de ses fonctions d’analyse spatiale, le SIG a contribué à l’évaluation des variantes selon les critères d’exclusion et d’appréciation fixés dans cette étude. Finalement, l’utilisation des fonctions d’agrégation spatiale a permis  de pondérer et de  combiner ces critères permettant ainsi la sélection des meilleurs sites. Les sites potentiels de stockage des déchets cartographiés sont localisés entre Anyama et Anyama-Akoupé. La visite de ces sites potentiels a permis de dégager les sites bons et les sites douteux.

1. Introduction


A Abidjan, comme dans toutes les grandes villes africaines, les pratiques en matières de gestion des déchets ne sont pas encore bien maîtrisées. La croissance démographique, l’accroissement des activités économiques et la crise socio-politique ne font qu'aggraver la situation. Cela se traduit par une forte urbanisation du territoire, une transformation des habitudes de consommation et par conséquent, une forte production de déchets, qui est en constante augmentation. La politique ivoirienne en matière d’élimination des déchets reste encore précaire. Ainsi, presque toutes sortes de déchets sont déposés dans des décharges ne répondant à aucune norme environnementale ou dans la décharge autorisée officiellement mais non contrôlée ; la décharge d’Akouédo (Figure 1).
Ce type d’élimination des déchets a des impacts désastreux, à court et long terme, pour l’état sanitaire des populations, les sols, l'air et les ressources en eaux (El Morjani, 2002). Pour Abidjan, la seule décharge d’Akouédo reçoit entre 2000 et 2500 tonnes de déchets municipaux par jour et ne bénéficie d’aucun système de protection de l’environnement et des eaux souterraines (Kouassi, 2005). Cette décharge non contrôlée est l’objet d’une gestion anarchique et s’avère techniquement dépassée car la période d’exploitation fixée entre 25 et 30 ans est dépassée.


Figure 1. Décharge non contrôlée d’Akouédo-Abidjan localisée à Cocody

Par ailleurs, nous assistons à la création des décharges privées qui ne répondent à aucune norme de protection de l’environnement. Elles peuvent donc avoir un impact sur la santé de la population et des ressources en eau. C’est dans le souci d’assurer une meilleure protection des eaux souterraines d’Abidjan et de préserver la santé publique et l'environnement contre les effets nocifs des déchets que cette étude a été entreprise. La gestion des déchets et plus précisément la sélection des sites les plus aptes à l'entreposage des déchets, respectueux et conformes à l'environnement ne peut s’effectuer qu’avec les Systèmes d’Information à Référence Spatiale (SIRS) et l’Analyse Multicritère (AM). L’intégration SIRS-AM dans cette étude permet de développer des Systèmes d’Aide à la Décision à Référence Spatiale (SADRS) (Laaribi, 2000). En effet, le choix d’une ou de plusieurs installations appropriées au stockage de déchets est confronté à la pluridisciplinarité et à la quantité d’informations. Cette étude est entreprise pour servir de guide aux autorités dans le choix de l’installation d’un futur Centre d’Enfouissement Technique (CET) dans le District d’Abidjan à partir des données existant.


2. Présentation générale de la zone d’étude


Le District d’Abidjan sur lequel porte l’essentiel de ce travail, est situé au Sud de la Côte d’Ivoire. Il est localisé entre les latitudes 5°10 et 5°38 Nord et les longitudes 3°45 et 4°21 Ouest (Figure 2). D’une superficie de 2 119 km2 soit 0,6% du territoire national, le District d’Abidjan a un taux de croissance de 3,7% par an et une densité de population de 1 475 hab/km2. Il regroupe une population estimée en 1998 à environ 3 125 890 habitants (INS, 2001).



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Figure 2 : Localisation du District d’Abidjan

Sur le plan géologique et hydrogéologique, la zone d’étude appartient au bassin côtier sédimentaire (Tastet, 1979). Ce bassin d’âge Crétacé à Quaternaire présente d’énormes potentialités en eaux souterraines (Jourda, 1987). Ces ressources en eaux souterraines sont contenues dans trois niveaux aquifères d’inégale importance, dont, seul l’aquifère du Continental Terminal est exploité pour l’alimentation en eau potable (Aghui et Biémi, 1984). Cet aquifère est formé par la série sédimentaire d’âge mio-pliocène dont les couches sont inclinées vers l’Océan. Cette étude a été réalisée uniquement sur l’aquifère du Continental Terminal appelé communément "Nappe d’Abidjan". 


3. Matériel et méthodologie


3.1. Matériel et données utilisés



La démarche appliquée dans cette recherche nécessite une compilation des données relatives à plusieurs disciplines comme la géomorphologie, la géologie, l'hydrologie, l'hydrogéologie, la climatologie et la démographie. La collecte de ces données a permis la mise en place d’une base des données du Système d’Information à Référence Spatiale d’Abidjan (SIRSA). Le caractère multidisciplinaire intervient à la fois au niveau de l'information collectée sur la zone d'étude et de leur analyse (Collet, 1992). Les logiciels tels que ArcView 3.2 et MapInfo 5.0 ont été utilisés pour le traitement des données et la mise en place du SIRSA.

3.2. Méthodologie



Cette étude se propose par l’utilisation conjointe des SIRS et de l’analyse multicritère, une cartographie des meilleurs Installations pour le Stockage des Déchets Ménagers (ISDM) du District d’Abidjan. La démarche générale suivie comprend trois grandes étapes. Toute la méthodologie utilisée dans cette étude est résumée à la figure 3.


Figure 3. Schéma de la démarche suivie

3.2.1. Elaboration des couches du SIRSA pour la sélection des sites de décharge
Les SIG offrent les fonctions d'acquisition de données sous forme numériques, de validation, de gestion, de traitement et d'analyse spatiale, thématique et multithématique de données géoréférencées (Burrough, 1998 ; in El Morjani, 2002). Une attention particulière a été portée à l'élaboration des plans d'information numériques comme la topographie, l’occupation du sol, la densité de population, l'hydro-climatologie et l'hydrogéologie. Ces critères sont évalués grâce aux fonctionnalités d’analyse spatiale des SIG raster. Chaque évaluation aboutit à une carte représentant, pour toutes les surfaces élémentaires (pixels), leur adéquation au critère considéré (Joerin, 1995).

3.2.1.1. Topographie
Le relief est l'un des premiers critères conditionnant l'emplacement d'une décharge. Le modèle numérique de terrain et la carte des pentes du District d’Abidjan ont été produits par interpolation des points côtés issus des courbes de niveau (carte topographique) sous ArcView 3.2.

3.2.1.2. Occupation du sol
La carte de l’occupation du sol est susceptible d'éclairer toute prise de décision d'aménagement et d'élaborer des grandes orientations en matière de développement régional. Des différentes couches de l’occupation (routes, plantations industries, plans d’eau, aires protégées, espaces non bâties et habitats) ont été fournies par le Centre de Cartographie et de Télédétection (CCT). Une superposition de ces différentes couches sous l’environnement de ArcView 3.2 a permis de réaliser la carte d’occupation du District d’Abidjan.
 
3.2.1.3. Population
Le critère "population" permet d’assurer d'une part la conformité hygiénique vis-à-vis des populations avoisinantes et d'autre part d’identifier les lieux de production des déchets. C'est dans ce sens qu’une carte de distribution spatiale de la densité de population du District d’Abidjan a été élaborée, prenant en compte la superficie et la population de 2005 des différentes communes.
 
3.2.1.4. Hydro-climatologie
Disposant de trois stations météorologiques sur le District d’Abidjan, l’estimation de la pluviométrie s’est effectuée par interpolation. Mais avec beaucoup de précaution du fait que les données de ces 3 stations s’avèrent insuffisantes pour une estimation réaliste par interpolation. Ce paramètre prend également en compte tous les plans d’eau (les lagunes Ebrié, Adjin et les cours d’eau du Gbangbo, du Banco et de l’Anguédédou) rencontrés dans le District d’Abidjan.
 
3.2.1.5. Hydrogéologie
Pour minimiser l’impact du futur site de stockage de déchets sur les eaux souterraines, cette étude a tenu compte des eaux souterraines. L’utilisation de 46 piézomètres a permis par interpolation des cotes piézométriques d’élaborer la carte de profondeur de la nappe d’Abidjan.
Les différentes couches d'information du District d’Abidjan ayant des résolutions spatiales différentes en fonction du type de paramètres à spatialiser, la valeur optimale de 50 m (résolution spatiale des couches) qui représente le meilleur compromis entre les facteurs de décision, a été choisie (un choix personnel).

3.2.2. Méthodologie et objectifs de l’analyse multicritère
La méthodologie développée par El Morjani (2002) a été adoptée pour le traitement de la problématique de la localisation d'ISDM. Elle comprend les étapes suivantes :
- Etablissement d'une liste des critères de décision (critères exclusifs et d'appréciation) et leur évaluation ;
- Application des critères exclusifs pour exclure les zones impropres aux ISDM, en se basant sur des restrictions légales physiques ;
- Evaluation des différentes alternatives, issues de l'étape précédente, au travers des critères d'appréciation. Le résultat est un ensemble de cartes d'évaluation comprenant les notes obtenues pour chaque alternative et pour chaque critère ;
- Agrégation des critères pour classer par ordre croissant les alternatives, et dégager ainsi les meilleurs ISDM.
Ainsi le SIRS et les méthodes d'analyse multicritères se révèlent complémentaires dans le choix de la sélection des sites potentiels d'entreposage des déchets.
 
3.2.2.1. Elaboration des critères de décision
Les critères de décision utilisés émanent des travaux de El Morjani (2002) et de Joerin (1998) et sont consignés dans le tableau 1. Ces critères ont été classés en deux catégories : critères d'exclusion ou contraintes, pour la sélection des zones aptes à l'ISDM et critères d'appréciation ou facteurs pour l'évaluation des sites retenus.


Tableau 1. Structure hiérarchique pour la sélection des meilleurs ISDM

3.2.2.2. Critères d’exclusion ou contraintes
Ces contraintes ont pour objectif de limiter la recherche de sites appropriés, dans des domaines à caractère exclusif qui ne tolèrent aucune concurrence. Les contraintes suivantes ont été choisies :
- Réseau hydrographique : Le site ne doit pas être aménagé à proximité des rivières, ruisseaux et des lagunes. Ainsi, la distance minimale moyenne de 200 m a été choisie comme zone tampon autour des rivières et de 800 m pour les lagunes. Par conséquent, toutes les surfaces qui se trouvent dans cette zone-tampon sont considérées comme inaptes aux ISDM ;
- Protection des champs captants : Une zone tampon de 2 km (Basagaoglu et al., 1997 ; in El Morjani, 2002) autour des champs de captage des eaux souterraines paraît satisfaisante et déterminante pour le choix préliminaire des emplacements propres à recevoir une décharge ;
- Aires protégées : Dans le but de préserver la diversité des habitats naturels du District d’Abidjan, nous avons exclu toutes les zones qui se trouvent à une distance de 1 600 m (Siddiqui, 1996 ; in El Morjani, 2002) des aires protégées (forêts classées et les plantations industrielles);
- Exposition visuelle : La décharge convient lorsqu’elle est intégrée dans le paysage. Sa surface ne doit pas donc être exposée à la vue et ne doit pas être aussi éloignée de la voirie. Pour cette raison, une zone-tampon de 200 m a été choisie aussi bien autour des routes de très bonne, de bonne et de moyenne viabilité autour des routes étroites régulièrement entretenues.
- Territoire résidentiel : Dans le but de protéger les zones d'habitation contre les nuisances excessives résultant de l’exploitation de la décharge (odeurs, bruit des machines et celui issu des camions transportant des déchets, etc.), une zone-tampon de 2 km autour des zones résidentielles (commune de Cocody) a été choisie comme zone non apte au dépôt de déchets.
 
Chaque évaluation de distance aboutit à une image représentant l'adéquation des sites au critère considéré. Cette opération a été réalisée à partir de l’outil « Buffer » de ArcView 3.2.

3.2.2.3. Critères d’appréciation
Les critères d'appréciation permettent de sélectionner les meilleures zones pour les ISDM. Les critères  utilisés portent sur quatre types de facteurs (hydrogéologie, hydro-climatologie, social, économie) qui ont été standardisés dans un intervalle commun de 0 à 10. Les valeurs les plus élevées expriment ainsi la convenance à l'ISDM la plus grande.
 
3.2.2.3.1. Définition et standardisation des facteurs
- Facteurs hydrogéologiques : Ces facteurs sont présentés par le critère de pente et de la profondeur de la nappe. Pour le critère, pente, l’assignation s’est effectuée en se basant sur l’hypothèse selon laquelle, une pente faible favoriserait une infiltration des lixiviats issus de la décharge. Le critère de la profondeur de la nappe a été standardisé en tenant compte des valeurs de la profondeur qui varie entre 0 et 88 m. Les faibles profondeurs ont une faible note tandis que les fortes notes sont assignées aux fortes profondeurs.
 
- Facteurs hydro-climatologiques : Ils englobent la proximité aux cours d'eau et les précipitations maximales. Le critère de proximité aux cours d’eau a été standardisé en tenant compte des valeurs de distance par la fonction croissante monotone. Ainsi, les pixels de distance inférieure à 400 m (seuil choisi lors de l'analyse des critères d'exclusion) auront une note de 0 moins favorables à l'ISDM et ceux de distance supérieure à 3000 m, auront un degré d'appartenance de 10 et sont optimales aux ISDM. En revanche, les précipitations maximales sont identiques et moins variables dans le District d’Abidjan. Ainsi, ce critère aura 10 comme note pour toute la zone d’étude.
 
- Facteurs sociaux : La proximité aux aires résidentielles et la densité de population reflètent les facteurs sociaux primordiaux dans l'aide à la décision pour la sélection des meilleurs sites. La proximité aux aires résidentielles a été standardisée par la fonction croissante. La note maximale 10 a été attribuée aux pixels qui ont une distance supérieure à 10 km de l'habitation. A cette distance, aucune nuisance d'odeur et de bruits n'a été détectée (El Morjani, 2002).
Les valeurs de la densité de la population produite lors de ce travail ont été standardisées dans l’intervalle de 0 à 10. Ainsi, les pixels situés au-dessous de 500 hbts/km2 sont pénalisés.
 
- Facteurs économiques : Ils comprennent la proximité aux sources de déchets et la proximité au réseau routier. Le critère de proximité aux sources de déchets a été standardisé par la fonction croissante monotone avec les notes de 0 à 10. Le critère de proximité au réseau a été standardisé par la fonction décroissante monotone. Sur cet intervalle, le degré d'appartenance prendra des valeurs entre 0 et 10, avec la note maximale 10 attribuée aux pixels qui ont une distance comprise entre 200 et 400 m de la route.
 
Chaque évaluation aboutit ainsi à une carte représentant, pour toutes les surfaces élémentaires de la zone de travail, leur aptitude à l'ISDM selon le critère considéré.
 
3.2.2.3.2. Pondération des critères d'appréciation
Avant la combinaison des différents critères, la pondération de ceux-ci s’avère nécessaire. La méthode développée par Saaty (1997 in Laaribi, 2000) a été utilisée à cet effet. Il s'agit de la méthode des comparaisons par paire par le Processus d’Analyse Hiérarchique (Analytical Hierarchy Process, AHP). Elle permet de produire des coefficients de pondération standardisés dont la somme est égale à « 1 ». Les poids des facteurs sont déterminés à partir d'une série de comparaison par paire de ces critères en tenant compte de l'importance relative de deux critères à l'aptitude pour l'ISDM (Eastman, 1993 ; in El Morjani, 2002). L’établissement des mesures, pour les critères nécessite pour les comparaisons par paires une échelle, Saaty en a propose une (tableau 2) qui prend les valeurs de 1 à 9 (Laaribi, 2000). Ces valeurs de 1 à 9 permettent d’élaborer des matrices de comparaisons par paires, réciproques et positives, facilitant ainsi le calcul du vecteur propre (vp) et du coefficient de pondération des critères.


Tableau 2. Expression verbale et numérique de l’importance relative d’une paire de critère

Par exemple, dans la matrice de décision pour le facteur hydrogéologique, la profondeur de la nappe est très importante que la pente dans l'objectif de l'installation d'une décharge. Pour cette raison, la note de 7 a été assignée à la profondeur de la nappe et 1/7 à la pente (tableau 3). Pour estimer les coefficients de pondération des facteurs hydrogéologiques, la procédure nécessite le calcul du vecteur propre de la matrice de comparaison par paires des critères. Les valeurs de ces vecteurs propres (vp) sont déterminées en calculant leur moyenne géométrique par ligne (2,64 pour la profondeur et 0,38 pour la pente).
Ainsi, le coefficient de pondération pour chaque facteur est déduit par standardisation du vecteur propre en divisant chaque vecteur propre par leur somme. Pour le critère profondeur de la nappe (tableau 3), le coefficient de pondération est :



Tableau 3. Matrice de comparaison par paire déterminant le coefficient de pondération des facteurs hydrogéologiques

Ce type de calcul a été effectué pour les autres facteurs (hydro-climatologique ; social ; économique)
 
3.2.2.4. Agrégation des critères
Une fois que la pondération des critères d'appréciation est effectuée, il est aisé de les combiner pour arriver ainsi à une décision composite sur l'implantation optimale de l'ISDM. Cette opération s'appelle évaluation multicritère ou agrégation des critères. A cette fin, il existe deux types de procédures d'agrégation les plus utilisés pour dégager le ou les meilleurs sites de stockage des déchets (Roy, 1985) :
- agrégation partielle accepte l'incomparabilité des facteurs ;
- agrégation complète évacue toute incomparabilité.
L’agrégation complète convient bien à la problématique de cette étude. Pereira et al. (1993) cité par El Morjani (2002) considèrent que cette méthode est la seule applicable lorsqu’il y a plusieurs critères qui varient de manière continue dans l’espace. Pour cette raison, c’est l’agrégation complète qui a été utilisé dans cette étude.
 
3.2.2.4.1. Agrégation complète
Les méthodes par agrégation complète autorisent la compensation entre critère. La technique la plus courante est la moyenne pondérée, qui intègre totalement tous les critères considérés en un seul. Elle consiste à multiplier chaque couche-facteur par son coefficient de pondération respectif et ensuite d'additionner ces résultats pour produire un indice d'aptitude situé sur une échelle de 0 à 10. Cette démarche a été utilisée individuellement pour les quatre facteurs de décisions, afin de produire un indice d'aptitude à l'ISDM.
Une fois que les quatre facteurs de décision sont évalués, une combinaison linéaire pondérée a été effectuée après avoir assigné à chaque facteur de décision un coefficient de pondération.


Tableau 4. Calcul des coefficients de pondération pour les facteurs de décision

La méthode des comparaisons par paire citée ci-dessus a permis de calculer ces coefficients de pondération. Des indices d'aptitude à l'ISDM sur la base de cinq types de scénarii ont été conçus sur la variation de l'importance relative de ces quatre facteurs de décision (tableau 4).
La couche d'aptitude ayant été déterminée pour chaque scénario, l'étape finale consiste à grouper et à ranger les pixels selon leur note d'aptitude et à sélectionner les meilleurs rangs. Dans cette étude, les cellules ont été classées en trois rangs en fonction de leur degré d'aptitude :
-      les cellules ayant une note supérieure à 8 ont été assigné au premier rang ;
-      celles qui ont une valeur comprise entre 5 et 8 sont classées au 2ème rang ;
-      le 3éme rang renferme les cellules possédant une note inférieure à 5.
Les rangs de ces différents scénarii ont été par la suite combinés entre eux pour aboutir à un classement des sites les plus appropriés à l'ISDM. Cette couche d'aptitude résultante est combinée par la suite avec les couches-contraintes par multiplication pour délimiter les pixels les plus propices à l'ISDM.
En plus de contrôler et d'évaluer la qualité des sites les mieux classés, une reconnaissance de terrain sur la base des critères d'exclusion a été effectuée dans le mois de Avril 2006. Cette enquête a pour but de classer les secteurs les plus adéquats au stockage des déchets ménagers.


4. Résultats et discussions


4.1. Carte des sites les plus appropriés à l’ISDM dans le District d’Abidjan



Le SIRSA mis en place a permis de cartographier les sites les plus appropriés à l’Installations des Stockages de Déchets Ménagers (ISDM) suivant les 5 scénarii élaborés. Une combinaison linéaire de ces scénarii a été effectuée pour aboutir aux sites les plus appropriés.
Deux cartes de ces sites ont été produites, une en tenant compte des critères d’exclusion (figure 4a) et l’autre sans ces critères (figure 4b). Ces deux cartes ont été produites pour montrer l’importance des critères d’exclusion dans la recherche des sites d’enfouissement des déchets.



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Figure 4a. Classement des sites appropriés aux ISDM dans le District d’Abidjan

La figure 4a est constituée de quatre classes allant du premier au quatrième rang dans l’ordre des sites appropriés. Les sites occupant le troisième et le quatrième rang sont très peu représentatifs des sites recherchés. Ils représentent 4,15% du nombre total (12 656 pixels) des pixels constituants les sites appropriés (tableau 5). Seuls les sites occupant le premier et le deuxième rang peuvent être explorés dans le choix du meilleur des sites d’installation d’une décharge, représentant un pourcentage de 95,85% des sites. Mais les sites classés premiers (64,07% des sites appropriés) sont les plus recommandés car sont issus d’une superposition des sites ayant étant classés premier par tous les scénarii. L’analyse de la figure 4a montre que les sites appropriés sont localisés au Nord, au Nord-Ouest et au Centre du District d’Abidjan. Les communes à explorer pour l’implantation d’un centre d’enfouissement sont Anyama, Abobo et Yopougon. Mais en tenant compte des critères d’exclusion (figure 4b), la recherche de ces sites est encore restreinte.
Cette restriction de la recherche des sites est mise en évidence par une diminution considérable du nombre de pixels des sites retenus. Il est passé de 12 656 à 6 930 pixels soit une diminution d’environ 45% (tableau 5).



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Figure 4b. Classement des sites appropriés aux ISDM dans le District d’Abidjan


Tableau 5. Répartition du nombre de pixels par sites

La considération des critères d’exclusion (habitats, aires protégées, plantations industrielles, aires d’alimentation, lagunes, cours d’eau) a permis d’éliminer les pixels qui se superposent à l’un de ces critères. Quatre classes des sites appropriés, du premier au quatrième, sont également observées sur la figure 4b. Les pixels classés premier, avec un pourcentage de 70,79% sont les plus représentatifs des sites appropriés. Avec ce taux élevé des pixels du premier rang, il est à noter que les sites potentiels de stockage ne peuvent être obtenus que parmi ces pixels. Ces sites sont localisés dans les communes d’Abobo, de Yopougon et plus d’Anyama.

4.2. Validation de la carte des sites les plus appropriés à l’ISDM



Une campagne de reconnaissance des sites cartographiés a été effectuée. Il ressort de cette campagne que tous les sites cartographiés ne reflètent pas totalement la réalité du terrain. Certains sites se superposent à des zones en construction et des plantations. Cette superposition peut être liée à l’âge des données et aussi à la précision des techniques de traitement de ces données. En effet, le District d’Abidjan a un taux de croissance de 3,7% par an avec une densité de population de 1 475 hbts/Km2. Ces chiffres montrent que l’âge des données a une très grande importance dans une étude d’aménagement d’une grande ville comme celle d’Abidjan. Il ressort néanmoins de cette campagne que des zones cartographiées peuvent être explorées pour déterminer des sites les plus appropriés au stockage de déchets ménagers. Une élimination des sites inadaptés a été effectuée en fonction des observations effectuées sur le terrain des sites ayant occupés le premier rang. Cette élimination a permis de répartir ces sites en deux grandes catégories : sites bons et sites douteux (figure 5).



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Figure 5. Carte des sites potentiels de stockage de déchets ménagers

Les sites classés douteux sont des zones qui représentent les espaces d’extension de la commune d’Anyama et du quartier PK 18 de la commune d’Abobo. Des constructions sur ces espaces justifient nos propos.
Les sites classés bons sont ceux qu’on peut explorer pour déterminer le meilleur site pour l’installation correcte d’un centre d’enfouissement des déchets ménagers. Ils sont tous localisés entre la commune d’Anyama et le village d’Anyama-Akoupé. Toutefois, il s’agit d’une évaluation préliminaire et le choix définitif du site nécessitera l’intervention des autorités et des travaux techniques extrêmement détaillés pour l’aménagement de ce site.

4.3. Discussion des résultats du SIRSA



La cartographie des zones appropriées à l’ISDM dans le District d’Abidjan s’est effectuée par l’utilisation d’un SIRS combiné aux méthodes d’analyse multicritère.
Le principe de réalisation des cartes des différents facteurs du SIRSA étant basé sur l’analyse spatiale, ne présentent qu‘une évaluation relative des critères environnementaux, sociaux, économiques, hydrogéologiques et hydro-climatologiques. Les cartes produites ne représentent que des variations spatiales en un instant donné, mais permettent néanmoins de cartographier les sites appropriés à l’ISDM.
Des difficultés ont été néanmoins rencontrées dans cette étude. L’une des difficultés de cette méthode est le choix des limites des classes des facteurs. Il s’opère en fonction d’une part de la faculté de discernement de l’opérateur et de son sens de jugement, et d’autre part, des valeurs des critères (Jourda et al., 2006). Les limites des classes adoptées ne sont donc pas figées, mais dépendent de la réalité du terrain et des objectifs à atteindre. Dans ce genre d’étude, l’approche pour estimer certains paramètres s’avère difficile. Ainsi donc pour l’estimation de la profondeur de la nappe est rendue difficile du fait de l’insuffisance des piézomètres disponibles. En effet, la méthode pour calculer ce paramètre (l’interpolation) ne permet pas d’avoir une idée totalement exacte de celui-ci car les données interpolées doivent être uniquement restreintes à la zone comprise entre les données ponctuelles. Ce qui ne fut pas le cas dans cette étude, si bien que les valeurs interpolées peuvent ne pas refléter exactement la réalité du terrain. L’un des paramètres dont la réalisation a été difficile, fut aussi la couche de l’occupation du sol. La méthode de superposition des différentes couches (habitats, routes, aires protégées) peut refléter la réalité si ces couches datent d’aujourd’hui, ce qui n’est pas le cas dans cette étude. Ces couches fournies par le CCT datent de 2002. Ce paramètre peut donc influencer les résultats obtenus dans cette étude.
Cette approche peut aussi contenir différentes erreurs essentiellement dues par la collecte des données (âge, disponibilité des données) ou l’échelle à laquelle cette étude a été effectuée.
Bien qu’elle soit relativement performante, la méthode AHP utilisée pour la pondération des critères présente des difficultés. Une des difficultés de cette méthode concerne le choix de l’échelle des notes allant de 1 à 9 avec leur correspondance réciproque (Belton, 1986). Le choix de la note correspondant à un critère est arbitraire et peut influencer le calcul du poids du critère considéré. Cependant, cette méthode AHP est appropriée à cette étude car elle est performante quand le nombre d’actions est réduit (Laaribi, 2000).
L’agrégation complète des critères présente aussi certains défauts et peut être critiquée en matière de gestion environnementale (El Morjani, 2002). Elle compense entre les critères (notes) : "un projet ayant fait l'objet d'une évaluation négative sur un critère peut compenser cette "mauvaise note" par des évaluations positives sur d’autres critères" (Maystre et al., 1994). Néanmoins, elle présente l'avantage de pouvoir cartographier le classement des sites favorables au stockage des déchets.
La carte des sites potentiels de stockage des déchets ménagers réalisée à partir de cette approche, peut néanmoins être un instrument de base à la prospection des sites pour l’emplacement du futur Centre d’Enfouissement Technique (CET) du District d’Abidjan.
Dans tous les cas, le SIG reste et demeure l’un des meilleurs outils de décision pour l’aménagement, la gestion du territoire et surtout dans la détermination des sites de stockage des déchets.

Conclusion


Les SIG et les méthodes d'Analyse Multicritère (AM) ont été utilisés dans le cadre de cette étude. Des sites de stockage des ordures ménagers dans le District d’Abidjan ont été cartographiés à partir de l’utilisation conjointe du SIG-AM. La visite de ces sites a permis d’établir la carte des sites potentiels de stockage de déchets du District d’Abidjan localisés entre Anyama et Anyama-Akoupé. Cette carte met en évidence deux catégories de sites : sites bons et douteux. Les sites classés bons sont ceux qui peuvent être explorés pour l’installation d’un centre d’enfouissement des déchets ménagers.
 
Remerciements


Les auteurs remercient Monsieur El Morjani Zine de la faculté des sciences de l’Université de Genève et l’UNESCO, bureau de Nairobi.
 
Bibliographie


Aghui N. et Biémi J. (1984). « Géologie et hydrogéologie des nappes de la région d’Abidjan et risques de contamination » Annales de l’Université Nationale de Côte d’Ivoire, série c, tome 20,, p.331-347.
 
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Collet C. (1992). « Système d’information géographique en mode image ; collection gérer l’environnement », Presses polytechniques et Universitaires Romandes CH-1015 Lausanne, 186 p.
 
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